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B. Johnson, maire de Londres, après un discours en faveur du Brexit

Aux urnes, citoyens!

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Brexit, nouvelles élections en Espagne, procédure de destitution de la présidente brésilienne, l’actualité internationale est aussi politique

B. Johnson, maire de Londres, après un discours en faveur du Brexit
B. Johnson, maire de Londres, après un discours en faveur du Brexit Crédits : ANDY RAIN - Maxppp

Dans Le Point Laetitia Strauch-Bonart fait un large tour d’horizon du débat en cours sur le Brexit chez les intellectuels et politiques britanniques. Cette spécialiste de la vie des idées en Grande-Bretagne, auteure d’un livre sur les conservateurs, explique que les « camps du Brexit et du Remain ne recoupent que partiellement les distinctions droite/gauche. Le Parti conservateur reste divisé sur la question de la sortie de l’UE – 52% pour le Remain, 38% pour le Brexit, 10% encore indécis – mais la situation est plus complexe dans les milieux intellectuels : dans chaque Think tank conservateur les avis sont partagés alors que l’élite intellectuelle conservatrice est clairement favorable au Brexit ». « Frein à la puissance économique et à la liberté d’entreprendre », « conséquences de l’immigration », au-delà de ces arguments « c’est dans la conception britannique de la légitimité politique qu’il faut chercher la racine de cette méfiance envers le gouvernement supranational ». Pour les eurosceptiques l’UE est « une entité sans démocratie » qui ne reposerait sur aucun peuple réel et unifié, et qui à force de s’élargir perdrait toute forme de cohérence. Qui trop embrasse mal étreint. Daniel Johnson, le fondateur du magazine Standpoint, « amoureux de la culture européenne », déplore que l’UE ait raboté les identités nationales et il estime qu’il y a « d’autres moyens de défendre la civilisation européenne ». Face à cela les partisans du Remain ne sont pas sans arguments. Le journaliste Hugo Dixon, qui a lancé un site pour traquer les contre-vérités des brexiteurs, alerte sur le risque géopolitique de voir l’espace européen commencer à se démanteler « car le danger – la Russie – est à notre porte ». Et le philosophe David Marquand évoque celui qui menacerait le Royaume Uni lui-même car l’Écosse, particulièrement europhile, réclamerait d’autant plus son indépendance. Enfin, concernant l’aspect économique de l’argumentaire conservateur du Brexit, qu’il suffise de rappeler que le patronat britannique est à 80% favorable au maintien dans l’Union.

Pour la première fois depuis l’instauration de la démocratie, l’Espagne connaît une situation de blocage institutionnel

Le paradoxe est qu’elle soit causée par l’entrée en jeu de forces politiques nouvelles, comme Podemos ou Ciudadanos, à priori hostiles à la politique politicienne, mais dont l’intransigeance dans les négociations et les visées tacticiennes ont conduit à la paralysie. « Les résultats des élections législatives espagnoles du 20 décembre 2015 n'ont pas plu aux partis politiques – souligne Sandrine Morel. Les Espagnols sont donc appelés à voter de nouveau le 26 juin, et à rectifier le tir. » C’est ainsi qu’elle traduit dans Le Monde le message adressé par la classe politique aux électeurs de la péninsule. « Face à un scénario nouveau, PP et PSŒ se sont accrochés aux vieux schémas du bipartisme, Podemos s'est montré inflexible – pour lui le retour aux urnes pourrait être une aubaine - et Ciudadanos, qui n'avait rien à perdre et que peu à offrir, a tenté de jouer les médiateurs et d'occuper l'espace médiatique. Au lendemain des élections, les Espagnols ont ainsi assisté à un dialogue de sourds entre les différents partis. » Se rendre aux urnes est le propre de la démocratie – convient le chroniqueur du site El Español. Mais devoir y retourner parce que les dirigeants des partis essaient de protéger à tout prix leurs intérêts personnels, c’est se moquer du monde. Car c’est pour les mêmes têtes de liste, les mêmes candidats et les mêmes programmes que les citoyens sont appelés à y revenir, et cela sans aucune garantie que le blocage ne se lève le 26 juin prochain.

Au Brésil aussi, il semble qu’on prenne les citoyens pour des bonnes poires…

Maud Chirio le rappelle dans les pages idées de Libération, alors que la plupart de ses accusateurs sont englués jusqu’au cou dans le scandale de corruption Petrobras, tout autant que son parti, le motif invoqué contre la présidente pour l’impeachment est mineur : des débits budgétaires reportés d’une année sur l’autre pour pouvoir annoncer un déficit inférieur, un maquillage des comptes publics que toutes les administrations précédentes ont pratiqué. L’universitaire, spécialiste de l’histoire contemporaine du Brésil, n’hésite pas à parler de coup d’Etat et du « renversement illégal d’un pouvoir élu démocratiquement. Ce coup est mené par l’opposition de droite: une droite politique qui veut échapper aux condamnations et revenir aux affaires pour mener le tournant néolibéral auquel même la dictature militaire n’était pas parvenue; et une droite judiciaire qui utilise les enquêtes et leur médiatisation de façon partisane. » Et Maud Chirio de conclure : « Que des millions de personnes appuient ce putsch dans la rue n’y change rien. D’autres l’avaient fait avant eux il y a cinquante ans, lorsqu’un coup d’Etat militaire avait été acclamé par la rue, la presse, et la majorité de la classe politique. La dictature a duré vingt et un ans. »

Par Jacques Munier

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