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En campagne

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À la veille du premier débat télévisé des candidats à la primaire de la droite Le un ouvre ses colonnes au favori des sondages.

Dans le grand entretien qu’il a accordé à l’hebdomadaire, Alain Juppé répond ainsi à une question sur la campagne face à Nicolas Sarkozy, où il apparaît « plus retenu » : « C’est ma méthode et je crois que c’est ma force. Les Français ne s’y trompent pas. Ils attendent de cette fonction une certaine dignité et une certaine hauteur de vue. » Alors que l’ancien président a déjà choisi son Premier ministre, Alain Juppé énonce les deux critères qui seront les siens : « la compétence et la loyauté », ce qui lui permet d’écarter Emmanuel Macron, « qui commence sa carrière politique par un coup de poignard ». Autre question lancinante : « L’âge est la seule variable sur laquelle je n’ai aucune maîtrise ». Même s’il s’en défend en arguant de son optimisme et en proposant plusieurs causes à partager avec les jeunes : « l’égalité entre les hommes et les femmes, l’invention d’un nouveau modèle de croissance qui permette de sauvegarder la planète, parce que nous sommes évidemment responsables du réchauffement climatique, et la transformation numérique du monde ». Pour Vincent Martigny, notre confrère de L’Atelier du pouvoir sur France Culture, « dans une période caractérisée par une distance très importante de la jeunesse à l’égard de la politique, l’écart d’âge avec le président peut accentuer le sentiment que le pouvoir se préoccupe davantage des anciennes générations que de celles à venir, et que les réformes menées tendront à préserver les avantages acquis par les baby-boomers – qui, eux, votent – plutôt que de faire une place aux jeunes générations – largement abstentionnistes ». Mais il rappelle que « Nicolas Sarkozy et François Hollande, élus au début de leur cinquantaine, n’ont pas pour autant accordé davantage d’attention à la jeunesse ». Ce dernier notamment « l’avait décrétée priorité de son quinquennat en 2012, sans que cela n’ait de conséquences durant son mandat ». Le politologue rappelle que « François Mitterrand, déjà âgé lors de son élection en 1981, très largement réélu pour un second mandat en 1988 à l’âge de 72 ans grâce aux suffrages de la « génération » qui portait son nom, jouissait d’une popularité immense dans cet électorat ». Et aujourd’hui « l’étude des attentes des primo-votants effectuée par Anne Muxel dans l’enquête électorale 2017 du CEVIPOF révèle que c’est moins la volonté de s’identifier à un président jeune qui leur importe » que l’engagement réel du président en leur faveur. « Le paradoxe d’Alain Juppé, qui a pourtant occupé tous les mandats depuis quarante ans, est qu’il apparaît comme un personnage relativement neuf pour les jeunes générations au sein desquelles presque 30 % des sondés se disent prêts à porter leur suffrage sur son nom. »

Et les électeurs de gauche vont une fois de plus voter par défaut…

C’est devenu une habitude, comme le relève Rémi Lefebvre dans Le Monde : voter sans conviction « pour Ségolène Royal dès le premier tour en 2007 pour conjurer un risque de " 21 avril ", pour François Hollande sans illusions et par " antisarkozysme " en 2012, et parfois Xavier Bertrand ou Christian Estrosi pour faire barrage au FN lors des dernières élections régionales ». Au risque de se lasser « d'un vote de front républicain au deuxième tour qui alimente la victimisation de l'extrême droite ». Aujourd’hui on crédite 10% des électeurs de la primaire à droite de provenir de la gauche en faveur de Juppé. « Qu'une partie de ses électeurs envisagent de voter pour l'ancien premier ministre, dont les réformes libérales déclenchèrent le mouvement social de novembre-décembre 1995, a de quoi fasciner ou désespérer » estime le politologue, qui tente d’éclairer le phénomène. « La démocratie représentative est fondée sur la confiance, et notamment celle des gouvernés en la capacité et la volonté des gouvernants de mettre en place leur programme. Le vote vise en principe à produire la légitimité, à fabriquer le consentement à l'autorité. Ce sens du vote s'est déréglé, il est comme vicié. La démocratie de délégation s'est dévoyée en démocratie négative. On ne vote plus pour mais contre, par défaut, par ressentiment. » La rationalité du transfuge de gauche a donc de quoi surprendre « mais elle a sa cohérence, celle d'un vote qui n'est plus fondé sur l'assentiment et celle du grand dérèglement qui a gagné notre vie politique ».

Trois géographes ont suivi les déplacements des principaux candidats à droite, ils en rendent compte dans les pages idées de Libération

« Le Maire, parti plus tôt, a beaucoup visité les métropoles et les petites villes en milieu rural; Juppé, plus classiquement, les grandes cités; Fillon a penché vers la France de l’Ouest, plus catholique; et derrière les déplacements de Sarkozy dans beaucoup de villes petites et moyennes, on lit la volonté de cibler les fédérations des Républicains comptant beaucoup d’adhérents. » Etienne Grésillon, Frédéric Alexandre et Bertrand Sajaloli observent que tous ont évité la France des faibles densités (Massif central, Bretagne intérieure, sud-est du bassin parisien), sans doute parce qu’elle pèsera peu dans l’élection de novembre et qu’en dépit des discours qui manquent rarement d’invoquer la France oubliée, on trouve finalement peu de correspondances entre cette carte des déplacements de campagne et la France des marges.

Par Jacques Munier

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