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Brexit, les suites

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Beaucoup de réactions au Brexit dans les pages idées de nos quotidiens aujourd’hui.

Le Monde propose un copieux dossier politique face au défi que tentent de relever Michel Barnier, Jean-Pierre Chevènement, François Fillon ou Nicolas Hulot. Arnaud Leparmentier s’intéresse quant à lui au « remariage », car la Grande-Bretagne va devoir négocier simultanément les conditions de son divorce et les modalités de ses relations nouvelles avec l’Europe. Tout comme dans le genre hollywoodien de la comédie du remariage étudié par le philosophe Stanley Cavell, la dispute conjugale est le signe commun des deux moments distincts de la séparation et de la réconciliation, tant il est vrai, selon Pascal Lamy, l’ancien directeur général de l'OMC, que « les Britanniques ont trop cassé d'œufs depuis 1973 dans l'aventure européenne et " on ne refait pas des œufs à partir d'une omelette ". » « Tout devrait se résumer in fine à deux questions : combien Londres devra-t-il payer pour rester dans l'UE sans y appartenir juridiquement et à quelles réunions communautaires les représentants de Sa Majesté participeront-ils, avec le titre d'observateur forcément très actif. A la fin de l'histoire, les peuples risquent de se retrouver fort marris d'un " Brexit " peut-être plus formel que réel. » Et le chroniqueur de souligner le paradoxe : « Les Anglais n'ont pas répudié l'Europe libérale qu'ils ont façonnée, mais l'embryon de fédération européenne à laquelle, paradoxalement, ils ne participent pas : l'euro, Schengen et l'Europe de la justice. » Ce qui l’amène à conclure que « le drame européen n'est pas technocratique et ne s'appelle pas Bruxelles. Il est anthropologique. L'Europe se meurt, faute d'identité et de projet ». Porté à l’origine comme un projet kantien de paix perpétuelle, les années de mondialisation heureuse et un élargissement sans fin l’auront finalement affadi et désarmé face aux défis contemporains. Et le divorce à l’anglaise pourrait bien avoir des conséquences en interne, comme le redoute l’universitaire Keith Dixon : « Le référendum du 23 juin marque peut-être un " independence day " pour les partisans du " Brexit ", mais on peut aussi estimer qu'en entraînant la population écossaise dans une rupture qu'elle n'a pas souhaitée avec l'Europe il conduira, peut-être inéluctablement, à la fin prochaine du Royaume-Uni ».

Dans Les Échos, Dominique Moïsi file la métaphore cinématographique en évoquant La Guerre des étoiles

« Point culminant d’une catastrophe annoncée », le Brexit lui apparaît comme le point d’orgue d’une évolution qui, depuis « la chute du mur de Berlin avait traduit le « côté lumineux de la force ». Le référendum britannique en représente le « côté obscur ». Ce passage de la lumière à l’obscurité est le produit direct d’une version moderne de la trahison des élites dont « David Cameron, dans sa légèreté et son irresponsabilité, s’est révélé être le facteur accélérateur ». On ne joue pas impunément avec les peuples – ajoute le professeur au King’s College. « David Cameron restera probablement dans l’histoire de la Grande-Bretagne comme l’homme qui, pour sauver l’unité de son parti, a perdu celle de son pays ». Évoquant la figure de Churchill, il aperçoit comme de la tristesse dans le regard de celui qui fut à sa manière incomparable l’un des pères de l’Europe. « Tout ça, pour ça », semble-t-il dire. « Triomphe de la peur portée par les populistes, défaite de la raison défendue sans talent ni inspiration par les partisans du statu quo », après le diagnostic vient la conclusion : « Au-delà du choc boursier et monétaire immédiat, au-delà de l’image de confusion que l’Europe donne d’elle-même dans le monde, au-delà de l’encouragement qu’il constitue pour tous les populismes et tous les mouvements indépendantistes existants, le vote britannique peut être légitimement perçu comme un point de départ tout autant qu’un point d’aboutissement. »

Dans les pages idées de Libération, Jean-Christophe Bailly et Jean-Luc Nancy observent ce temps « clair-obscur »

Lequel a aussi son moment de vérité, qui consiste à « prendre acte de notre situation de passage et laisser venir les manifestations. Des mouvements existent, mais ils sont divisés et leur expression politique reste idéaliste, nostalgique, confuse. Quantité d’expériences se font, qui cherchent à inventer en silence d’autres modes d’existence, mais tout reste atomisé, diffus, sans prise sur le monde gouverné » relèvent l’écrivain et le philosophe. « Sans doute ne pourrons-nous avancer qu’à la condition de prendre acte de notre situation de seuil et d’accès à un avenir incalculable. Ce qui ne signifie pas se résigner ou voir venir, mais au contraire s’ouvrir à ce qui n’est pas advenu, orienter le sens d’une «venue» sans accomplissement. Le clair-obscur a aussi sa vérité. Ce n’est pas celle de la conclusion mais ce n’est pas celle de la confusion, qu’elle soit sournoise, braillarde ou matraqueuse. »

Par Jacques Munier

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