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Boualem Sansal, Gordon Brown, Joseph Stiglitz, chronique d’un monde malade

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Boualem Sansal
Boualem Sansal Crédits : Kai Pfaffenbach - Reuters

Le regard perçant de Boualem Sansal, qui a plongé dans le cauchemar d’une dictature religieuse en 2084 – son dernier roman – se porte aujourd’hui sur notre continent dans les pages Débats du Figaro.

Dans sa Lettre à un Français sur le monde qui vient , l’écrivain algérien nous met en garde, nous qui croyons être du bon côté de la « Frontière , une limite mythique inventée par de pauvres fous décapités depuis longtemps », et à l’abri dans un « monde abstrait » dont les héros de son roman, candidats au départ, « ne savaient rien sinon qu’il était voué au doute, au clinquant et à la dépravation, et qu’il serait, malgré cela ou pour cela, permis d’y vivre dans la liberté, l’égalité et la fraternité. » Pourtant, prévient-il, tout comme en Algérie on voit revenir les barbares « occuper les rues, remplir les mosquées, organiser des réseaux, ouvrir des maquis, traverser et retraverser les frontières lourdement chargés », le projet global de la guerre sainte a déjà gagné nos faubourgs. Si la légèreté ou l’aveuglement de nos édiles peuvent altérer momentanément notre lucidité « le fait est – assène l’écrivain – que nous sommes tous, et vous en particulier, pris dans le piège de la takiya ». Dissimulation et mensonge de ceux qui avancent à pas feutrés pour s’imposer en terre hostile, la takiya est une tradition ancienne de l’islam chiite, minoritaire et persécuté dans le monde musulman. Aujourd’hui pratiquée en pays de djihad par les islamistes organisés en minorité agissante, elle s’emploie – je cite « par un jeu subtil d’insinuations, d’accusations suggérées et de menaces voilées, d’incantations fiévreuses et de cris pleins d’un étrange silence » à nous inoculer « le virus de la culpabilité et voilà qu’aussitôt montent en nous la honte de penser, la peur de dire et le refus d’agir. » Les femmes, au premier chef, sont les victimes de cette léthargie morale de nos sociétés, elles qui font l’objet de débats policés entre imams pour savoir, par exemple, s’il est licite de les frapper… Il n’y a donc pas que le monde arabe « tout cassé et dispersé en morceaux et que les vents du saint djihad mondial poussent à se rejoindre pour former un nouveau et vaste continent » qui soit menacé par ce météore. Si elle n’y prend garde, l’Europe « aux vieux parapets » risque fort de ne pouvoir endiguer l’expansion de ce que Boualem Sansal a nommé dans son roman « l’Abistan » , et qui est selon lui « déjà dans nos rues ».

Toute ressemblance avec la difficile progression des réfugiés syriens sur notre continent est évidemment exclue

N’en déplaise à ceux qui, à l’extrême-droite, cultivent l’amalgame pour attiser la peur, la plupart d’entre eux aiment leur pays et souhaitent seulement y revenir, comme en témoigne l’appel à lever des fonds de l’envoyé spécial des Nations unies pour l’éducation globale Gordon Brown dans les pages Idées du Monde . Dans un camp de réfugiés syriens, à Beyrouth, il a rencontré un garçon de 12 ans qui « ne souhaitait ni fuir vers l'Europe ni vers les Etats-Unis », affirmant que « ce qu'il désirait le plus, c'était aller à l'école pour devenir ingénieur. " Pourquoi ce métier ? " « Pour reconstruire mon pays. » « C'est pour aider ce garçon et les 2 millions d'enfants réfugiés bloqués au Liban, en Turquie et en Jordanie que nous lançons notre plan, dont l'ambition est de ramener 1 million d'enfants dans les salles de classe » ajoute l’ancien premier ministre britannique. La solution envisagée : « instaurer un système de classes alternées dans les écoles existantes. Le matin et en début d'après-midi, les enfants libanais, turcs et jordaniens suivront les cours dans leurs classes. L'après-midi et en début de soirée, dans les mêmes salles, un enseignement sera dispensé aux enfants syriens ». Un système déjà adopté au Liban, mais il faut rémunérer les enseignants.

La citation du jour est extraite du livre de Joseph Stiglitz La Grande Fracture, chroniqué dans Les Échos

« La grande crainte est que notre ersatz de capitalisme, qui socialise les pertes et privatise les profits, et notre démocratie imparfaite, plus proche d’un système “un dollar, une voix” que du principe “une personne, une voix”, ne conjuguent leurs effets pour répandre la désillusion, dans l’économie comme dans la politique. »

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