LE DIRECT

Comment peut-on être Français ?

5 min
À retrouver dans l'émission

L’hebdomadaire Le un pose à nouveau la question de l’identité

On voit bien dans quel esprit, la question sous-jacente étant : quel sens ajouter à une communauté nationale apte à intégrer la diversité dans l’optique de ce que Renan désignait comme « un plébiscite de tous les jours »… « Malheureuse » ou pas, la notion d’identité est piégeuse car fatalement discriminante et c’est bien ainsi qu’elle est le plus souvent instrumentalisée. En outre, pour ce qui nous concerne, c’est un vrai serpent de mer, un marronnier franco-français. La question ne semble pas même effleurer nos voisins en Europe ni ailleurs, chacun n’ayant que peu de doutes à ce sujet, les Lapons comme les Persans. L’une des raisons de cette quête constante et fiévreuse vient sans doute de notre prétention à l’universel, héritage des Lumières et du temps où l’on célébrait l’universalité de notre langue. Entre cet ancien élan et le sentiment du déclin qui nous affecte aujourd’hui le paradoxe est douloureux. C’est pourquoi on peut se retrouver avec bonheur dans le miroir même déformant que nous tendent les différentes contributions à ce numéro, qui prolonge l’écho des moments intenses de communion nationale après les terribles attentats de l’an dernier. Comme l’affirme dans ces pages Agnès Desarthes : « Ne laissons pas cette passion à ceux qui s’approprient injustement son monopole », elle qui revient sur l’histoire de ses deux grand-mères, l’une venue de Lybie et l’autre de Russie. C’était sa différence à elle, dont elle était fière, sa façon d’être française, « française mais d’ailleurs ». « Si on m’avait posé la question quand j’avais huit ou dix ans : « Comment être français ? », j’aurais sans doute répondu : « En faisant des efforts. – Des efforts pour n’avoir pas d’accent, pour aimer le camembert, pour mettre du beurre sur ses tartines. J’étais tout à la fois partisane de l’assimilation et promotrice de la marge » se souvient-elle. On retrouvera non sans tendresse dans les pages pliées de l’hebdomadaire des extraits des lettres accompagnant les dossiers de naturalisation de quelques illustres Français d’adoption, d’Apollinaire né Kostrowitsk en Pologne, qui se présente à son avantage comme ayant « acquis une certaine réputation dans les lettres françaises », à Léon Zitrone, réfugié russe en 1934 et alors âgé de 20 ans, qui doit s’y reprendre à quatre reprises pour voir sa demande aboutir, en passant par Ionesco, dont l’administration signale la qualité d’« auteur dramatique d’un certain talent », Igor Stravinsky, l’Arménien Malakian devenu Henri Verneuil, ou l’apatride d’origine russe Nicolas de Staël qui déclare sans ambages dans sa lettre de motivation que « Paris est le seul endroit du monde où l’on peut peindre librement ».

Dans Les Échos , en pages Idées, Thierry Gandillot rend hommage à Michel Tournier

Et à l’amoureux des mots, des mots rares ou des mots d’esprit, auquel François Mitterrand rendait visite en hélicoptère dans son ancien presbytère de Choisel en vallée de Chevreuse pour parler de littérature ou de l’Allemagne. « Il fut très fier – nous rappelle sa chronique – quand « héliophanie », un mot qu’il avait inventé pour qualifier l’hymne au soleil entonné par Robinson à la fin de Vendredi ou les Limbes du Pacifique , fit son apparition dans le dictionnaire Robert. »

Et vous teniez à saluer la nouvelle formule de La Croix qui ouvre ses pages Débats à la controverse argumentée

Et à la confrontation de deux points de vue opposés, comme aujourd’hui, dans le contexte de crise à l’hôpital Pompidou après le suicide d’un cardiologue en décembre, celle qui oppose sur la question du pouvoir des médecins à l’hôpital un représentant de l’institution à celui des usagers. Dans son billet Alain Rémond s’en prend quant à lui à l’objet minuscule mais révélateur du « subtil » pouvoir du marketing de nous faire parfois tourner en bourrique : le gain promis d’un remboursement partiel sur un produit, en l’occurrence un sachet de salade. Après avoir renvoyé un formulaire téléchargé sur le site de la marque, avec le ticket de caisse, le code-barre de l’emballage, un RIB et, pour finir, la « perturbation packaging » découpée sur le sachet de la salade, vous pouvez espérer vous faire virer, au bout de six semaines, la somme de 1€. Le chroniqueur ne cache pas son embarras face au terme énigmatique de « perturbation packaging » désignant la vignette miracle. La locution verbale signifie en marketing – je cite « un procédé impactant pour inciter à l’acte d’achat du shopper quand il est en mode actif de décision d’achat », ce qui plonge le consommateur incrédule dans un abîme de perplexité. « Sert-elle à perturber le packaging ou, au contraire, à perturber le client par un packaging perturbant ? Comment distingue-t-on une perturbation packaging d’une packagition perturbing? Le package du perturbement est-il inversement proportionnel à la perturbination de la packagestion? Sinon, quoi ? »

Jacques Munier

L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......