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Éduquer, apprendre à vivre ensemble

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L’école est une des priorités affichées du nouveau gouvernement.

« Que tous les élèves de France sortent de l'école primaire en sachant lire, écrire, compter… et respecter autrui » affirme Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'éducation nationale dans Le Monde en mettant l’accent sur le pragmatisme et l’expérimentation pour faire reculer les inégalités dont le système scolaire français détient la palme pour l’OCDE. L’ancien recteur puis directeur général de l'enseignement scolaire de Luc Chatel dans le gouvernement Fillon expose les différentes mesures qu’il envisage de prendre : retour des classes bilangues, des sections européennes, de l'option latin, évacués selon lui en fonction d’une conception « inadéquate » de l’égalité. Retour également à la dimension chronologique de l’enseignement de l’histoire « au moins jusqu'à la fin du collège ». Mais la mesure la plus audacieuse est sans doute celle qui vise à limiter le nombre d’élèves à 12 dans les classes en ZEP, afin d’atteindre l’objectif des « 100 % de réussite à l'issue du cours préparatoire ». Dans les pages Débats & analyses du quotidien, Pierre Merle estime qu’il s’agit dans l’ensemble d’un mélange d’immobilisme et de vraies réformes « tout à fait adaptées pour lutter contre la difficulté scolaire ». Mais il s’étonne du chiffre de 12 élèves qu’il estime excessif et coûteux en termes d’effectifs enseignants et d’espace. Selon lui, limiter à 16 élèves les classes de CP et CE1 aurait un résultat pédagogique équivalent et ne nécessiterait l’ouverture que d’une seule classe supplémentaire au lieu de deux. « Et, grâce aux moyens économisés, il serait possible d'appliquer aussi cette mesure aux classes de 6e REP (réseau d'éducation prioritaire) pour favoriser la transition souvent difficile entre l'élémentaire et le collège. » Si le sociologue salue la mesure consistant « à augmenter la prime annuelle accordée aux enseignants du premier et du second degré qui exercent en REP de 2 300 à 5 300 euros net », qui « devrait permettre de stabiliser les équipes enseignantes, actuellement marquées par un turn-over considérable qui altère les possibilités d'action pédagogique efficace », il émet des doutes sur l’autonomie accordée aux établissements pour « rétablir des classes bilangues dès la 6e, des langues anciennes ou un " parcours " européen ». Selon lui, « cette autonomie élargie supprimerait un acquis essentiel de la toute récente réforme du collège, qui avait pour but de limiter la diversité de l'offre pédagogique des établissements. » Car celle-ci a « des effets délétères sur les progrès des élèves faibles. Plus l'offre est différenciée, plus la concurrence entre les établissements augmente, et les stratégies de choix des établissements par les parents favorisées ». Résultat, mis en évidence par les statistiques ministérielles : un système scolaire qui se ghettoïse « avec, d'un côté, des établissements au recrutement social particulièrement aisé scolarisant les bons élèves ; de l'autre, des établissements prolétarisés scolarisant des élèves en grande difficulté ». D’où le défi pour l’école, de favoriser « l'ouverture sociale pour éviter que les ségrégations scolaire et urbaine se renforcent mutuellement ».

L’éducation vise aussi à l’apprentissage du « vivre ensemble » et du respect d’autrui, ce qui suppose une certaine dose de bienveillance de la part des enseignants

Et des parents également. Le dernier N° du mensuel Sciences Humaines consacre un dossier à l’empathie, où Béatrice Kammerer fait le point sur la nébuleuse de l’éducation bienveillante, non violente ou de la parentalité positive. Liée aux théories du care et au courant de la « psychologie positive », ou encore au concept « d’écoute active » développé par le psychologue américain Carl Rogers, l’éducation bienveillante est centrée « sur la gestion des manifestations émotionnelles des enfants » considérées avec indulgence « comme autant d’expressions de l’immaturité de leur cerveau ». En évitant de s’en tenir à la seule réprobation des transgressions, il s’agit d’aider l’enfant à exprimer sa créativité. Et de l’aider ainsi à devenir soi-même, « tout en rendant leur expression socialement acceptable. En retour, cette capacité à exprimer son intériorité lui permet de mieux comprendre celle d’autrui et donc de développer son empathie. » L’éducation bienveillante a créé une dynamique qui aspire désormais à l’institutionnalisation, comme en témoignent les ateliers de parentalité bienveillante proposés par certaines caisses d’allocations familiales.

De quoi rassurer les enfants surdoués, souvent en situation d’échec scolaire

Et qu’on présente comme émotionnellement instables ou hypersensibles, alors qu’ils ne le sont pas plus que la moyenne. Dans Les Echos, Yann Verdo relaie les travaux scientifiques sur les jeunes QI de 130 et plus. Il s’avère que les problèmes scolaires ne concernent qu’une minorité d’entre eux, mais qu’ils sont amplifiés par la caisse de résonnance des associations de parents qui ne s’occupent que des cas problématiques. Par contre, pour tous ceux qui pourraient voir leur situation facilement réglée en sautant une classe, les dernières consignes ministérielles constitueraient une entrave quasiment insurmontable.

Par Jacques Munier

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