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Aux premiers rayons du soleil

Dites-le avec des fleurs

5 min
À retrouver dans l'émission

Entre écologie pratique et plaisir esthétique, un mouvement se développe en Angleterre pour réhabiliter la culture des fleurs locales.

Aux premiers rayons du soleil
Aux premiers rayons du soleil Crédits : JM

Pourquoi les importer du Kenya, de Colombie ou de Hollande quand elles poussent près de chez vous ? La revue _WE Demain_ a ouvert la porte des jardins, dans le Kent ou en Ecosse, pour découvrir ces entreprises à taille humaine qui commencent à concurrencer l’industrie horticole, ses pesticides et son CO2, ainsi que l’importation qui fait parcourir en moyenne 5000 kilomètres à des cargaisons de fleurs coupées. Là on cultive aussi des variétés anciennes, devenues exotiques, ce qui explique le succès croissant du mouvement « Slow flowers ». Lequel gagne aussi la France : « Jusque dans les années 70, les fleurs étaient produites localement – rappelle Béatrice Spelmans, de Popfleurs. À Rungis, près de 300 producteurs d’Île-de-France venaient vendre leurs fleurs, maintenant ils ne sont plus que 24… » Les initiatives sont encouragées et les adeptes anglo-saxons prodiguent leurs conseils : « s’installer sur une petite parcelle, débuter avec des variétés au prix abordable, s’allier avec des personnes aux compétences complémentaires, s’entourer de différents types de profils (bénévoles, personnes en réinsertion, prisonniers, etc.) »

Dans son dernier livre, le philosophe Emanuele Coccia fait un vibrant hommage du monde négligé des plantes et des fleurs

Présentes dans le décor d’un paysage, elles nous sont indifférentes et finalement comme absentes, égarées dans leur « long et sourd rêve chimique » ; hors-champ, en quelque sorte, de notre attention, si ce n’est dans le regard des peintres. Et pourtant « aucun autre vivant n’adhère plus qu’elles au monde qui les entoure ». Pour le philosophe, auteur notamment d’une belle méditation sur La vie sensible, elles représentent même « la forme la plus intense, la plus radicale et la plus paradigmatique de l’être-au-monde ». Partager leur point de vue – celui des feuilles, des racines et des fleurs – c’est faire l’expérience d’une cosmogonie en acte, modeste et lumineuse, et comprendre l’origine du monde : « sous le soleil ou les nuages, en se mêlant à l’eau et au vent, leur vie est une interminable contemplation cosmique ». Car c’est par la photosynthèse et la production massive d’oxygène que notre atmosphère s’est constituée, et que s’est progressivement formé le visage de notre planète bleue. Les plantes sont donc la seule et la vraie cause de ce que les Anciens appelaient le pneuma, le souffle qui anime la vie. Pour cela, il aura fallu qu’elles colonisent la terre ferme depuis leur milieu d’origine : l’océan. Et ce au moyen de deux simples mais merveilleux organes : les racines et les feuilles. Avant de maudire les mauvaises herbes qui envahissent nos jardins au printemps, ayons donc une pensée émue pour ces organismes parfaits et nécessaires, et au moment de les arracher, rendons grâce à leur rôle essentiel dans notre existence mondaine.

Il est vrai que nous sommes plus sensibles aux fleurs, et à leurs insolentes couleurs

Pour Monet, les tons orange flamboyants des capucines étaient même la couleur à l’état pur. Mais avant la fleur, organe de la reproduction et de la survie, le vrai miracle c’est la feuille. Emanuele Coccia lui rend un hommage appuyé dans une Théorie de la feuille qui forme toute une partie de son livre (_La vie des plantes. Une métaphysique du mélange._ Bibliothèque Rivages). C’est pour adhérer au mieux à sa condition et à sa fonction que cet organe foisonnant, ductile et orientable, privilégie la surface au volume. Et c’est à lui que revient le premier rôle dans la conquête immémoriale de la terre ferme. « Tout est présupposé et téléologiquement renfermé dans cette surface verte qui s’ouvre au ciel. » C’est la feuille qui produit la plante, comme Goethe l’avait observé et célébré dans son Essai sur la métamorphose des plantes. « Ce sont les feuilles qui forment la fleur, les sépales, les étamines, les pistils » et c’est aussi aux feuilles qu’incombe de former le fruit, sous l’effet d’une ultime explosion et dilatation du calice.

La botanique est une passion, c’est l’histoire de Jeanne Baret qui se déguise en valet pour suivre son amant botaniste du roi, Philibert Commerson, dans la grande expédition de Bougainville

Michèle Kahn la raconte dans la revue Reliefs. À l’époque, deuxième moitié du XVIIIème siècle, il est interdit aux femmes de monter à bord des navires du roi. La passion qui unit Jeanne et Philibert l’emporte, mais la supercherie finira par s’éventer. Bougainville ne s’en offusque pas, lui qui est très proche de Commerson, au point que le botaniste lui dédie un arbuste aux bouquets d’un somptueux violet, découvert autour de Rio de Janeiro, la bougainvillée. Mais la fleur qu’il avait baptisée du nom de Jeanne Baret sera renommée à son retour, après la mort de son amant à La Réunion, par les naturalistes qui se disputent les 34 caisses contenant 5000 espèces de plantes, dont 3000 nouvelles. En 2012, des botanistes américains ont voulu réparer l’injustice en baptisant une plante grimpante récemment découverte la solanale baretiae.

Par Jacques Munier

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