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"L’information n’est pas dominée par des sujets véritablement universels..."

Brèves de campagne

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Dérapages contrôlés, manipulation du sentiment d’insécurité, manœuvres politiciennes, et hier gifle présidentielle... La campagne électorale s’annonce délétère.

"L’information n’est pas dominée par des sujets véritablement universels..."
"L’information n’est pas dominée par des sujets véritablement universels..." Crédits : L. Coust - Getty

"La vie politique française s’américanise", estime Cole Stangler dans le New York Times, relayé par Courrier international. Et ce n’est pas tant le "politiquement correct", l’influence des études de genre ou postcoloniales à l’université, ni la "cancel culture" qui sont en cause, mais l’obsession "des questions identitaires nombrilistes".

Les guerres culturelles, voilà ce que l’Amérique a vraiment donné à la France.

Le journaliste, parisien d’adoption, observe un discours qui prend dans certains médias une forme "lancée par les États-Unis – des présentateurs qui se vautrent dans les doléances et font naître des débats houleux sur le déclin national, l’immigration et la religion. Comme là-bas, le résultat est une dégradation du paysage politique, qui renforce l’extrême droite." Cole Stangler se désole "de voir l’abîme dans lequel a sombré le discours politique d’un pays qui s’enorgueillit de sa capacité à débattre savamment et de l’attention qu’il réserve aux intellectuels". 

En pleine pandémie et après la pire crise économique que la France ait connue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’information n’est pas dominée par des sujets véritablement universels comme les inégalités, le système de santé ou le changement climatique. Elle se concentre sur des débats identitaires nombrilistes alimentés par des personnalités de la télévision. Quoi de plus américain ?

"Comme Fox News, CNews fixe l’ordre du jour du pays."

À une question sur les enquêtes de victimation qui indiqueraient une stagnation depuis vingt ans, le ministre de l’Intérieur a répondu "leur préférer le bon sens du boucher-charcutier de Tourcoing". "Surprenante réaction", soulignent Philippe Robert et Renée Zauberman, qui ont codirigé l’Observatoire scientifique du crime et de la déviance. Sur le site AOC, ils rappellent que l’enquête de victimation consiste "à mesurer la délinquance en demandant à des citoyens, échantillonnés pour représenter la population, s’ils ont été victimes d’agressions, de vols, de dégradations etc…" On y trouve donc aussi le boucher-charcutier de Tourcoing, et c’est justement l’avantage de ces enquêtes : aller au-delà des statistiques des institutions pénales comme mesure de la délinquance pour prendre en compte le ressenti des victimes.

On a ainsi mis en lumière que le vécu n’était pas un simple décalque de l’exposition au risque, que victimation et insécurité peuvent fonctionner selon des logiques partiellement distinctes. Elle permet de saisir la complexité de l’insécurité, donc de comprendre le fréquent échec des politiques de sécurité quand elles ne prennent pas les moyens d’intégrer ce paramètre.

L’enquête de victimation renseigne aussi sur les recours engagés ou négligés par les victimes, et donc sur les taux de signalement à la police : "si le cambriolage et le vol de voiture sont rapportés deux fois sur trois, les agressions avec violences physiques ne le sont que deux fois sur cinq et les injures ou menaces qu’une fois sur dix". Or ce sont les agressions sans coups ni blessures qui restent à des niveaux élevés, mais là aussi "sans évolution nette". Et ce sont elles qui alimentent le sentiment d’insécurité, bien plus que "les faits divers dramatiques, mais rares, qui saturent le discours public". Les sociologues s’étonnent donc "du dédain de l’actuel ministre de l’Intérieur pour les enquêtes nationales de victimation", d’autant qu’elles sont menées par l’un des services de son ministère.

Une nouvelle "guerre hybride"

Pour faire monter la pression et attiser le nationalisme insulaire, Boris Johnson instrumentalise la xénophobie entre Européens. L’édito du Monde dénonce un durcissement des règles migratoires britanniques, avec "un visa qui n’est délivré qu’aux détenteurs d’une offre d’emploi proposant un salaire d’au moins 2 500 euros par mois".

Des jeunes filles au pair italiennes, espagnoles ou françaises interpellées à leur descente d’avion et placées en centre de rétention, puis renvoyées dans leur pays. Des Polonais, Bulgares et Roumains contraints eux aussi de faire demi-tour car soupçonnés de chercher du travail.

À la grande satisfaction des électeurs de BoJo, l’Européen lambda fait donc l’expérience des "humiliations subies par les migrants frappant à la porte d’un pays peu accueillant" et de "l’instrumentalisation politique de leur situation". Indice grave de l’ambiance qui règne en Europe à cet égard, l’autocrate biélorusse s’essaie désormais au chantage aux migrants, au lâcher de réfugiés irakiens sur le sol lituanien, principal refuge des opposants à son régime. Associated Press rapporte les propos de la ministre de l’Intérieur lituanienne qui assure que ces migrants illégaux - neuf pour l’heure - sont convoyés par avion depuis Bagdad ou Istanbul vers Minsk, et de là en Lituanie, pour servir une nouvelle forme de "guerre hybride".

Par Jacques Munier

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