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La marche des femmes sur Versailles

Femmes d’action

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La loi Copé-Zimmermann de 2011 contraint les entreprises de plus de 500 salariés à afficher une proportion de femmes au moins égale à 40% parmi les administrateurs. Qu’en est-il aujourd’hui ?

La marche des femmes sur Versailles
La marche des femmes sur Versailles Crédits : Getty

La France, qui est l’un des rares États avec la Norvège, l’Italie et la Californie à avoir adopté de tels quotas, peut se prévaloir du plus fort taux de féminisation des conseils d’administrations dans les grandes entreprises, passé de 8,5% en 2007 à 43,6% en 2019. Comme le montrent Maïlys Khider et Timothée de Rauglaudre dans Le Monde diplomatique, cette loi est le fruit du lobbying des réseaux « féministes » du CAC 40, qui ont essaimé depuis les années 2000 autour du Women’s Forum for the Economy and Society (WF), surnommé le « Davos des femmes ». Ce « féminisme de marché » qui promeut l’accès des femmes aux plus hautes fonctions n’est pas dénué d’ambiguïtés. Proches du pouvoir, notamment depuis l’élection d’Emmanuel Macron qui a fait de l’égalité femmes-hommes « la grande cause » de son quinquennat, leur influence a tendance à évincer les autres associations féministes, « tandis que leur activisme permet à des multinationales peu soucieuses des droits des salariées de redorer leur image ». Des entreprises de plus en nombreuses à s’offrir ainsi « une vitrine féministe ». La presse féminine est de la partie : « la promotion de dirigeantes est devenu un thème récurrent, ainsi qu’une manne financière » et une manière d’éviter les sujets qui fâchent.

Des femmes plus égales que d’autres

Les « affinités électives » de ces réseaux du patronat féminin avec la Macronie « ont contribué à marginaliser les syndicats de salariés sur la question de l’égalité professionnelle », observent les auteurs de l’enquête. Qui soulignent que « si la féminisation des sphères du pouvoir est en bonne voie, au bas de la pyramide, en 2018, 78% des salariés à temps partiel étaient des femmes ». Face à cette « politique d’égalité à deux vitesses », certaines associations satellites soutiennent l’entrepreneuriat pour sortir de la précarité. Car « la féminisation des sphères dirigeantes » n’est pas « mécaniquement un levier pour l’égalité professionnelle », rappelle la politiste Marion Rabier, qui évoque le cas de cette habituée du Women’s Forum se plaignant de ses deux secrétaires en congé maternité et lui confiant « son intention de recruter à l’avenir des employées plus âgées ».

Le genre du capital

L’argument central du « Davos des femmes » n’est pas l’altruisme ou la responsabilité sociétale des entreprises. Il est purement économique : l’égalité contribuerait à la croissance. Au prix d’une sélection à l’excellence, appuyée par des banques comme Goldman Sachs privilégiant les entreprises comptant au sein de leur conseil d’administration au moins une femme ou une personne issue de « la diversité ». Un féminisme « soluble dans le néolibéralisme » qui fait « résonner une petite musique essentialiste », relève Céline Mouzon dans le dernier N° de la revue L’Economie politique, un dossier sur « le féminisme à l’assaut de l’homo economicus ». Et de citer les propos de Christine Lagarde : « Si Lehman Brothers s’était appelé Lehman Sisters, la situation des banques en 2008 aurait été bien différente. » C’est l’argument des « apôtres du management féminin » qui voient dans la promotion des femmes et de la « diversité » un facteur de performance. Cela dit, une approche féministe de l’économie devrait introduire du pluralisme dans ce champ du savoir. À titre d’exemple, Céline Bessière et Sybille Gollac s’intéressent aux inégalités de patrimoine, qui sont passées entre 1998 et 2014 de 9 à 16%. Les sociologues, auteures d’une enquête récente publiée à La Découverte sous le titre Le genre du capital. Comment la famille reproduit les inégalités, identifient plusieurs facteurs, dont « la production domestique » qui contribue à l’enrichissement mais ne se retrouve pas dans les successions, ou le traitement différencié des enfants dans la transmission du patrimoine.

Action directe

Essentialisme encore : l’historienne Fanny Bugnon évoque dans Libération la façon dont les médias parlaient, dans les années 70 et 80, des femmes engagées dans la Fraction armée rouge ou Action directe, « déviantes moralement » plutôt que « révolutionnaires », en gommant la dimension politique de leur engagement. Les communardes ont également été jugées ainsi : un millier d’entre elles en conseil de guerre, « on interroge leur vie privée, leur physique, leurs rapports aux hommes, à l’alcool ». La marche des femmes sur Versailles, à l’aube de la Révolution, ouvre la très complète et illustrée Histoire féminine de la France par Yannick Ripa (Belin). Versailles où siège aussi l’Assemblée en attente de la ratification royale de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Si leur revendication est nourricière - la rareté du pain et son prix - leur ambition est politique : affronter le roi.

Par Jacques Munier

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