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Des intellectuels musulmans

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À retrouver dans l'émission

Le débat sur l’islam de France se poursuit dans les pages idées de nos quotidiens, par les voix de trois intellectuels musulmans: Tarek Oubrou, Rachid Benzine et Abdennour Bidar

Avec, dans Le Monde, deux contributions éclairantes : la mise au point très documentée de Rachid Benzine sur le salafisme, et l’appel lancé par Abdenour Bidar aux musulmans pour combattre l’influence de l’idéologie fondamentaliste, qui impose « une représentation de l'islam comme " vérité absolue " supérieure à toute autre vision du monde ; une conception de la religion comme " totale ", qui doit gouverner aussi bien la vie privée que la vie sociale et politique ; une prétendue fidélité au " noyau originel " de la prédication de Mohammed ». C’est ce retour à un passé largement fantasmé – « celui où la " oumma " musulmane (notion idéologique sans réalité politique) aurait été puissante et harmonieuse » – que l’islamologue Rachid Benzine replace dans son contexte historique, celui des mouvements dits " réformistes " de la fin du XIXe siècle, qui « entendaient répondre aux catastrophes politiques de l'époque, dans le Maghreb colonisé comme dans les pays du Proche-Orient, longtemps sous domination ottomane ». Ceux qu’on a alors désignés comme salafistes, à cause de l’expression al-salaf al-salîh – les « pieux anciens » – n’ont pas tardé à revendiquer l’appellation, de même que le wahhabisme, « ultra-sectaire et intolérant », considéré jusqu’aux années 50 comme un mouvement déviant par l’orthodoxie sunnite et qui ne doit son succès qu’à l’alliance avec la tribu des Saoud qui a progressivement conquis la Péninsule arabique. « Les royalties du pétrole lui ont permis, ces quarante dernières années, de " wahhabiser " une grande partie de l'islam – ajoute l’artisan d’une approche historico-critique du Coran. C'est ainsi que, dans beaucoup de mosquées aujourd'hui, sont véhiculées des idées obscurantistes et dangereuses (telles que la comparaison des juifs avec des singes ou l'assimilation des chrétiens à des porcs), qui ont pour caractéristique première une lecture complètement décontextualisée, non historique, du texte coranique ». Des mosquées que notre confrère de Cultures d’islam recommande de fermer sur notre sol, lui qui va jusqu’à défendre la liberté de conscience, qui existe de fait mais « n'a jamais reçu la moindre légitimité de droit ». C’est aujourd’hui pour Abdennour Bidar l’enjeu décisif : « la liberté de croire ou de ne pas croire, de pratiquer ou de ne pas pratiquer, d'être " le musulman ou la musulmane qu'on veut être " au lieu de subir la contrainte explicite ou diffuse, consciente ou inconsciente, de stéréotypes que le juriste tunisien Yadh Ben Achour a raison de considérer comme la conséquence du totalitarisme émanant d'une " orthodoxie de masse ". »

La discussion argumentée se prolonge dans les pages Débats&Controverses de L’Humanité

Et notamment par la tribune de Tarek Oubrou sur ce qu’il appelle « l’arnaque théologique » de Daech « pour créer la division dans notre société ouverte dont les individus sont liés par la notion de citoyenneté. Un contrat que les canonistes médiévaux qualifiaient de ahde, une loyauté indéfectible que doit respecter tout musulman ». L’imam de Bordeaux se réfère à l’apologie du martyre et rappelle qu’en islam le terme désigne « celui qui meurt dans une guerre subie, donc autorisée ». Au kamikaze qui est à ses yeux « doublement criminel envers lui-même et envers ses victimes » car l’islam interdit le suicide, il oppose la parole du Prophète : « Celui qui tue un non-musulman vivant en paix avec les musulmans ne sentira pas le parfum du paradis ». « Dans sa communication, Daech brandit le califat comme un produit d’appel, une notion théologico-politique désuète » poursuit le spécialiste de droit canon, le fiqh. Et il dénonce la méthode de gouvernement par la terreur, « d’origine laïque. Elle s’appelle l’administration de la sauvagerie, celle que pratiquaient déjà les baasistes, aujourd’hui au sommet de cette organisation. Des laïcs convertis à un islamisme utilitaire après la disparition du régime de Saddam. »

La grande majorité des victimes du terrorisme islamiste sont des musulmans, faut-il le rappeler ?

Même l’attentat de Lahore au Pakistan, qui visait les chrétiens, a fait de nombreuses victimes chez les musulmans. Dans Les Échos Jacques Hubert-Rodier fait le point sur « le combat ambigu du Pakistan contre le terrorisme ». « Le Plan national d’action (NAP), adopté après le massacre de 132 très jeunes élèves dans une école militaire de Peshawar en décembre 2014, ne s’attaque pas aux causes profondes du terrorisme et de l’extrémisme ». Dans un pays où 60 % de la population a moins de 25 ans, il y a des États où le nombre d’écoles islamiques (madrasas) dépasse celui des écoles publiques. Et parmi les milliers de condamnations à la peine capitale la plus grande partie « ne concernent pas des actes de terreur, mais relèvent plutôt de la loi sur le blasphème ». Enfin l’armée continue de faire « une distinction entre les « mauvais » djihadistes, qu’il faut combattre car ils s’attaquent à l’armée et à la police, et les « bons », qui servent à promouvoir des objectifs stratégiques en Inde et en Afghanistan

Par Jacques Munier

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