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Good morning Africa

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2016 est une année électorale pour le continent africain, avec 19 scrutins prévus. L'année de l'ouverture des possibles?

L’histoire des laissés-pour-compte et des vaincus poursuit son chemin, avec l’ouvrage collectif dirigé par Dominique Rogers consacré aux Voix d’esclaves

Romain Bertrand le présente dans les pages débats de L’Obs comme le long récit de « l’avers, tout à la fois gouailleur et ténébreux d’une première mondialisation ». Ces voix échappées des archives judiciaires évoquent « des univers bariolés, où les parlers, les rites, les fêtes et les remèdes charrient des lambeaux de rythmes et de liturgies venus d’Europe, d’Afrique et des Amériques ». D’audition en interrogatoire on peut prendre la mesure de l’espace immense des circulations serviles. Le « nègre » Antoine Paul, « que le procureur général du roi en Louisiane fait condamner en 1766 à 25 coups de fouet pour avoir « parlé mal » des Français, qui plus est en espagnol », est un créole de la Martinique grandi à La Havane et qui a séjourné tour à tour à Curaçao, Saint-Domingue, en Louisiane et au Mexique… L’historien souligne l’importance des « marrons », ces fugitifs qui ont su reconstituer, parfois à la lisière même des domaines sucriers, des communautés « où se réinventent, par le chant et la procession pieuse, des sociabilités sans entraves ». Et il retient la leçon de courage donnée par les esclaves qui au risque de leur vie ont aidé ces « marrons » traqués par les milices, illustrant « la capacité des asservis à forger et à préserver, fût-ce dans les pires conditions d’oppression, des lieux de convivialité et des liens de solidarité ».

2016 est une année électorale pour le continent africain, avec 19 scrutins prévus. Les pages idées de Libération poursuivent leur série consacrée à cette ouverture des possibles

Et ce vendredi Cédric Mayrargue évoque l’expansion des Églises évangéliques et pentecôtistes qui, en valorisant l’épanouissement individuel, parvient à toucher toutes les couches de la population. On est loin désormais de l’image du missionnaire arpentant le continent Bible en main. Le caractère endogène de l’évangélisme africain confirme « que l’Afrique constitue bien un lieu central d’appropriation mais aussi d’innovation religieuse ». Le politologue considère cette réalité révélatrice des transformations sociales et politiques qui affectent le continent. Adressant leur message à des populations en situation de précarité sociale et économique, ces églises prétendent apporter des solutions « aux problèmes de santé, de fécondité, de pauvreté, de chômage » tout en fournissant une explication des maux et des blocages qui entravent l’individu où la sorcellerie n’est jamais bien loin, et elles proposent « une rupture par la conversion et l’observance religieuse ». Les classes moyennes sont également concernées : « en insistant sur l’individualisation de la conversion et du salut, en valorisant l’épanouissement personnel et le succès, en promouvant la réussite individuelle, y compris dans ses dimensions financières et matérielles, parfois appréhendée comme un signe de bénédiction divine, cette pratique religieuse accompagne aussi des processus d’ascension sociale, et diffuse une culture entrepreneuriale, participant ainsi d’une reconfiguration de la place de l’individu et de la famille dans les sociétés contemporaines. » Laquelle va même jusqu’à toucher le sommet du pouvoir comme en témoignent les cas de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire ou de Pierre Nkurunziza au Burundi. Conclusion : « ces évolutions traduisent une osmose croissante entre politique et religieux, voire une saturation religieuse des espaces publics ».

Ultreïa, le mook des spiritualités et de l’histoire des religions, publie un dossier sur la puissance des invocations sacrées

Et notamment l’article d’Eric Geoffroy sur le cheikh Ahmad al-Alâwî, un « rénovateur » qui a exercé une grande influence au Maghreb et au Moyen Orient à travers la confrérie soufie qu’il fonde en 1914. Il est le premier cheikh à créer des journaux alors que d’autres savants musulmans débattent encore de la licéité d’imprimer ou non le Coran. Il a développé une forme d’universalisme à partir de l’idée d’une « unité transcendante des religions » défendue avant lui par Hallaj. Eric Geoffroy, islamologue spécialiste de la mystique soufie résume son éthique humaniste par cette formule de ses Recherches philosophiques : « Les hommes, en dépit de leurs différences, constituent une vérité unique ; chacun est par rapport à la société humaine comme le membre par rapport au corps : chacun est noble en raison de sa nécessité »

Par Jacques Munier

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