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Fernando Savater

Espagne: la coalition introuvable

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Que se passe-t-il en Espagne ? Le plus francophile des philosophes espagnols analyse la situation politique dans les pages idées de l'hebdomadaire Marianne

Fernando Savater
Fernando Savater Crédits : Andres Trapiello

Se référant aux scandales de corruption, Fernando Savater estime que « les Espagnols, pris d’une pulsion de châtiment, ont eu une volonté de punir la droite et la gauche historiques. D’où une italianisation du paysage politique espagnol. Avec Podemos, nous avons même une vénézuélaïsation de la politique espagnole » affirme-t-il en faisant allusion aux liens de cette formation avec le parti chaviste, même si Podemos n’est pas marxiste et puise plutôt son imaginaire politique chez des penseurs sud-américains comme Laclau – le peuple contre la caste. « On peut se laisser avoir par le folklore – insiste le philosophe – mais au fond du fond, Iglesias, c’est Caracas. » Et de rappeler le caractère antieuropéen du leader de Podemos, à l’opposé de l’autre formation émergente, Ciudadanos, apparue en Catalogne au centre droit, en opposition au séparatisme. À l’heure où l’hebdomadaire bouclait, Podemos, favorable au referendum catalan, aurait tourné le dos à tout compromis avec les jeunes libéraux laïques de Ciudadanos autour du socialiste Pedro Sanchez, auquel le roi a confié la tâche de former un gouvernement après l’abandon du sortant Mariano Rajoy, faute d’appuis suffisants au Parlement. Fernando Savater n’est pas optimiste, notamment face aux poussées séparatistes, « l’éternel problème de l’Espagne » qu’il voit aussi « comme une sorte de kermesse héroïque. » Mais les taux de participation écrasants des jeunes aux élections lui redonnent espoir.

Le financement participatif comme une alternative aux politiques publiques de la culture, l’Espagne est un laboratoire à cet égard

C’est l’objet de l’enquête publiée dans la deuxième livraison de la toute jeune revue Nectart. LLuis Bonet et Eva Sastre l’ont menée à partir de données quantitatives et statistiques qui font apparaître un essor du crowdfunding en partie causé par la crise, la baisse des budgets alloués à la culture et celle des ressources du mécénat privé. Aujourd’hui, la musique figure en tête des secteurs culturels qui ont le plus recours à ce mode alternatif de financement, avec 36,7% des projets ayant abouti grâce à lui. Vient ensuite l’audiovisuel avec 23% des réalisations menées à bien par financement participatif, des résultats logiques dans la mesure où il s’agit de domaines populaires visant un large public. Et c’est peut-être là aussi que le bât blesse… Le système dépend de l’implication directe du donateur, pas forcément incliné à apprécier la nouveauté, voire la rupture esthétique. Il fonctionne par contrepartie immédiate à la manière d’une vente anticipée de CD, DVD, livres ou billets de spectacle ou d’exposition, éludant le temps long de la gestation artistique. Il s’appuie sur la mobilisation des réseaux sociaux ou conventionnels. Et pour les auteurs de l’enquête espagnole « à une époque où les paramètres d’excellence et de légitimation sont ébranlés » le financement participatif « simule une étude de marché où l’artiste teste son œuvre sans perdre son autonomie de décision », une étude en grandeur réelle qui « rapproche le créateur (ou l’institution artistique ou patrimoniale) du citoyen, lequel acquiert ainsi un rôle prépondérant en devenant coproducteur du projet ». Une manière de faire avancer la « démocratie culturelle », à quoi l’on peut cependant objecter le risque de réduction au plus petit commun dénominateur.

Dans les pages débats des Échos, Dominique Moïsi s’interroge sur les conséquences du remaniement ministériel sur la politique étrangère de notre pays

Si les qualités de germaniste de Jean-Marc Ayrault vont s’avérer utiles en 2016, alors que « plus que jamais, politique étrangère et politique européenne sont indissociables » autour notamment de la relation franco-allemande, cette compétence ne suffira pas. Il lui faudra une vision stratégique qui sache dégager des priorités, et « sur ce plan, s’il est un conflit qui apparaît comme un condensé des contradictions, des peurs, sinon des lâchetés de notre époque, c’est bien le conflit syrien – observe le conseiller spécial à l’Ifri. Ce n’est plus depuis longtemps une simple guerre civile. C’est un conflit régional qui pourrait devenir international en dépit des promesses de cessez-le-feu sur le terrain. Le conflit syrien rappelle de plus en plus la guerre d’Espagne. Désormais, les bombardements sur la ville d’Alep évoquent Guernica, le génie de Picasso en moins. Parce qu’il constitue le risque stratégique le plus grave dans ses dimensions multiples – conclut Dominique Moïsi – le conflit syrien doit être plus que jamais la préoccupation principale de la diplomatie française. »

Par Jacques Munier

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