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Fin de la bi-polarité?

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À la veille du premier débat de la primaire à gauche, les nouveaux traits du paysage politique s’ébauchent.

Trois roses, et désormais deux gauches, deux droites, quatre blocs, les combinaisons dessinent une tectonique instable qui ne devrait se figer pour un temps qu’à l’issue du deuxième tour des présidentielles, voire des législatives. Les trois roses sont les symboles invoqués par Pierre Mauroy dans sa célèbre déclaration de politique générale en juillet 1981, déclinant en trois grandes figures de la gauche républicaine l’héritage sans testament de Jean Jaurès, Jean Moulin le rassembleur et Victor Schoelcher, l’abolitionniste. L’hebdomadaire Le un, qui cite de larges extraits du discours mémorable, et publie un grand entretien avec Christiane Taubira, retrace le chemin de dévestiture depuis cet âge d’or. Aujourd’hui l’ex-garde des Sceaux affirme que « la gauche bute sur ses propres renoncements », et Denis Jeambar, qui rappelle la phrase prophétique de Mauroy – « Nous ne faisons plus les cages d’escalier. Nous les avons abandonnées au Front national » – observe qu’au long de « cette alternance faite de batailles électorales ininterrompues, le PS est devenu une machine politique, une pépinière pour professionnels de la politique ». Nombreux sont ses élus qui n’ont connu que la nomenklatura, des syndicats étudiants à l’appareil du parti, puis au gouvernement. « Une vie en anaérobie, coupée des réalités quotidiennes, ignorante du secteur privé productif, au service de la population la plus protégée – salariés de la fonction publique, cadres moyens supérieurs vivant dans les centres urbains. » De cette gestion au fil de l’eau, plus de deux décennies au pouvoir, un cabotage « tranquille », sans drame mais sans génie, le PS défraichi se tire sans gloire et dans la confusion, cerné par les candidatures de Mélenchon et de Macron. Vincent Martigny détaille en finesse les insurmontables clivages qui menacent aujourd’hui d’éparpiller le dernier carré des socialistes. « Jusqu’à présent, la gauche était certes divisée sur le mode de gouvernement et le rapport à l’économie, mais elle savait se rassembler autour de valeurs communes : la croyance en l’égalité et la justice sociale, un libéralisme culturel notamment basé sur une bienveillante tolérance à l’égard des minorités dominées, le partage d’une vision commune de l’Europe et de la démocratie. » Rien de tout cela ne semble avoir résisté à l’érosion du pouvoir. À preuve la construction européenne : « Si le paradoxe de la droite est de défendre la nation tout en voulant affaiblir l’État, celui de la gauche est de clamer son amour de l’Europe en lui tournant le dos. »

Sur le site Figarovox, Thomas Guénolé recompose la géographie politique des semaines à venir

À partir du récent sondage Ipsos-Sopra Steria pour Le Monde et le Cevipof qui annonce « Fillon-Le Pen-Macron-Mélenchon » comme quatuor d'arrivée au premier tour de la présidentielle, le politologue esquisse l’hypothèse de quatre blocs sur les questions économiques et sociétales, avec des passerelles et des murs. Les protectionnistes-progressistes ou altermondialistes, « puisque ce mouvement a toujours mélangé le protectionnisme sur l'économie et le progressisme sur les sujets de société », soit Mélenchon. Les protectionnistes-conservateurs ou nationalistes, « puisque leur seule véritable préoccupation politique fondamentale est de protéger la nation », soit Marine Le Pen. Les pro-mondialisation et progressistes, ou individualistes, « puisque leur cohérence est de donner un maximum de libertés sociétales à l'individu tout en lui disant qu'il doit se débrouiller dans la mondialisation », soit Emmanuel Macron. Enfin, les pro-mondialisation et conservateurs, dont « la cohérence est de revenir à une approche des minorités et à une approche de l'Etat qui prévalaient voici plusieurs décennies », soit François Fillon. Le politologue ne cache pas les dissonances criantes qui perturbent son modèle : Marion Maréchal Le Pen « correspond davantage à une version extrême de François Fillon qu'aux positions de Marine Le Pen. Manuel Valls est dissonant au sein de la gauche, parce que parmi les quatre grands blocs il correspond plutôt à une forme modérée de François Fillon », lequel n’est pas exactement sur la ligne gaulliste de la défense de l’État, des services publics ou des droits sociaux. Des brouillages en série qui ne devraient pas tarder à se dissiper. Ou pas… « Si Manuel Valls gagne la primaire, il libère tout l'espace du bloc altermondialiste pour Jean-Luc Mélenchon. Manuel Valls et Emmanuel Macron se disputent le leadership du bloc individualiste, avec pour Emmanuel Macron l'avantage d'être plus cohérent que Manuel Valls sur la question des minorités.Si Arnaud Montebourg ou Benoît Hamon gagne la primaire, il libère tout l'espace individualiste pour Emmanuel Macron. » À suivre, donc…

Par Jacques Munier

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