LE DIRECT

Elections sous bénéfice d’inventaire

5 min
À retrouver dans l'émission

Brexit sous caution, élection américaine d’un milliardaire populiste, campagne présidentielle improbable en France : la démocratie est au bord de la crise de nerfs.

Et pour Marc Lambron dans Le un, « Nous avons une façon particulière de faire nos crises de nerfs. » L’hebdomadaire titre ainsi sa dernière livraison : République, faut-il passer la 6e ? Dans les embardées du régime présidentiel mâtiné de primaires à l’américaine, perturbé par une sévère crise de la représentation et de la conception du bien commun, certains veulent en effet changer de braquet, alors même que notre constitution rapiécée, amendée comme pas une, a fait la preuve de sa robustesse, et de la stabilité qu’elle promettait, même en cas de cohabitation. Mais revenons à la crise de nerfs. L’académicien immunisé – il lui est arrivé de donner des notules à la Revue des deux mondes – brosse le tableau d’une campagne à la fois très française et très surréaliste, ce qui élargit l’horizon. Française, elle l’est à la manière de Claude Chabrol : « un climat. La femme du médecin couche avec le notaire, une Audi passe parfois en Suisse avec du cash dans le coffre, on se promène à l’aube des dimanches dans des prairies mouillées où le setter s’ébroue comme s’il avait des puces, éclaboussant de gouttelettes fraîches ses accompagnateurs en trench et casquette de chez Barbour. C’est un univers où l’on s’arrange. Pas de riads à Marrakech, pas de villas à Saint-Barth, on laisse ça aux créatures du précambrien de type Balkany. » C’est que nous ne sommes ni dans le jurassique, ni dans le crétacé. « Non, juste l’ère chabrolienne, avec Michel Bouquet en faux-cul et Stéphane Audran en hétaïre d’arrondissement. Et puis, comme disait Cocteau, « être riche, c’est avoir des amis riches ». Marc Lambron sort le crayon de Daumier pour parachever le tableau : après Hamon et Le Pen croqués comme il se doit, cette dernière en vestige rexiste lourdement belge, « le bonhomme Mélenchon porte la blouse de Bouvard et Pécuchet et lâche des sentences de pharmacien babouviste en cherchant des étoiles rouges dans le firmament. Reste le Macron, Puck de la technostructure, Bonaparte ayant lu Marcel Gauchet, qui est en train de devenir la valeur refuge christique des écœurés raisonnables. »

C’est le Grand Guignol, mais restent les programmes des candidats, qui tracent des lignes de force

D’autant qu’ils n’ont pas toujours existé, comme le rappelle Nicolas Bué dans les pages débats de La Croix. « Le premier programme détaillé est le programme dit de Belleville présenté par Gambetta en 1869, qui reprend les doléances d’un comité électoral de ce quartier. » Vous le voyez, on est déjà dans le folklore local. Et de fait, lorsqu’il adopte l’échelle nationale, il suscite des attentes forcément déçues. Car si « le programme est utile pour construire une image et une crédibilité, attirer l’attention des médias sur le candidat, il faut ensuite une majorité pour mettre en œuvre ses promesses, des engagements internationaux qu’il faut respecter ou l’actualité qui oblige parfois le chef de l’État à reconfigurer ses priorités ». Aujourd’hui le programme est devenu un genre institué ; de plus en plus détaillé, il ne tarde pas à révéler ses failles dès lors que la mécanique du pouvoir est enclenchée. Mais pour Emmanuel Jessua, il permet au citoyen de se repérer. « Tout l’enjeu est d’analyser la cohérence d’un programme, de vérifier si le détail des propositions formulées par un candidat correspond à la vision qu’il défend.

Par exemple, il y aurait une incohérence forte pour un candidat à mettre l’Union européenne au cœur de son projet et promettre de laisser filer les déficits. » Bon… Le directeur des études au Centre d’observation économique et de recherche pour l’expansion de l’économie et le développement des entreprises insiste sur le chiffrage des programmes, qui en rajoute une couche au feuilleté indigeste. « La plupart du temps – reconnaît-il pourtant – les chiffrages sont erronés parce qu’ils s’appuient sur de fausses prévisions. On est obligé de raisonner à politique inchangée. Il n’est pas possible d’anticiper des changements conjoncturels. C’était par exemple le cas pour 2008, la crise financière n’aurait pas pu être prévue. » Alors quoi, so what dirait l’autre ? « Dans ces cas-là – poursuit l’expert, imperturbable, dans les colonnes de La Croix – le programme est généralement d’autant plus incohérent qu’il contient des micromesures isolées les unes des autres. Et les objectifs poursuivis visent plutôt à répondre à des groupes sociaux qu’à des grands objectifs. » Micro, macro, Macron… On y revient

La balle est dans le camp des citoyens

Ça tombe bien, l’excellente revue Projet élargit la focale au monde des citoyens engagés, ceux « qui ont choisi le monde pour cité » et l’humanité pour s’engager. « Interdire aux associations - écrit Jean Merckaert, le rédacteur en chef dans son édito - comme la maire de Calais en ce 2 mars 2017, de nourrir certaines personnes, parce qu’elles n’entrent pas (encore) dans la case « autorisé sur le territoire français », est un déni de cette commune humanité. »

Par Jacques Munier

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......