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Ce que les primaires font à la politique

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La campagne des présidentielles a commencé avant l’heure avec les primaires

Et l’on s’interroge sur les conséquences de ce mode de désignation du candidat, alors que la gauche comme la droite sont dépourvues de « candidat naturel ». Dans les pages Champs libres du Figaro Judith Waintrob estime que la primaire est le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres. Elle « pousse à surjouer les différences, comme le montre l’interminable feuilleton du burkini – convient-elle. Alain Juppé considère qu’il est un « enfermement de la femme », au même titre que le voile. C’est au mot près ce que répète Nicolas Sarkozy. Ils ont tous les deux soutenu les maires qui ont pris des arrêtés pour les interdire sur leurs plages. Seule la question de la loi les divise. Elle n’est pas anodine, mais mérite-t-elle de se jeter « l’identité heureuse » et la « tyrannie des minorités » à la figure ? » Pourtant, si la primaire exacerbe les divisions, elle ne les crée pas. « Elle minimise leurs conséquences en instituant une obligation réciproque de soutien du vainqueur entre tous ceux qui y participent. Ceux qui s’en dispensent exposent leur famille politique à être éliminée dès le premier tour de la présidentielle, et doivent l’assumer. » Dans Le Monde, Dominique Reynié relève le nombre de candidatures sans précédent que ces élections suscitent. Mais « c'est au moment où l'on compte le plus de candidats que la société se considère moins bien représentée par ses élus. La combinaison du quinquennat et de l'importation des primaires verrouille l'arraisonnement de notre vie politique à l'élection présidentielle, au moment où la société réclame une meilleure représentation de la diversité de ses préoccupations, des forces nouvelles et des enjeux qui l'animent. » S’il est vrai que « le principe des primaires substitue une procédure publique et démocratique à des mécanismes obscurs et autoritaires, l'arbitrage interne, d'une certaine manière, ménageait les apparences. Compte tenu de l'opinion que la population a de ses gouvernants, la publicité de cette compétition peut aussi bien servir la caricature d'une vie politique qui ne serait qu'une bataille entre des personnes pour des postes. » En trente ans, observe le politologue, « la société française a si profondément changé qu'elle est devenue méconnaissable au regard d'institutions qu'elle-même comprend ou accepte de moins en moins ».

La rentrée est propice aux grands bilans et à la vision rétrospective pour repérer du sens derrière le chaos du monde

Dans Les Échos, Dominique Moïsi invite « à hiérarchiser les défis qui nous sont lancés afin de mieux les affronter ». Face à la surmédiatisation de certains événements, il faut savoir raison garder. L’image de ces femmes entrant dans l’eau en burkini ne doit pas éclipser celle, terrible, « d’un petit garçon syrien de cinq ans sorti des décombres de son domicile dans la ville martyre d’Alep après un nouveau bombardement de l’aviation syrienne (ou russe ?). Il a le corps couvert de poussière et son visage est ensanglanté. Son regard perdu dit pudiquement toute la misère du monde ». Pour le géopolitologue, « cette photo prise pendant l’été 2016 résumera sans doute demain le conflit syrien et notre honte devant cette tragédie humanitaire tout autant que géopolitique. Comme le dit un très haut fonctionnaire de l’ONU, Stephen O’Brien, « le carnage syrien a quitté le domaine du cynisme pour entrer dans celui du péché ». La tragédie syrienne restera comme la plus grande faute morale de la communauté internationale en ce début de XXIe siècle. »

On peut encore élargir la focale et envisager, comme le fait la revue Projet, la mondialisation économique au regard du droit des États souverains

Lequel semble accuser un sérieux retard par rapport aux règles instituées dans la compétition économique par les grandes entreprises multinationales. « Les marchés poussent la souveraineté à renoncer à elle-même », observe Antoine Garapon, ce qui pose la question de l’efficience du politique, dont les marges d’action se réduisent à raison même de la globalisation de ce droit coutumier « qui a le mérite d’être opérationnel, donc légitime » sinon légal. « Les entreprises créent leur droit par leurs propres pratiques – rappelle le juriste – mais aussi par des transactions, des accords, voire par des stratégies normatives qui passent par des procès (on songe aux transactions entre Google Books et les bibliothèques nationales). » L’exemple des agences de notations est également édifiant, « qui jouent sans arrêt de leur double nature d’entreprises privées mais remplissent un rôle majeur dans l’économie, un rôle éminemment public ». Selon lui, pour « retrouver le chemin de la politique, il faut que les États retrouvent des couleurs. Et pour cela qu’ils se recapitalisent. » Deux outils restent à leur disposition pour ce faire : la fiscalité et la disparition des paradis fiscaux.

Par Jacques Munier

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