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Matricule d'usine Renault de Simone Weil, 1935

Comment peut-on être optimiste ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Comme un effet secondaire de la dynamique Macron, le déclinisme serait en recul de 19 points.

Matricule d'usine Renault de Simone Weil, 1935
Matricule d'usine Renault de Simone Weil, 1935 Crédits : Leemage - AFP

C’est ce qu’affirme Brice Teinturier dans l’hebdomadaire Le un. « 67 % de nos concitoyens estiment que le pays est en déclin, ils étaient 86 % en 2016, 79 % en 2015 et 85 % en 2014. Et parmi ces 67 %, seuls 19 % considèrent qu’il s’agit d’un déclin irréversible, 48 % jugeant au contraire qu’il peut s’inverser. » Il faut dire qu’on revient de loin : « en 2013, les Français interrogés se montraient plus pessimistes pour leur avenir que les Irakiens ou les Afghans » rappelle Jean-Noël Jeanneney dans ce N° de l’hebdomadaire consacré à l’optimisme. L’historien revient sur les grandes dates de l’enthousiasme national : l’entrée d’Henri IV à Paris en 1594 et la fin des guerres de Religion, le 11 novembre 1918 ou le 14 juillet 1919, la Libération… Les moments les plus forts « sont ceux qui incarnent la perspective d’un monde meilleur », comme la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790, premier anniversaire de la prise de la Bastille. « L’idée de l’unité est affirmée avec une grande force, notamment par le serment de La Fayette, commandant de la Garde nationale : « Demeurons unis à tous les Français par les liens indissolubles de la fraternité », dit-il. La reine montre le Dauphin : « Voilà mon fils, il s’unit, ainsi que moi, au même sentiment. » L’impact de l’événement se répercute en Europe, un autre signe sûr de son caractère historique : « toute une génération salue, contre les monarchies, une France qui a eu l’incroyable audace de proclamer les droits de l’homme pour l’humanité tout entière ». La victoire du Front populaire est également un grand moment d’espoir populaire, avec sa vague de grèves pour faire pression et assurer l’avenir. Merveilleux témoin de l’époque, Simone Weil exprime dans La vie et la grève des ouvrières métallos, publié dans La Révolution prolétarienne, une revue syndicaliste, l’effervescence révolutionnaire, le sentiment de dignité retrouvée de ses camarades : « Enfin on respire, c’est la grève chez les métallos. » La philosophe embauchée décrit longuement les moments de cette « joie sans mélange » : « pénétrer dans l’usine avec l’autorisation souriante d’un ouvrier qui garde la porte. Joie de trouver tant de sourires, tant de paroles d’accueil fraternel. (…) Joie de parcourir librement ces ateliers où on était rivé sur sa machine, de former des groupes, de causer, de casser la croûte. » Quoi qu’il en soit pour la suite, « on aura toujours eu ça : pour la première fois et pour toujours, il flottera autour de ces lourdes machines d’autres souvenirs que le silence, la contrainte, la soumission ». *

Les chiffres de l’optimisme avancés par Brice Teinturier accusent une différence de 10 points entre les ouvriers ou employés et les cadres moyens ou supérieurs

Et même si l’embellie touche sans distinction toutes les familles politiques, les jeunes restent moins optimistes que les seniors. Pour le politologue, globalement, ces chiffres révèlent aussi une lassitude à l’égard « des oppositions jugées factices ou stériles, des alternances gauche-droite tuant progressivement toute espérance et vidant de leur substance l’intérêt de l’élection, ou des responsables donnant le sentiment d’être coupés des réalités ». Conclusion : « Il n’y a pas d’enthousiasme, comme, par exemple, en 1981 et, dans une moindre mesure, en 2007. Pas non plus de Français qui descendent dans la rue ni de grandes fêtes populaires. » On peut regretter notamment que l’énergie affichée par le nouveau pouvoir « ne soit pas aussi mise d’urgence au service d’ambitions sociales, afin que chacun profite de la fête » souligne Hippolyte d’Albis dans Les Echos. « Éradiquer la pauvreté en France n’est pas impossible, car d’autres pays l’ont fait, mais cela nécessite un véritable engagement politique » ajoute le chercheur de l’Ecole d’économie de Paris et membre du Cercle des économistes. « À partir des données de l’enquête européenne EU-SILC – statistiques de l'UE sur le revenu et les conditions de vie – on apprend que près de 20 % des Français estiment qu’il est difficile de joindre les deux bouts. C’est moins qu’en Italie, mais c’est plus qu’au Royaume du Brexit (16 %) et surtout qu’en Allemagne ou en Finlande, où le sentiment est partagé par 7 % de la population. » La pauvreté est « une réalité absolue qui traduit l’incapacité de satisfaire des besoins essentiels et de s’insérer socialement ». 9 critères la définissent : être capable de (1) payer son loyer ou son emprunt, (2) faire face à des charges financières imprévues, (3) chauffer suffisamment son logement, (4) manger une fois tous les deux jours un repas complet, (5) partir une semaine en vacances par an, mais aussi avoir (6) un téléphone, (7) une télévision couleur, (8) une machine à laver, (9) une voiture. La pauvreté est considérée comme sévère chez les personnes qui ne satisfont pas 4 de ces critères. Et ceci concerne 4,5 % de la population en France ou en Allemagne, contre 0,7 % en Suède. Les femmes seules et leurs enfants sont aujourd’hui les plus touchés. L’économiste préconise « de réduire encore le caractère universel des aides familiales et de concentrer l’effort sur les plus pauvres ». Et « d’aider à l’insertion des mères célibataires en leur permettant de concilier leur vie professionnelle et leur vie familiale ». Une ambition « à portée de main d’un gouvernement volontariste ».

Par Jacques Munier

* Simone Weil : Grèves et joie pure, Libertalia

Bibliographie

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Notre histoireDelcourt Mirages, 2014

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