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Dieu est grand

Et Dieu, dans tout ça ?

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Un vent paraclet s’est mis à souffler dans le ciel des idées à l’approche de l’Ascension, avec des rafales pouvant atteindre le Tabernacle ou la Kaaba et jusqu’à la campagne américaine côté républicain.

Dieu est grand
Dieu est grand Crédits : Sergei Karpukhin - Reuters

Le mensuel Books consacre un dossier à Gandhi, où l’on apprend notamment que si l’apôtre de la non-violence a largement contribué à mener l’Inde sur le chemin de l’indépendance ce n’était pas du tout son projet au départ et que l’homme était inspiré par une religiosité étroite et des convictions profondément archaïques. Comme quoi le Saint-Esprit peut prendre à l’occasion des allures de « ruse de la raison » dans l’histoire. À la lecture d’un livre sur sa vie politique et spirituelle l’historien Perry Anderson relève que « sa croyance en lui-même, de nature religieuse, était imperméable au doute ou aux objections », garantissant à ce qu’il disait une valeur divine. Bien qu’il ait invité à adoucir le sort des intouchables il restait partisan du système des castes et « craignait que les intouchables ne se liguent avec – je le cite - les barbares musulmans ». Recyclant à point nommé la parabole de Dr Jekyll et Mr Hyde, David Goldfisher étudie « l’étrange cas du Dr Saoud et de Mr Djihad ». Le premier, qui règne sur un territoire gorgé de pétrole, aime la belle vie et succombe volontiers aux attraits de l’Occident moderne, c’est un ami des Etats-Unis qui lui rendent la politesse pour le plus grand bien des deux peuples. Mais la personnalité de celui qui aime à se présenter comme le gardien des Lieux saint de l’islam recèle de sombres obsessions. Il est parcouru d’un frisson de dégoût dès qu’il songe aux chiites, ou aux juifs, ou aux femmes qui conduisent. Il se voit alors « répandre le sang et mettre à genoux l’Occident ». Et « une voix, tour à tour séductrice et menaçante, lui susurre que ses instincts meurtriers sont inspirés par Dieu ». Tout comme dans la fable de Stevenson, le Dr Saoud trouve une solution merveilleuse : « une drogue capable de le transformer en un Mr. Djihad bien distinct, grâce auquel il pouvait s’abandonner à ses vices tout en préservant la réputation et le savoir-vivre que le monde attendait du Dr Saoud ». Cette drogue s’appelait « pétrodollars » mais elle avait un effet secondaire fâcheux : « plus le Dr Saoud succombait aux charmes de l’Occident, plus Mr Djihad gagnait en force et en rage ». Et à l’été 2014, « le Dr Saoud se retrouve dans une position stressante : les Etats-Unis lui demandent de se bombarder lui-même (sous le nouveau de guerre de Mr Djihad : l’État islamique) ». Et puis la drogue du pétrodollar finit par s’épuiser et se dévaluer. « Moins le Dr Saoud a de dollars, plus il devient difficile de maîtriser Mr Djihad ». Conclusion du fabuliste expert en géopolitique : « la psychose du Dr Saoud et de Mr Djihad n’est pas seulement en passe de tuer le patient ; elle est devenue trop dangereuse pour le reste de la planète. Elle doit être traitée. »

Dieu dans tous ses états au programme de la dernière livraison de la revue illustrée Citrus_ *_http://revue-citrus.com/

De Jérusalem à Bénarès, Haïti ou le Vatican, partout et nulle part présent et absent, « le mystère Dieu reste entier – reconnaît Nicolas Dutent dans L’Humanité – mais la plume et le crayon respectent ici sa pluralité, son ambivalence et ses sinuosités ». Le journaliste a parcouru les chapitres de la revue et relevé la tendance des morts à saisir le vif dans l’orbite de la transcendance divine, comme à Jérusalem la « disputée », « où les cimetières mordent sur l’espace vital des vivants, au prix d’une folle spéculation immobilière. Si tant de morts vivent à Jérusalem – observe Vincent Lemire dans la revue – c’est parce que la turbulente fratrie de la grande famille monothéiste s’accorde au moins sur un point : la fin des temps aura lieu là… Quitte à être mort, mieux vaut se tenir aux premières loges. »

Alors si Dieu existe, j’espère qu’il a une bonne excuse

On peut lire une variante de cette formule chez Martin Buber : « Le mot Dieu est tellement couvert de sang qu’il devrait être retiré du vocabulaire, au moins jusqu’à ce qu’il se remette de tous les mauvais usages qui en ont été faits. » (Je et Tu) Parmi eux, celui qui concerne la sexualité. Aujourd’hui l’interdit est porté sur la pornographie. Sur le site LeMonde.fr Pierre Barthélémy fait le lien entre la croisade lancée par les conservateurs de l’Utah et la publication d’une enquête qui s’intéresse notamment aux effets de la consommation de pornographie sur la pratique religieuse. Sans surprise ceux qui se connectent régulièrement à des sites peu recommandés par les curés, pasteurs, rabbins et autres imams, se disent davantage en proie au doute vis-à-vis de la religion. Mais l’enquête a également révélé un curieux phénomène chez les plus accros : « la courbe de la présence dans les lieux de cul(te) remonte : les fous de la fesse ne sont pas mous de la messe. Les hypocrites font aussi de beaux dévots. Pas mort, Tartuffe »

Par Jacques Munier

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