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Bien et mal, affaire d'état ?

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Une enquête du Monde révèle les liens d'intérêts que cultive depuis vingt ans Richard Ferrand, le ministre de la cohésion des territoires, en mêlant affaires privées et vie publique.

Ce qui inspire à Gaspard Koenig dans Les Echos une réflexion sur la future loi dite « de moralisation de la vie publique », dont le seul défaut, selon lui, est le nom. « Plutôt que de moralisation, il faudrait parler de normalisation. La France ne fait que se mettre au diapason des Etats de droit modernes. Elle fait rentrer ses représentants parmi le commun des justiciables. » Par ailleurs, le terme « moralisation repose sur un amalgame lourd de conséquences : celui de la morale et de la loi ». Pour le philosophe libéral cette confusion augure de funestes conséquences pour chacun d’entre nous, alors que la connexion généralisée multiplie les « mouchards » potentiels. Et ce désir de faire émerger une morale publique, définie et encadrée par la loi, reflèterait l’effondrement de la morale privée. C’est pourquoi il propose « de réhabiliter la conception stoïcienne de la virtus. Elle a pour avantage de ne reposer sur aucune transcendance, mais de s’ancrer dans l’individu et la maîtrise qu’il peut acquérir sur lui-même. » Dans _Charlie Hebdo_, Jean-Yves Camus s’en prend à ce qu’il appelle « la religion de la transparence ». « Assez âgé pour conserver quelques souvenirs des nombreuses affaires du pompidolisme », il a grandi « à une époque où l’on considérait d’emblée que le pouvoir corrompait ». Aujourd’hui, on semble verser dans l’excès inverse, « quitte à confondre le trafic d’influence avec le piston ». Certains y voient « un alignement des mœurs politiques françaises sur le puritanisme anglo-saxon », mais pour le politologue, dans un pays de culture catholique, « le culte de la pureté est une croyance religieuse laïcisée, qui découle à la fois du rapport de suspicion que le catholicisme entretient avec l’argent, et de sa méfiance traditionnelle envers un pouvoir temporel que l’Église n’a cessé de sermonner sur ses déviances par rapport à l’éthique ».

Peut-être aussi ce regain de puritanisme est-il lié au contexte politique, celui d’une complète recomposition

Laquelle suscite de nombreux commentaires. Le dernier en date est signé Michel Offerlé dans Le Monde et il diagnostique la fin de la forme partisane de la conquête et de l’exercice du pouvoir. « La dynamique mouvementiste à laquelle nous assistons – de Mélenchon à Macron – est une revendication de modernité et de nouveauté face aux vieux appareils accusés d'être sclérosés dans leurs structures, leur verticalité, leurs pratiques éthiques et financières douteuses ». L’un des symptômes de cette évolution serait d’abord le vocabulaire, excluant le lexique partisan au profit de termes comme « délégués », « référents », AG, bureau, bref « les dénominations d'une association loi de 1901 ». Autre caractéristique manifeste : une « opacité organisationnelle », une forme d’horizontalité numérique n’excluant pas la verticalité « puisque la place de l'affiliation et de la cooptation dans les rapports entre le centre parisien et ses " comités territoriaux " est avérée ». De son côté, La France insoumise est un « label sous lequel Jean-Luc Mélenchon a " proposé " sa candidature » et se définit comme « un mouvement pour " agir collectivement, sans affiliation à un parti politique ». Mais ces nouveaux mouvements politiques parviendront-ils à « pérenniser leur élan de transformation » sans retomber dans la logique partisane ?

Aux antipodes de cette reconfiguration politique, l’Europe centrale est entrée dans une phase de recul démocratique

C’est le phénomène paradoxal analysé par Jacques Rupnik dans la dernière livraison de la revue Esprit, consacrée à « La bataille des droits de l’homme ». En Hongrie, Croatie, Slovaquie ou Pologne se produit ce que Michael Walzer appelait « le paradoxe de la libération ». Le philosophe américain observait qu’en Algérie, en Inde ou en Israël, « les mouvements de libération nationale de tradition laïque ont, vingt-cinq ans plus tard, été remis en question par un retour de bâton religieux ». En Europe centrale, c’est la rhétorique de « l’identité chrétienne » qui a fait basculer l’élan démocratique et la dynamique européenne dans un populisme réactionnaire affichant les pires aspects de la gouvernance autoritaire. Dans ces pays traditionnellement d’émigration, c’est la question migratoire qui a souvent accentué la dérive. Robert Fico, le dirigeant slovaque qui a pris en 2016 la présidence tournante de l’Union européenne, a obtenu satisfaction sur la question des quotas de migrants avec la formule de la « solidarité flexible, où l’adjectif vide le substantif de son contenu : la solidarité est invoquée pour les fonds européens, flexible, c’est le droit de refuser de participer à une politique adoptée par l’UE ». Mais « contrairement à ce qu’avance Orban, l’Europe est fondée sur un partage de valeurs et de normes communes ». Si elle a tardé à répondre à l’évolution de la Hongrie, elle a plus rapidement réagi aux lois illibérales concernant la Cour constitutionnelle et l’indépendance des médias en Pologne. Et les résistances qui s’organisent dans la société de ces pays contribuent à la formation d’un « espace public européen ».

Par Jacques Munier

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