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Le débat Merkel/Schulz, 3-09-17

Elections allemandes

5 min
À retrouver dans l'émission

Tout semble indiquer que la chancelière allemande va conserver son avance lors des élections fédérales du 24 septembre.

Le débat Merkel/Schulz, 3-09-17
Le débat Merkel/Schulz, 3-09-17 Crédits : Herby Sachs - AFP

D’autant que son principal adversaire, le social-démocrate et ancien président du Parlement européen, Martin Schulz, est relativement peu connu en Allemagne et – comme le rappelle Gabriel Richard-Molard dans les pages idées de Libération – « malgré des sondages très positifs lors de l’annonce de sa candidature, celui-ci a vu fondre ses intentions de vote, tant la chancelière monopolise l’entièreté du débat public et ne lui permet pas véritablement de développer un discours alternatif »*. Pourtant, le spécialiste des relations franco-allemandes souligne un « bilan contrasté » : le manque d’investissements publics et ses répercussions sur les infrastructures de transport et l’état des bâtiments publics, une politique sociale qui a récemment amené le FMI à publier une étude montrant « que ce sont près de 16% des foyers allemands qui vivent sous le taux de risque de pauvreté ». Angela Merkel peut se prévaloir d’un faible taux de chômage et d’un large excédent commercial, mais le premier « s’explique principalement par la réduction constante de la population active depuis plus de quinze ans ». Quant aux « résultats impressionnants à l’export » ils sont « liés essentiellement au manque d’investissement public, aux délocalisations vers les pays émergents et au fait que l’Allemagne produit des biens manufacturés (voitures haut de gamme et machines-outils) dont ces mêmes pays émergents font massivement l’acquisition depuis une quinzaine d’années ». Reste à son actif, pour séduire des électeurs de gauche, son attitude courageuse vis-à-vis des réfugiés ou « quelques avancées notoires en matière sociale, comme le salaire minimum de branche ». Évoquant la loi travail Thomas Piketty revient dans Le Monde sur un autre aspect du « modèle allemand » : la cogestion dans l’entreprise et il déplore « que le gouvernement n'ait pas saisi cette occasion pour renforcer l'implication des salariés dans la gouvernance des entreprises ». La réforme aurait été « plus équilibrée si l'on avait décidé dans le même temps d'augmenter fortement le nombre de sièges des salariés dans les conseils d'administration, comme le demandait la CFDT. Cela aurait aussi permis de promouvoir un véritable modèle européen de démocratie économique ». Sous le titre « Repenser le code du capital », sa tribune rappelle les législations adoptées par les pays germaniques et nordiques dès les années 1950 pour instituer « un véritable partage du pouvoir entre capital et travail », entre salariés et actionnaires. C’est ainsi que « les représentants des salariés détiennent la moitié des sièges dans les conseils d'administration des grandes entreprises en Allemagne, et un tiers des sièges en Suède », souligne l’économiste, qui ajoute « que ces règles ont contribué à une meilleure implication des salariés dans la stratégie des entreprises allemandes et suédoises, et, in fine, à une plus grande efficacité économique et sociale ». Les adopter à notre tour « permettrait de promouvoir une nouvelle norme mondiale en matière de droit des sociétés et, plus généralement, de contribuer à définir une véritable doctrine européenne dans le domaine économique et social, autrement plus intéressante et imaginative que la sacralisation quasi-religieuse du principe de " concurrence libre et non faussée " qui a jusqu'ici caractérisé l'Union européenne. »

D’autant plus que le Marché unique a des effets pervers, comme on le voit avec la question des travailleurs détachés

Pour Coralie Delaume, co-auteur de La fin de l’Union européenne, ce n'est pas un hasard si les réformes visant à libérer le travail, comme on dit, ont été mises en œuvre dans toute l'Europe, car « la course au moins-disant social et salarial est inscrite dans les gènes du Marché unique et de l'Union européenne ». Selon elle, c’est une des conséquences du fait qu’« il n'existe plus guère d'instruments de politique économique disponibles pour les pays-membres » : la politique commerciale est une compétence exclusive de l'Union et, en zone euro, il ne peut y avoir de politique monétaire puisque c'est la BCE qui la conduit. Pas non plus de politique budgétaire « puisque le budget des pays ayant adopté l'euro est supervisé par la Commission européenne. Il ne reste donc qu'une seule variable d'ajustement, le coût du travail, cible de toutes les réformes structurelles qui s'enchaînent dans l’ensemble de l'UE. » Un entretien avec Alexandre Devecchio, à retrouver sur le site Figarovox.

Et dans Le Point, le philosophe allemand Peter Sloterdijk poursuit son dialogue à distance avec Emmanuel Macron

Il commente l’entretien accordé par le président de la République à l’hebdomadaire et il estime que, dans l’ensemble, les Allemands sont « plutôt sceptiques » : « Il est suspecté de vouloir faire payer par l’Allemagne ses rêves d’assainissement de son propre pays. Il parle de fiscalité commune mais il va avoir besoin de flexibilité communautaire, puisque le déficit budgétaire dépassera de nouveau le seuil des 3% du PIB ». Et sur le geste désignant sa nuque quand il affirme que « La brûlure de l’attente, de la colère, du populisme, je l’ai encore là », le philosophe admet que « si vraiment il se prend pour un successeur des rois, il a de bonnes raisons d’avoir peur pour sa nuque ! »

Par Jacques Munier

*À quinze jours du vote, la CDU est créditée de 38% des intentions de vote, alors que le SPD n’attirerait que 24s suffrages soit encore moins que les 25% atteints en 2013.

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