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Addis Abeba, 28e sommet de l'Union africaine

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Alors que se tient aujourd’hui et demain à Addis-Abeba le 28ème sommet de l’Union africaine, la revue L’Année du Maghreb consacre un dossier à la profession de journaliste

Addis Abeba, 28e sommet de l'Union africaine
Addis Abeba, 28e sommet de l'Union africaine Crédits : Minasse Wondimu Hailu - AFP

Le sommet éthiopien est dominé par la question de la réintégration du Maroc, qui a quitté l’UA en 1984 pour protester contre l'admission de la République arabe sahraouie, avec laquelle il est en conflit. L’objectif du Maroc étant d’œuvrer à son exclusion, même si officiellement Rabat n’a pas posé de condition à son retour, l'Algérie, soutien historique aux indépendantistes sahraouis, s’oppose fermement à cet objectif. On suivra avec intérêt la manière dont la presse des deux pays rendra compte des débats. Mais il est peu probable qu’elle dépasse le rôle de transmission des positions respectives de chacun d’eux. Reportages, journalisme d’enquête et d’investigation y sont peu développés, même depuis le vent de liberté qui a soufflé sur la région avec les printemps arabes, qui a surtout profité aux sites d’information en ligne. Les lignes rouges se sont maintenues : la sécurité nationale, ou au Maroc la personne du roi, la monarchie et la religion d’État. Encadrée par un code de la presse et de l’édition essentiellement répressif, la profession de journaliste est placée sous la tutelle de l’État, la carte professionnelle étant délivrée par le Ministère de la communication. Et dans la pratique, couvrir des événements sur la voie publique requiert des autorisations administratives. Comme le rappelle l’universitaire marocain Ahmed Hidass, la politique étrangère est également exclue du champ de l’investigation critique, et la langue – l’arabe standard de presse – est un obstacle pour les locuteurs majoritaires en berbère ou en arabe dialectal, ce qui explique la faible diffusion de la presse écrite au Maroc. Un « journalisme de bureau » ou de commentaire, relayant les dépêches ou les communiqués officiels, c’est également la caractéristique de l’information en Algérie, comme le résume Belkacem Mostefaoui dans ce dossier de la revue L’Année du Maghreb. Le professeur à l’école de journalisme d’Alger évoque les « coquilles vides » que sont le SNJ ou la FNJA, Fédération nationale des journalistes algériens, créée pour torpiller le Syndicat national des journalistes, jugé trop proche d’Ali Benflis, candidat sérieux et rival du président Bouteflika. La manne publicitaire distribuée par l’État se déverse sans surprise sur les journaux les plus accommodants.

Le cas de la Tunisie est assez différent. La révolution a entraîné l’abrogation de l’ancien code de la presse

Et la promulgation de nouveaux textes mettant l’accent sur la liberté de l’information. L’universitaire Hamida El Bour analyse les effets de la transition démocratique sur le travail des correspondants locaux de l’agence Tunis Afrique Presse, un angle révélateur quand on sait l’importance de l’effervescence contestataire au sud du pays et ses conséquences sur le mouvement de janvier 2011. Avant cette date, pas question pour les correspondants de l’agence de relayer les mouvements sociaux, comme le soulèvement dans le bassin minier de Gafsa, durement réprimé. Les sujets à traiter en priorité étaient le patrimoine et le tourisme. Le bureau du correspondant de l’agence était situé au siège du gouvernorat. Aujourd’hui les interactions avec la société réelle se développent et « la rue est devenue source d’information ». Dans une précédente livraison de L’Année du Maghreb sortie en 2012 au lendemain des printemps arabes, Vincent Geisser analysait l’effet domino qui a étendu la contestation à travers la région. Pour lui, ce phénomène de diffusion ne pouvait être seulement imputable à ce qu’on appelle « la rue arabe », et il soulignait que si la contagion révolutionnaire s’est ainsi répandue, c’est parce qu’elle disposait d’un espace d’échange et de communication préexistant : « le moment tunisien – écrivait-il - ne parvient à atteindre une dimension universelle arabe que parce qu’il existe préalablement une possibilité de décodage pour les individus et les groupes de citoyens arabes, nourris par une circulation des idées, des informations et des représentations communes ». Même si le panarabisme ne fait plus rêver grand monde, il a donc constitué une sorte de toile de fond pour des mouvements qui se sont souvent manifesté par un désir de renouer avec l’histoire nationale, comme en témoigne l’adoption d’emblèmes, le drapeau en particulier, antérieurs à la coupure du temps historique instaurée par les régimes autoritaires.

Dans la revue Vacarme, Yves Gonzalez-Quijano revient sur l’histoire du panarabisme et ses « territoires perdus »

Dans le contexte explosif du Moyen-Orient, le centième anniversaire de la Grande Révolte arabe de 1916 est passé largement inaperçu. C’est elle qui donne pourtant son envol à l’idée. Mais avec la disparition de Nasser, la perte de capitales symboliques comme Le Caire – l’Egypte étant exclue de la Ligue arabe après les accords de Camp David – l’idée panarabe s’est donc fugacement réincarnée dans l’effervescence du Printemps arabe. Avant d’être récupérée par les islamistes radicaux de Daesh…

Par Jacques Munier

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