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Éloge de la laïcité

4 min
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Dans une société déstabilisée par le communautarisme, la laïcité elle-même devient l’objet d’âpres débats: laïcité ouverte ou fermée, agressive ou laxiste... Certains plaident pour le potentiel rassembleur de ce qui est devenu au fil du temps une tradition française

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laïcité Crédits : laïcité - Radio France

Dans le grand entretien qu’il a donné au Monde Régis Debray choisit de rester à l’écart de la controverse opposant une laïcité dite « fermée » à une laïcité ouverte et de la polémique entre Manuel Valls et Jean-Louis Bianco, le président de l’Observatoire de la laïcité, lequel recueille le soutien de cent-cinquante universitaires et chercheurs dans une lettre ouverte publiée dans les pages idées de Libération. « Qu'il y ait, dans notre tradition, deux gauches comme il y a trois droites, cela s'apprend en première année à Sciences Po. Le surprenant, le déplorable, c'est qu'une laïcité destinée à rassembler en vienne à se déchirer » – regrette Régis Debray. C’est pourquoi il s’est assigné une tâche modeste mais visant à l’efficacité dans le guide pratique de la laïcité au quotidien qu’il publie avec Didier Leschi, le préfet délégué pour l’égalité des chances, qui fut chef du bureau des Cultes au ministère de l’Intérieur jusqu’en 2008. « L'existence doit précéder l'essence – assure-t-il. Là où la théorie divise, l'exercice peut unir. C'est le souhait de ce kit de survie, à mettre entre toutes les mains, gauche, droite, ou rien du tout. » Face à l’expansion du prosélytisme religieux, il préfère à une laïcité de combat la paisible protection du cadre juridique, inscrit dans l’histoire de notre pays. Et rappelle que le mot de laïcité ne figure pas dans la loi de 1905, « c’est dire à quel point la pratique a précédé la théorie »… D’Aumônerie – en particulier dans les prisons – à excès de Zèle, qui alimente le cercle vicieux d’une laïcité agressive façon « apéro saucisson » déclarant la guerre à une laïcité de retrait qui annule une exposition d’art exhibant des paires d’escarpins féminins sur des tapis de prière, le petit livre rouge examine une quarantaine de cas litigieux « pour faire vivre dans les faits une laïcité sans qualificatif » ni ouverte, ni fermée, affirmant simplement mais sans faiblesse les règles du vivre-ensemble. Y figurent les crèches dans les mairies – qui peuvent à juste titre provoquer un sentiment d’exclusion, la question de la formation des imams, ou celle de la liste des jours fériés, lesquels témoignent du fait « qu'un culte multiséculaire sédimente en culture et s'incruste dans les esprits, le calendrier et le paysage ». Et à ceux qui, emportés par un lyrisme républicain décalé, verraient dans la laïcité une mystique de substitution ou une « religion civile » Régis Debray oppose qu’elle ne pourra jamais fournir la part d'irrationnel et d'imaginaire inspirée « par l'émotion religieuse, et peut-être même par toute fraternité ». « Elle n'est pas faite pour la mystique, ni même pour la croyance. Je ne connais pas d'équivalent laïc au Requiem de Fauré ou au kaddish des endeuillés » ajoute le président d’honneur de l’Institut Européen des sciences religieuses, avant de conclure :* « Si l'homme est quelque chose qui doit être dépassé, la grandeur d'un régime laïque concilie humanisme et optimisme : elle consiste à laisser à chaque individu le soin de choisir en conscience, sans pression ni soumission, ce qu'il estime devoir dépasser sa pauvre vie individuelle. »

C’est pourtant ce que suggère Monique Castillo dans la revue Études : face à la demande accrue de religion, élever la laïcité au rang de « spiritualité culturelle ».

La philosophe kantienne, qui a exploré l’humanisme et les Lumières considère en effet que « la laïcité ne doit pas être regardée comme une arme de combat et comme une institution simplement défensive, mais comme un esprit et même comme une spiritualité » qu’elle se plait à désigner comme « le courage de l’incertitude ». Soit une « véritable éthique qui fait de la laïcité la spiritualité proprement démocratique de la vie culturelle dans l’espace public ». Pour Claude Lefort, rappelle-t-elle, en démocratie le pouvoir n’a pas de propriétaire attitré, c’est « un lieu vide », qui protège la division, le débat et la confrontation d’idées. De même la laïcité, qui « combat la prise de pouvoir par les religions mais ne récuse pas l’inspiration spirituelle qui en émane. La sécularisation des contenus mystiques comme l’amour, le don de soi, l’ouverture à l’infini nourrit la laïcité d’une symbolique qui fait sens », même en dehors de la sphère religieuse. « La fraternité républicaine à la française – par exemple, rapelle Monique Castillo – est une transposition de la fraternité chrétienne et la sécularisation philosophique allemande (kantienne) de la fraternité chrétienne a été transplantée dans la république française par des pères fondateurs de la IIIème République comme Renouvier ou Vacherot ».

Par Jacques Munier

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