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Yasmine, sur une plage du Nord

Burkini body

5 min
À retrouver dans l'émission

Les plages françaises ont distillé cet été un petit message grinçant.

Yasmine, sur une plage du Nord
Yasmine, sur une plage du Nord Crédits : Arnaud Dumontier - Maxppp

L’image de ces policiers municipaux intimant à une femme l’ordre de se déshabiller ou de quitter les lieux est sans doute promise à une belle fortune dans les portfolios de la propagande djihadiste. Elle nous ferait presque oublier que la plage est statistiquement, après le lit, l’endroit préféré pour faire l’amour. C’est ce qu’indique un encadré du grand dossier consacré au sexe par le mensuel Sciences Humaines qui rappelle aussi – et ce n’est pas anodin en cette période de rentrée – que l’école et l’université sont bien avant la plage le lieu des premières relations amoureuses. Si l’amour est sans raison, comme le soutient le philosophe Ronald de Sousa dans un livre récent paru chez Markus Haller, il n’est pas pour autant complètement irrationnel… Comparable à la soif – dit-il « il vous donne des raisons d’agir dans tel ou tel sens, mais lui-même semble se passer de raisons », si ce n’est qu’on ne se mélange pas d’ordinaire entre amateurs de pastis et de champagne. « Le sexe a-t-il un cerveau ? » se demande le biologiste Jean-François Bouvet dans le dossier de Sciences Humaines. « Une chose est sûre : en matière de sexe, ce qui se passe entre les oreilles est déterminant. » L’imagerie cérébrale révèle que chez les deux sexes s’activent des régions du cortex préfrontal assurant des fonctions cognitives supérieures ainsi que « des zones plus profondes comme le cortex cingulaire antérieur situé à la face interne des hémisphères et assurant l’interface entre émotion et cognition ». Mais elle montre aussi que pour que la libido se libère, certains neurones doivent se désactiver. C’est le cas notamment de l’amygdale cérébrale, « centre de l’émotion et de la peur, ce qui semble indiquer une baisse de vigilance au cours de l’activité sexuelle ».

Quoiqu’en disent les statistiques, dans la presse l’amour c’est le marronnier de l’été

Deux poissons qui se roulent des pelles, c’est la photo en une de La Quinzaine littéraire : la chronique amoureuse d’Ella Balaert y est consacrée au livre d’Andrea Camilleri, sobrement intitulé Femmes, une série de portraits de « femmes faites de rêves, de mythes et de mots », d’Antigone, Béatrice ou Laura à Desdémone, Hélène ou Mademoiselle Julie, et d’Eschyle, Dante ou Pétrarque à Shakespeare, Euripide ou Strindberg. Le cinéma pourvoit au mythe, avec Louise Brooks, ainsi que des femmes de chair aimées par l’auteur, ou rencontrées au croisement de la réalité et de la littérature, comme cette mendiante qu’il connaissait dans son enfance et qu’il a retrouvée dans Yerma, la pièce de Lorca. « Réelles ou non, ces héroïnes sont toutes passionnées, courageuses, souvent rebelles, libres sinon libertines, avec ce grain d’excentricité qui rend l’amour fou. »

Aujourd’hui ce sont des françaises qui haussent le ton pour combattre la montée de l’islamisme dans notre pays

L’hebdomadaire Marianne leur consacre 14 pleines pages, non sans rendre hommage aux femmes tunisiennes qui ont mené le combat simultanément sur deux fronts : la dictature et l’islamisation. Pour ces françaises musulmanes qui s’estiment, selon l’expression de Martine Gozlan « assignées à résidence identitaire » par les fondamentalistes de tout acabit, les nouveaux contours de la Fondation pour l’islam de France devraient les inclure. « Une telle fondation devrait regrouper des théologiens, des érudits, des savants – plaide l’avocate Karima Saïd, qui propose « d’y nommer autant de femmes de qualité que d’hommes ». « L’islam, par un piège conceptuel, une ruse discursive, a remplacé toutes les autres identifications » dénonce Chahla Chafiq, née en Iran, membre du Haut Conseil à l’égalité et auteure de nombreux ouvrages sur la terreur en République islamique. « L’islamisme constitue une idéologie, non une pratique religieuse » ajoute-t-elle en préconisant de « désacraliser le débat ». À lire toutes ces contributions, on comprend que ce n’est pas le burkini qui nous délivrera de la tyrannie du bikini body, le corps mince et musclé des adeptes du fitness.

Dans les pages Débats du Monde d’éminents juristes commentent en droit l’ordonnance du Conseil d’État

« La complexité de la question tient au fait qu'elle mêle des enjeux politiques tenant à la place de l'islam dans la société, et des enjeux juridiques » estime Bertrand Mathieu, qui relève que « contrairement aux affaires du " lancer de nain " en 1995 et de " Dieudonné " en 2014, le Conseil d'Etat n'a pas retenu dans la polémique les atteintes au respect de la dignité humaine », en l’occurrence celle des femmes que vise la mode ostentatoire du burkini. Serge Sur est sur la même ligne, qui déplore « qu'une décision rendue le jour anniversaire de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ignore à ce point la dignité des femmes » et il souligne le contexte de tension suite à l’attentat du 14 juillet à Nice, proche de Villeneuve-Loubet », qui peut justifier que « son maire ait entendu prévenir les troubles que pouvaient provoquer ces ostentations de foi religieuse peu appropriées dans le contexte vacancier et ludique de la baignade ».

Par Jacques Munier

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