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Najat Vallaud-Belkacem, Bourg-en-Bresse 5 septembre 2016

Eloge de la grammaire

4 min
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Après l’orthographe, c’est la grammaire qui fait débat parmi les enseignants, avec une modification introduite depuis cette rentrée, concernant les compléments d’objet direct et indirect.

Najat Vallaud-Belkacem, Bourg-en-Bresse 5 septembre 2016
Najat Vallaud-Belkacem, Bourg-en-Bresse 5 septembre 2016 Crédits : Philippe Desmazes - AFP

Il s’agit de les désigner sous le terme commun de « prédicat », qui « permet de décomposer une phrase en deux grands éléments : le sujet – de qui ou de quoi on parle – et le prédicat – ce qu’on affirme à son propos ». Le débat est ouvert dans La Croix. Pour Sylvie Plane, agrégée de grammaire et vice-présidente du Conseil supérieur des programmes (CSP), la notion de prédicat aurait l’avantage pour les élèves « de découper une phrase en grands blocs, avant d’entrer dans les détails, ce qui les aide à mieux comprendre comment se construit le sens »*. La notion est d’ailleurs ancienne, elle était « utilisée par les grammairiens humanistes, et avant eux ceux de l’Antiquité » et réintroduite à Port-Royal dans un esprit « de logique et non plus simplement de forme », pour « se doter d’outils qui soient utilisables pour d’autres langues, en particulier le latin et le grec ». Mais pour Jean-Rémi Girard, du Syndicat national des lycées et collèges, « Changer la terminologie de manière incessante est une catastrophe pour la continuité de l’enseignement, y compris entre générations. Selon les chiffres du ministère, 45 % des élèves qui sortent du primaire ne savent pas écrire le soir tombait », les urgences sont donc ailleurs. Reste que cette notion de prédicat ne remplace pas les COD et COI, responsables de l’épineuse question de l’accord du participe passé.

Trois correcteurs du Monde lui ont accordé la palme de la faute d’orthographe dans la presse

Martine Rousseau, Olivier Houdart et Richard Herlin ont établi le palmarès dans un livre paru à l’automne chez Flammarion : _Retour sur l’accord du participe passé et autres bizarreries de la langue française._ Ils relèvent aussi les fautes de conjugaison, notamment la « contre-offensive » du subjonctif, qui recule partout ailleurs devant l’indicatif et trouve à s’insinuer là où il n’est pas admis, comme avec « après que ». « Le mode de l’hypothétique, du non encore réalisé, ne devrait pas être employé dans ce cas, car après que suppose la réalisation. » Par contre il convient parfaitement à la locution « avant que »… Viennent ensuite au palmarès les cruelles homophonies. Les auteurs en donnent de nombreux et savoureux exemples, difficiles à rendre à l’oral, puisque par définition, elles se voient mais ne s’entendent pas. Un exemple malgré tout parlant : « Un curé monte en chaire, fait bonne chère (fait bombance) et succombe parfois à l’appel de la chair, comme celui de Clochemerle quand, une fois par mois, il pèche avec sa servante. Trop souvent, on peut lire « faire bonne chair », ce qui est une fusion hardie des plaisirs terrestres, un peu comme dans le film La Grande Bouffe ». La science des grammairiens a quelque chose de fascinant. Certains poussent le vice jusqu’à s’aventurer en terre étrangère, comme Jean-Pierre Minaudier, qui collectionne et étudie les plus exotiques des grammaires, car dans sa structure même « chaque idiome a sa propre manière de passer du réel au discours, et porte un regard différent sur le monde ». Dans une célébration de la Poésie du gérondif, publiée au Tripode, il conseillait, « en tant que lecture de plage, une étude comparée de l’ergativité en avar et en tongien » qui promet d’éclipser « le Heidegger que le voisin de rabane a cru malin d’apporter et vous vaudra, Mesdames, la fascination frémissante des maîtres-nageurs les plus velus de la Madrague et de Waikiki. » Je précise que le tongien n’est pas la langue débraillée de ceux qui portent des tongues mais une langue polynésienne, l’avar une langue caucasienne et l’ergativité la propriété de celles où le sujet des verbes intransitifs est marqué comme le complément d’objet direct des verbes transitifs, contrairement aux langues dites « accusatives »…

La dernière livraison de la _NRF_ tente de lever un coin du voile sur l’épais mystère des langues préhistoriques

« L’histoire la plus longue de l’humanité n’a pas de mots » résume Anne Lehoërff. Pendant 40 000 ans, « l’homme n’a rien raconté par écrit, n’a laissé aucune phrase », car par rapport à cette longue durée, l’écriture est une invention récente. Si l’on ramène la totalité de l’histoire humaine aux 365 jours d’une année, en partant de l’apparition de l’homme en Afrique au 1er janvier, « Homo Sapiens s’implante en France au 24 décembre et devient agriculteur au 29 décembre (début du Néolithique) ». Il prépare la Saint-Sylvestre deux jours plus tard et « n’a pu en écrire le menu, au mieux, que dans la nuit du 30 au 31 décembre »… Les progrès des techniques d’analyse biochimique permettent, en reconstituant des structures sociales, des événements et des gestes, de « redonner la parole aux hommes qui se sont tus, grâce aux traces qu’ils ont laissées, au travers des mots qui sont les nôtres ». C’est en particulier le cas des sépultures, qui en disent long sur la cité des vivants.

Par Jacques Munier

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