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Une rentrée en Maternelle

C’est la rentrée!

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« Racontez vos vacances », voilà le sempiternel sujet de rédaction en primaire…

Une rentrée en Maternelle
Une rentrée en Maternelle Crédits : Serge di Loreto - Maxppp

Même les adultes ne dérogent pas à la règle qui fait des vacances le sujet de conversation obligé de la rentrée. Dans les pages idées de Libération, la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval relève pourtant que ce qu’elle entend « après les vacances de ses patients ressemble étrangement à ce qui est dit au moment des fêtes de fin d’année… ou encore au moment d’une crise conjugale. » L’unanimisme de mise sur les bienfaits de la pause estivale dissimule bien souvent une tout autre réalité, faite de « réunions familiales souvent ambivalentes, une cohabitation avec des amis qu’on ne voit habituellement que de temps en temps, et avec lesquels on ne partage pas la cuisine et la salle de bains, le tout, souvent en compagnie d’enfants ou d’ados non endigués par le cadre scolaire qu’il faut occuper ou désoccuper de leur ordinateur ». Avec la vacance et le temps libre la situation est idéale pour favoriser le retour du refoulé : « conflits conjugaux mis sous le boisseau », « sujets qu’il faut éviter » en famille ou entre amis… Pour un psychanalyste, les grandes vacances sont au fond « un moment de crise, crise dans les deux sens du terme : au sens clastique (il y a de la casse) ou au sens de remaniement des pulsions, c’est-à-dire qu’il y a remise en mouvement de processus de sublimation et de transformation ». Alors mieux vaudrait éviter de sacrifier au rituel immuable de se raconter des histoires en racontant ses vacances… Même s’il est vrai que « faire semblant » n’est pas seulement une manœuvre dilatoire très répandue chez les adultes, mais qu’elle est une faculté cognitive essentielle dans le jeu ou l’expérimentation. Le mensuel Books publie des extraits de l’anti-manuel d’éducation d’Alison Gopnik, paru aux éditions Le Pommier. La psychologue insiste sur l’importance du jeu pour « développer des facultés d’adaptation et de sociabilité essentielles ». L’enfance étant « la période par excellence de l’expérimentation », faire semblant est au cœur de l’activité ludique, c’est une faculté commune à l’apprentissage par le jeu et à la pensée hypothético-déductive des scientifiques. Car elle développe « la capacité d’envisager des possibilités », voire de « changer le monde ».

L’apprentissage par le jeu est d’ailleurs commun aux animaux et aux humains

Alison Gopnik rappelle que « les archéologues ont retrouvé dans les lieux dédiés aux enfants des poupées et des ustensiles de cuisine miniatures datant d’il y a quatre mille ans », et l’on sait l’importance du jeu chez les petits d’animaux pour s’entraîner à se battre et à chasser dans un contexte sécurisé. L’hebdomadaire Le un publie un hors-série sur la Maternelle. Pascale Garnier y revient sur l’histoire de cette invention française, dès le départ orientée vers la pédagogie ludique. En 1846, la féministe Marie Pape-Carpantier pose les bases de l’école maternelle, dont l’objectif d’origine était de compenser les inégalités d’éducation et remédier au retard scolaire des enfants des classes populaires. Ces enfants avaient des scolarités courtes, « on a voulu leur inculquer une instruction élémentaire le plus tôt possible ». Avec la loi Haby qui instaure le collège unique, la mission de la maternelle évolue pour préparer les enfants à une scolarité longue, la tension initiale et constitutive entre « maternelle » et « école » s’accentue. « En 2007 – rappelle la sociologue – un rapport de l’OCDE baptisé « Petite enfance, grands défis » reprochait à la maternelle française de porter trop d’attention au développement cognitif de l’enfant, au détriment des relations sociales, de l’exploration du monde, de la maîtrise des émotions et de la confiance en soi. » Car le jeu, on y revient, apprend notamment à gérer les relations conflictuelles. Lorsqu’une dispute éclate, par exemple si un enfant refuse de rendre son jouet à un autre, la situation finit par se résoudre d’elle-même, sans intervention de l’enseignant, parce que « les enfants préfèrent continuer à jouer plutôt que se disputer ». Et « le jeu permet à l’enfant de sentir cette confiance qu’on lui accorde », ce qui l’aide à développer son autonomie. C’est pourquoi « le programme de 2015 impose un rééquilibrage, notamment en replaçant le jeu au cœur du projet éducatif, alors qu’il en avait été écarté en 2008. »

On rappelle au passage l’importance du petit-déjeuner

Pour les petits comme pour les grands. Le site nonfiction.fr rend compte du livre de Christian Grataloup, une histoire mondiale du petit déjeuner européen (Le Monde dans nos tasses. Trois siècles de petit déjeuner, Armand Colin) « Jusqu’à l’invention du petit déjeuner, rappelle Benjamin Caraco, la composition du premier repas de la journée ne différait guère de celle des suivants. Ce n’est qu’à partir du XVIIIe siècle qu’il commence à s’en distinguer ; tout comme le terme qui vient à le désigner. Dès lors, il s’organise autour d’une trinité de boissons d’origine tropicale : café, thé et chocolat. » Leur histoire est au cœur du processus de la première mondialisation. Je ne sais pas lire dans le marc de café mais cette histoire en dit long.

Par Jacques Munier

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