LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Ajaccio, 30 octobre 2020

Confinés, consternés

4 min
À retrouver dans l'émission

Ce deuxième confinement affecte davantage que le précédent la santé mentale des Français, selon le constat du directeur général de la Santé, Jérôme Salomon.

Ajaccio, 30 octobre 2020
Ajaccio, 30 octobre 2020 Crédits : AFP

« Le nombre de personnes concernées par des états dépressifs a doublé entre fin septembre et début novembre. » Le reconfinement semble avoir un effet cumulatif. Une étude de la Fondation Jean Jaurès intitulée Suicide : l’autre vague à venir du coronavirus ? et citée par Marianne souligne la montée des idées suicidaires. 20% des personnes interrogées ont envisagé sérieusement de se donner la mort. Parmi elles, 11% y ont songé durant le premier confinement et 17 % depuis sa fin. Certaines catégories socioprofessionnelles sont plus touchées que d’autres : les dirigeants d'entreprises (27%), les chômeurs dans la même proportion et les artisans-commerçants (25%). L’hebdomadaire Le 1 est consacré à cette question. Oriane Raffin évoque « une France sur les nerfs ». 

Parmi les populations les plus touchées : les femmes, les personnes précaires et isolées, les plus fragiles d’un point de vue socio-économique – dont les étudiants.

Elle cite une enquête du Centre national de ressources et de résilience (CN2R) : « Un étudiant sur deux présente des symptômes sévères d’au moins un des critères mesurés, soit : détresse, stress, idées suicidaires, anxiété, dépression. » Marielle Wathelet, médecin en santé publique et co-autrice de l’enquête précise : plus de 27 % ont présenté une anxiété sévère et 11 % confient avoir eu des pensées suicidaires. L’effet cumulatif est également relevé : nombre de ces troubles avaient été peu ou pas pris en charge au printemps, « alors que de nombreuses structures psychiatriques avaient fermé ou limité l’accueil ». Déjà sous tension avant la crise sanitaire, les services de psychiatrie craignent aujourd’hui d’avoir du mal à contenir la vague.

« Comment ne pas devenir fou ? »

Christophe Debien, chargé du dispositif de prévention du suicide VigilanS, confirme « une grosse différence entre les deux confinements ».

En psychiatrie de catastrophe, plus la communication de crise est désorganisée, plus on constate des manifestations difficiles. Les différents discours, les revirements plus ou moins justifiés, en tout cas tels qu’ils sont perçus, peuvent donner le sentiment d’un manque de clarté. Les populations ont besoin de repères carrés.

Pour tout un chacun, les dimensions les plus pesantes de ce reconfinement sont « le manque de perspectives à court ou moyen terme et la répétition qui entraîne une forme de lassitude ». Rosine Duhamel, psychologue clinicienne au service d’écoute de la Croix-Rouge, constate une évolution des appels.

On sent davantage de colère, dirigée de façons différentes : contre le gouvernement, contre les personnes qui ne respectent pas les règles, contre les multinationales qui font du profit au détriment des petits commerces. Cette colère n’est pas forcément négative, elle permet de tenter de raisonner, de trouver des solutions - des coupables aussi. C’est une manière de donner du sens à ce que l’on vit.

À sa manière finement ironique, Robert Solé évoque un cauchemar sans fin : « ce maudit virus s’ingénie à nous tromper avec des expressions à dormir debout ». Asymptomatique : « autant dire qu’on ne peut faire confiance à personne. Les porteurs sains sont aussi déroutants que l’obscure clarté ou la douce violence ». Et que dire de cette formule du ministre de la Santé : « les cas contacts des cas contacts ne sont pas des cas contacts » ? Ou comment être et ne pas être à la fois. 

Une saine colère

Barbara Stiegler mène une grève « à l’envers » à l’université de Bordeaux où elle est responsable du master Soin, éthique et santé. Contre le confinement des étudiants et leur assignation à domicile, elle se rend tous les jours à la fac pour les voir. Dans Les Inrockuptibles, elle s'insurge contre les injonctions contradictoires du gouvernement qui conduisent selon elle « au sacrifice d'une génération entière ».

Une fois les campus vidés, il n’y aura plus de processus de politisation, pourtant essentiels pour transformer les colères de la jeunesse en politique et pour faire entrer les étudiants dans la Cité, surtout à l’heure où se constituent des bulles tribales sur les réseaux sociaux, qui sont aussi délétères pour la sécurité et la santé mentale que pour la démocratie.

La philosophe estime que sans ces moments de rencontre, d’échange et de transmission des connaissances, le risque est grand « de produire un délitement généralisé de la société ».

Par Jacques Munier

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......