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Place de la République, 14 novembre 2015, hommage aux victimes

Génération Bataclan

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Bientôt un an après les attentats du 13 novembre on s’interroge sur « l’insaisissable génération Bataclan ».

Place de la République, 14 novembre 2015, hommage aux victimes
Place de la République, 14 novembre 2015, hommage aux victimes Crédits : Christophe Morin - Maxppp

Comme le rappelle Noémie Rousseau dans Libération, l’expression « génération Bataclan » a d’abord surgi comme un projet de titre en conférence de rédaction, au lendemain des attentats. Suscitant le débat, il a été retenu en quelque sorte par défaut, dans l’effet de souffle de l’évé nement, « pour dire ce qui a été visé par les terroristes, un mode de vie hédoniste et urbain, écrira Didier Péron, la tolérance, selon l’éditorialiste Laurent Joffrin ; pour parler de ceux qui ont été visés, de cette jeunesse qui trinque, et pour ne pas dire victimes ». Depuis, l’expression s’est imposée, elle tient debout, même si selon le sociologue Olivier Galland, il manque à cette « génération » une forme d’unité, d’intense sentiment d’appartenance cristallisé par un événement fondateur comme mai 68, par exemple. La moyenne d’âge – 35 ans environ – est une côte mal taillée entre différentes classes d’âge, sautant parfois d’une génération à l’autre. L’expression postule aussi toute une série de répliques à la déflagration, des victimes à leurs proches, et de ceux-ci à tous les autres. À l’époque, le philosophe Frédéric Worms avait adopté le terme, parlant d’une génération « sonnée mais aussi sommée par l’événement ». Le titre de sa chronique alors dans Libération : L’enjeu pour cette génération sera de résister. « De résister à l’événement, c’est-à-dire aussi de résister à ce qui dans l’événement la somme et la nomme », pour « qu’elle ne devienne pas celle de l’obsession ». Aujourd’hui il ajoute que « la bataille pour le sens, la guerre des discours, durera encore longtemps » mais « l’attentat, il faut le penser, le repenser pour s’en délivrer ». « Ni naïve ni victime, mais vivante et critique », la génération Bataclan investit la République, elle tient même debout la nuit… Le philosophe fait le lien avec le mouvement contre la loi Travail au nom d’une commune volonté de résistance au chaos, forgée dans la dure contingence de la catastrophe.

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« La menace galvanise au moins autant qu’elle paralyse », résument Romain Rosso et Anne Vidalie. « Dans les réserves des forces de l’ordre ou les associations, les candidatures affluent. Selon une enquête récente du CREDOC, la part des 18-30 ans investis dans une activité associative est passée de 26% en 2015 à 35% quelques mois plus tard. » Les attentats de Paris ont dopé la solidarité nationale, surtout parmi les jeunes. Pour la psychiatre Muriel Salmona, qui préside l’association Mémoire traumatique et victimologie, « l’engagement est une forme de résistance, une manière de redonner de la valeur à ce qui a été attaqué le 13 novembre 2015, puis le 14 juillet dernier : les personnes, le vivre-ensemble, la solidarité. L’antidote à la division, à l’enfermement et à la terreur que voulaient semer les terroristes ». Une « contamination positive » pour « remettre le monde à l’endroit ».

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Avec notamment l’interview de François Jost qui analyse leur traitement médiatique. Fournir des informations en direct aux terroristes, porter atteinte à la dignité humaine, les limites posées par la déontologie et l’éthique sont connues, même si elles sont souvent ignorées. Et l’effet de la répétition ad nauseam des images de l’attentat peut être le but recherché par ses auteurs. « D’après une étude réalisée après les attentats de Boston en 2013, regarder en boucle les informations pourrait avoir le même impact psychologique que de vivre frontalement l’événement. » Le spécialiste de l’information et de la communication, directeur de la revue Télévision (CNRS Éditions) dénonce une forme de « macération du drame ». Il rappelle, lors de l’attentat de Nice, « cet homme interviewé près du corps de sa femme. Puis les journalistes interrogent des témoins qui ont vécu l’attentat d’un peu plus loin. Et ensuite, ceux qui auraient pu être sur place et qui n’en dorment plus, etc. C’est dans le témoignage qu’existe ce ressassement. Une fois que les journalistes ont donné un aperçu de ce qui s’est passé, faut-il faire de la surenchère ? »

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Paru au Cherche-midi, Sous le drapeau noir montre comment « la prison a été une véritable université djihadiste », et le rôle de Bachar al-Assad dans le développement de Daech, en libérant des terroristes pour les retourner contre son opposition et apparaître comme le recours. L’hebdomadaire avait auparavant consacré un N°spécial à La vie après le 13 novembre, avec le terrible témoignage de Louise Deluermoz, 16 ans, présente avec sa mère au Bataclan. Et les contributions d’écrivains, Leïla Slimani ou Luc Lang, qui cite Péguy à propos des anniversaires où « histoire et mémoire forment un angle droit ».

Par Jacques Munier

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