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Bertrand Russell avec William Faulkner, 1950

Éloge de l'oisiveté

4 min
À retrouver dans l'émission

Le droit à la paresse en guise de contribution au débat sur la loi Travail

Bertrand Russell avec William Faulkner, 1950
Bertrand Russell avec William Faulkner, 1950 Crédits : Bo Dahlin - Maxppp

Un débat de fond s’est immiscé dans la campagne américaine en écho au différend qui oppose Apple au FBI sur la protection des données personnelles

Libertés publiques contre sécurité, c’est ainsi que les protagonistes le présentent mais il semble plus complexe. Suite au refus de la firme à la pomme de fournir aux enquêteurs de l’attentat de San Bernardino un outil qui leur permettrait de « craquer » le téléphone de l’un des terroristes, le FBI lui demande de créer une version qui leur permettrait à l’avenir de contourner la protection effaçant les données au bout de dix codes erronés. Apple se défend en opposant le droit à la vie privée de ses clients, aux Etats-Unis mais aussi dans le monde, les gouvernements chinois et russes qui suivent attentivement l’affaire étant évidemment intéressés par son issue dans le but de surveiller leurs opposants. Mais s’il est vrai que le FBI a en l’occurrence dans son viseur d’autres enquêtes car le téléphone du terroriste de San Bernardino a pratiquement dégoisé tout ce qu’il pouvait, Apple ne semble pas de son côté au-dessus de tout soupçon. Les protections ont été mises en place après les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance de masse pratiquée par la NSA. « Est-ce à une entreprise de choisir ce qui peut, ou non, être accessible dans le cadre d’une enquête comme celle de San Bernardino, qui bénéficie du contrôle d’un juge ? » demande l’éditorialiste du Monde. Dans Les Échos Gilles Babinet et Fabrice Epelboin estiment qu’il « convient, avant toute analyse, de faire tomber les masques. Apple n’est pas le chevalier blanc de la « privacy ». Loin de là. L’été dernier, Apple déménageait discrètement les données privées de ses clients chinois dans un data center opéré par China Telecom. Par le passé, Apple s’est fait dérober des données personnelles par les services chinois sans que jamais il n’alerte ses utilisateurs ». Pour Apple la question se poserait davantage en termes de « souveraineté sur son cyberterritoire. Un territoire où il abrite et protège notre intimité numérique, notre vie sociale, ainsi que, pour certains d’entre nous, la façon dont nous créons de la valeur et participons à l’économie ». Le représentant de la France pour le numérique auprès de la Commission européenne et l’entrepreneur considèrent que « cette lutte nous concerne tous, citoyens, français, entrepreneurs, européens, car, à ce titre, nous sommes en mesure de revendiquer une forme de souveraineté numérique sur une petite partie de ce qui n’était, hier encore, qu’un village global. Chaque citoyen peut conquérir sa propre souveraineté numérique, en adoptant des technologies qui ne lui imposent pas la souveraineté de quelqu’un d’autre, comme celle d’Apple ou de Microsoft ».

Dans les mêmes pages débats des Echos Benoît Georges et Frank Niedercorn évoquent l’avenir des drones

Le drone livreur remplaçant les coursiers n’est pas pour demain : ce sont les applications de captation et d’exploitation de données qui vont se développer. « Les applications de prises de vues sont déjà quasiment à maturité, affirme Guillaume Thibault, auteur d’une étude sur la question. A l’avenir, la valeur qui est aujourd’hui dans la production et l’exploitation de drones va migrer vers des applications plus complexes et des capacités d’analyse plus sophistiquées. » Exemple : les drones de la SNCF, « employés au départ pour surveiller les voies et empêcher les vols de métaux, ils sont de plus en plus utilisés pour modéliser des portions du réseau, que ce soit pour la maintenance ou en prévision de travaux. « C’est devenu un métier de données, explique Nicolas Pollet, responsable du pôle drones de SNCF Réseau. Aujourd’hui, les data scientists représentent un peu plus de la moitié de mon équipe. »

Les machines n’enlèvent pas forcément du travail aux humains, elles créent de nouveaux métiers, plus techniques et qualifiés

Ça n’empêche pas le mensuel Books de consacrer un grand dossier à l’art et la science de ne rien faire, avec notamment de larges extraits d’un livre de Bertrand Russell au titre éloquent : Eloge de l’oisiveté. « Le bon usage du loisir, il faut le reconnaître, est le produit de la civilisation et de l’éducation ». « La morale du travail est une morale d’esclave et le monde d’aujourd’hui n’a nul besoin de l’esclavage », écrivait le philosophe en 1932. « Sans la classe oisive, l’humanité ne serait jamais sortie de la barbarie » et s’il est vrai que cette oisiveté n’a été possible que grâce au travail du plus grand nombre, celui-ci avait de la valeur « non parce que le travail est une bonne chose mais parce que le loisir est une bonne chose ». On peut d’ailleurs apprendre dans ce dossier que les moments d’oisiveté où le cerveau baguenaude sont essentiels à notre équilibre, à la gestation des idées, la mémoire, l’imagination et la connaissance de soi.

Par Jacques Munier

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