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Cérémonie du 8 mai devant l'Arc de Triomphe

De nouveaux clivages?

5 min
À retrouver dans l'émission

Retour sur le scrutin de dimanche avec les analyses de nos quotidiens.

Cérémonie du 8 mai devant l'Arc de Triomphe
Cérémonie du 8 mai devant l'Arc de Triomphe Crédits : Stéphane de Sakutin - AFP

Pierre Rosanvallon observe dans La Croix que le plus « remarquable dans cette élection, ce sont les signaux contradictoires : d’un côté, un désir de renouvellement démocratique, l’attente optimiste de l’avenir ; de l’autre, le renforcement d’une France de la peur et du rejet, la montée en puissance du populisme, la progression d’une démocratie de défiance, avec un fort taux de votes blancs et d’abstention ». Il estime que c’est l’un « des grands enjeux de la période à venir » : « la manière dont la démocratie française pourra surmonter cette fracture et sortir de la spirale de décomposition ». Le désir de refondation démocratique qui s’est exprimé tout au long de la campagne et aboutit au choix d’un candidat extérieur au système bipolaire classique traduit l’aspiration à « une démocratie permanente ou continue qui puisse s’exprimer à travers des procédures de consultation, de contrôle des élus ou d’évaluation des politiques publiques », et pas seulement à l’occasion des élections. Car s’il est plus difficile de garantir un taux de croissance, « on peut s’engager à mettre en place des institutions d’évaluation, de surveillance, de mise en responsabilité ou de reddition de comptes ». Mais pour Jérôme Jaffré, la promesse du renouvellement de la vie politique, seul thème fort – selon lui – de la campagne de Macron, « va s’épuiser mécaniquement avec son accession au pouvoir ». Dans Le Figaro, le politologue doute que « le clivage progressistes-populistes structure durablement le paysage politique. Compte tenu à la fois de l’échec du FN et de l’absence de thème fort en dehors de l’Europe, il est un peu théorique ». Le clivage droite-gauche permettait « de faire la synthèse entre des sous-clivages et de trouver des alliés », privé de cette ressource Emmanuel Macron se retrouverait potentiellement devant « quatre oppositions qui l’attendent au tournant : les Insoumis, les socialistes maintenus, la droite présente, le Front national ». D’où le risque que s’impose un nouveau clivage entre « ceux qui soutiennent le gouvernement et ceux qui s’y opposent », mettant celui-ci en position minoritaire, car « le vote antilibéral a été extrêmement fort au premier tour de l’élection. Cette France est prête à repartir au combat. »

Le score du Front national, même s’il est en-deçà des prévisions, fait également l’objet des analyses

« Battue, Marine Le Pen n'est pas défaite – prévient Grégoire Kauffmann dans Le Monde. Ces deux dernières semaines ont conféré à ses obsessions une caisse de résonance sans précédent. » L’historien à Sciences Po, souligne « l'inconsistance du front républicain » alors que la candidate du FN est parvenue à détourner « à son profit les mots et les symboles de la République. En 1989, lors du bicentenaire de la Révolution française, le FN old school manifestait sa répulsion à l'égard de la tradition républicaine et appelait à commémorer " l'anti-89 ". Trente ans plus tard, l'héritière en titre assène que la démocratie est un principe fondamental de la République française », une subversion « au service d'une conception essentialiste de la communauté nationale ». Mais dans cette référence à la République les nouveaux cadres et militants se reconnaissent. D’où l’obsolescence de la grille de lecture antifasciste, qui vient une nouvelle fois de démontrer son impuissance avec « la syncope du front républicain ». Pour l’auteur du Nouveau FN. Les vieux habits du populisme la tradition républicaine a toujours été partagée entre « deux tentations irréconciliables ». D'un côté, le « vieux jacobinisme d'exclusion, interprète de l'appel au peuple : la tradition du sans-culottisme xénophobe et plébiscitaire, parfois ordurier, hypnotisée par le verbe du leader charismatique entré en guerre contre les élites, les oligarchies, les corps intermédiaires, le parlementarisme ». Une tradition qui, selon l’historien, « irrigue le nationalisme républicain dans son versant le plus autoritaire et le plus frénétique » de Robespierre au général Boulanger, de Marat à Paul Déroulède, et « peut-être jusqu'à Jean-Luc Mélenchon ». De l'autre côté, « le courant tocquevillien, résolument libéral et universaliste, soucieux de la différence, attentif au libre épanouissement des opinions contradictoires, pluraliste, modéré, ami des corps intermédiaires et du parlementarisme – aronien, giscardien, aujourd'hui macronien. »

Le vote de rejet – blanc ou nul – ainsi que l’abstention ont atteint des niveaux record

En progression entre les deux tours, ce qui est nouveau, et significatif. Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen constatent dans les pages idées de Libération que « les appels au front républicain n’ont pas enclenché de dynamique de mobilisation ». Et davantage que l’abstention, c’est le volume de votes blancs et nuls qui a « explosé », passant de 2,5% au premier tour à 11,6% au second, « presque le double du record historique de 1969 ». Un vote qui atteste une forme de mobilisation par défaut, à laquelle le troisième tour, celui des législatives, pourrait donner l’occasion de s’exprimer positivement.

Par Jacques Munier

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