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71e anniversaire de la République populaire de Chine, 28 mai 2020

Chine, la Muraille intérieure

4 min
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Selon un rapport diffusé par le Center for Global Policy, un demi-million de Ouïgours sont soumis au travail forcé pour la récolte du coton au Xinjiang.

71e anniversaire de la République populaire de Chine, 28 mai 2020
71e anniversaire de la République populaire de Chine, 28 mai 2020 Crédits : AFP

Des révélations qui interviennent alors que la Cour pénale internationale vient de se déclarer incompétente pour les accusations de crimes contre l’humanité et de génocide portées par des Ouïgours en exil, la Chine n’étant pas signataire du traité de Rome qui a institué la CPI. Courrier international rappelle que plus de 20 % du coton produit dans le monde vient de cette province, soit 84 % du coton produit en Chine. Et que le gouvernement américain en a interdit l’importation alors que la Chine fournit un tiers des vêtements en coton vendus aux États-Unis. Au Congrès, trois projets de loi visent le travail forcé des Ouïgours. Mais l’intense lobbying de certaines entreprises les a jusqu’ici repoussés. Nike et Coca-Cola, notamment, mais aussi Apple, avancent que cette législation pourrait « provoquer des ravages dans leurs chaînes d’approvisionnement ». L’anthropologue allemand Adrian Zenz, est l’auteur du rapport, il enquête depuis des années, et fait l’objet d’une violente campagne de diffamation du régime chinois. Libération a suivi son travail de fourmi pour faire parler les sources. Exemple : les appels d’offres pour la construction des camps, repérés dans un océan d’informations.

Assimilation forcée

La dernière livraison de la revue Esprit consacre un dossier complet à l’empire du Milieu. Judith Geng et Mei Yang font le point sur la politique de sinisation qui vise également les Tibétains et les Mongols. Les méthodes d’assimilation forcée se généralisent, conduisant à des formes de « génocides culturels ». Les langues traditionnelles, mais aussi les pratiques religieuses, le style architectural des mosquées et des temples, rien n’est épargné. On a même pu voir « des moines taoïstes ou bouddhistes en uniforme de soldat chantant des chansons révolutionnaires devant le portrait de Xi Jinping ». Les journalistes soulignent que, outre le million de Ouïghours internés dans des camps sans la moindre poursuite judiciaire, c’est l’élite, notamment les intellectuels, qui est visée. Deux cent trente font l’objet de condamnations arbitraires depuis 2016.

Abdukerim Rahman, professeur à l’université de Xinjiang, spécialiste de la littérature ouïghoure, a passé un an dans l’un de ces camps et il est mort en août 2020, peu de temps après sa sortie. Tashpolat Tiyip, ancien président de l’université a été condamné à la peine capitale en 2018, et on ne sait pas aujourd’hui s’il est mort ou vivant.

Une situation qui ne fait qu’alimenter le courant indépendantiste chez les Ouïghours comme chez les Tibétains. 

Un hiver à Wuhan

Dans ce numéro de la revue Esprit, Justine Rochot retrace la chronologie précise de la pandémie Covid en décrivant les failles du système, le déni initial et les dissimulations du régime et elle souligne ce paradoxe : les facteurs qui ont contribué au manque d’anticipation de l’État - politisation de la santé publique, structure bureaucratique - sont également ceux qui ont permis de réagir, une fois l’épidémie reconnue. Elle cite notamment le cas de l’Armée qui a dépêché près de quatre mille médecins à Wuhan, munis d’équipements médicaux, ou encore les « communautés de quartier » pour appliquer les consignes de confinement, organisant les livraisons de repas et de médicaments, « un outil efficace et parfois effrayant de contrôle social ». L’hebdomadaire Le 1 fait escale à Wuhan, la mégapole globalisée avec son hub aérien et ses lignes internationales, sa gare TGV, sa sidérurgie lourde, son industrie automobile - dont PSA - et ses universités, ses centres de recherche en biologie, son marché aux animaux sauvages... « La ville a effacé toutes les traces qui auraient pu permettre de comprendre l’origine de l’épidémie dont elle a été l’épicentre », affirme François Godement. Le mystère est renforcé par le refus réitéré de Pékin d’accepter que les experts de l’OMS s’y rendent pour enquêter. Le pouvoir chinois a « maintenu jusqu’au 20 janvier qu’il n’y avait pas de preuves de la transmission du virus de l’animal à l’être humain, ce qui est stupéfiant ; et l’OMS a fait semblant de le croire, ce qui est pire. » L’historien et spécialiste de la Chine relève que « l’interdiction des liaisons aériennes intérieures à partir de Wuhan a eu lieu avant celle des vols à destination de l’étranger ». Et il souligne ce paradoxe : la Chine, premier pays frappé par l’épidémie, est la seule puissance économique à finir l’année 2020 avec un taux de croissance positif. C’est « que le modèle chinois est l’inverse du nôtre. Nous avons soutenu la demande, eux soutiennent l’offre. Donc la reprise chinoise a été tirée par la demande étrangère, puisque nous avons toujours les moyens d’acheter grâce aux injections de liquidités massives aux États-Unis et en Europe, et aux plans de relance. » 

Par Jacques Munier

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