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Deux France, trois droites

5 min
À retrouver dans l'émission

En croisant l’histoire et la géographie, Hervé Le Bras analyse dans Le Monde les résultats de la primaire de la droite

« Avec le bonapartisme autoritaire de Nicolas Sarkozy, l'orléanisme libéral d'Alain Juppé et le conservatisme légitimiste de François Fillon, les trois familles de la droite se sont rassemblées » résume le démographe, qui estime du coup que « le vote catholique n'a pas été le plus déterminant ». Selon lui, la meilleure illustration de ce retour du refoulé national ce sont les propos de Bruno Retailleau, soutien de Fillon, qui parle de son candidat comme d’un « homme d'autorité, fervent adepte du libéralisme, mais aussi grand défenseur des traditions ». Dans cet éloge, « les lecteurs de René Rémond auront reconnu les caractéristiques de chacune des trois droites des XIXe et XXe siècles que l'historien identifia. La droite bonapartiste autoritaire, l'orléaniste libérale et modernisatrice, et la légitimiste, conservatrice et nostalgique de la royauté absolue». Hervé Le Bras développe son analyse généalogique : « Clairement, Sarkozy est dans la veine autoritaire et bonapartiste dont les ingrédients populistes et le dédain des corps intermédiaires font intimement partie. Juppé appartient à la catégorie orléaniste, avec son souci de réformes qui ménagent à la fois l'économie et les classes populaires. Echoirait donc à Fillon la case légitimiste, malgré ses professions de foi appuyées de libéralisme. » Au vu de la géographie des résultats, l’analyse se tient. « Sarkozy a enregistré ses meilleurs votes dans le Nord-Est et sur le pourtour de la Méditerranée, là même où le Front national obtient aussi ses meilleurs résultats. » Juppé, quant à lui a drainé les votes de presque tous les départements situés plutôt à gauche. « Les départements du Sud-Ouest, plus radicaux que socialistes, sont tournés vers l'économie de marché tout en protégeant la solidarité sociale, ce qui était compatible avec le positionnement libéral de Juppé. » Conclusion sur les reports de voix au final : « la droite bonapartiste et la droite légitimiste se sont unifiées dimanche 27 novembre. Or, dans l'histoire de la République, c'est parce qu'elles n'étaient pas parvenues à le faire entre 1870 et 1878 que la IIIe République a pu s'établir fermement et, vingt ans plus tard, se débarrasser de la tendance bonapartiste que le général Boulanger incarnait. Une nouvelle période s'ouvre donc pour la droite française, et peut-être, dans six mois, pour la France entière. »

Dans les pages Champs libres du Figaro, Chantal Delsol revient sur l’expression « révolution conservatrice » évoquée à propos de l’élection de Fillon

D’origine allemande, elle « décrit ce courant qui au début du XX° siècle récusait la modernité en mettant en cause la démocratie et le libéralisme. Mais on a ensuite parlé d’une révolution conservatrice dans les années 80 à propos de Reagan et de Thatcher », alors qu’aucun des deux n’ont récusé la démocratie ni le libéralisme. C’est qu’en fait l’expression désigne davantage une démarche qui viserait en l’occurrence à un retour au libéralisme économique, « dans une France assistée par l’Etat providence depuis si longtemps, où la responsabilité individuelle se voit constamment découragée ». Conservateur est aujourd’hui selon Chantal Delsol « celui qui nous voit enracinés : dans l’histoire, dans les groupes d’appartenance comme la famille, dans le temps long de l’avenir ». Ainsi – je cite « un conservateur va répugner à aller emprunter de l’argent chaque matin pour acheter du pain, laissant la facture de sa consommation courante à ses petits-enfants, comme le fait l’Etat français depuis des lustres ». Et que dire quand il s’agit de pain au chocolat ?..

Pierre Rosanvallon analyse dans les pages Débats de L’Obs la référence obsessionnelle et largement rhétorique au peuple, qui domine le débat politique

« Une réponse discutable et dangereuse – selon lui – à une question légitime : celle de l’insatisfaction démocratique ». « Dangereuse parce qu’elle procède de plusieurs simplifications : les groupes sociaux sont réduits aux seules figures du « peuple » et des « élites » (définies de façon très floue) ». Et parce qu’elle « ouvre la prétention du leader populiste à représenter à lui seul le peuple tout entier ». Le risque est alors de « simplifier l’exercice de la souveraineté. Carl Schmitt parlait de la « démocratie d’acclamation », un type de démocratie directe et immédiate qui s’épargne le filtre des institutions démocratiques » par le recours au référendum. Au peuple il est alors facile de désigner l’ennemi : l’étranger, l’immigré, le réfugié. Enfin, si le populisme peut être de droite comme de gauche, « la grande différence concerne la redistribution des richesses : quoi qu’on pense de lui, nul ne peut nier que Chávez, populiste archétypique de gauche, a redistribué la rente pétrolière (avant, il est vrai, de faire s’effondrer l’économie), alors que Poutine, populiste de droite, ne redistribue rien. »

Par Jacques Munier

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