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Georges Bernanos

Halte au Front !

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À l’approche du second tour, les tribunes d’intellectuels se multiplient dans la presse pour appeler à faire barrage au Front national.

Georges Bernanos
Georges Bernanos Crédits : Ann Ronan Picture Library / Photo12 - AFP

Avec toutes les nuances possibles : la dernière en date, le gris. Dans les pages idées de Libération, Dalibor Frioux s’adresse au candidat Macron au nom des 27,67% d’électeurs de gauche sans lesquels il ne sera jamais élu le 7 mai. « Nous ne nous sommes pas reconnus dans votre personne – écrit-il. Nous ne distinguons pas une stature présidentielle dans l’absence d’obstacles, d’échec et de travail concret que votre vie raconte » et qui renvoie « l’image d’un gagnant au loto de la politique », copieusement servi par les médias dominants. « Nous ne nous reconnaissons pas – ajoute l’écrivain – dans votre joie indécente au soir du premier tour où a triomphé l’extrême droite », pas plus que « dans un Charles de Gaulle sans la Résistance, un Mitterrand sans l’éloquence, un Rocard sans l’intelligence » politique. Alors, conclut l’auteur de Brut, « ne pouvant en conscience ni nous abstenir ni voter blanc, ni voter pour vous, nous voterons gris. Nous prêterons notre vote à votre candidature pour faire barrage au Front national et sauver la République. Nous le reprendrons aussitôt, afin de vous imposer une cohabitation avec une gauche rassemblée, qui vous initiera à la politique française et aux difficultés de la vie. » Dans Le Monde, Yanis Varoufakis apporte le même genre de soutien sous réserve au candidat d’En Marche, en révélant un épisode tout à son honneur, au plus fort de la crise grecque, alors qu’il était ministre de l’économie et défendait Athènes contre Berlin dans la recherche « d'un accord qui offre un répit à long terme » au pays. « Je ne veux pas que ma génération soit celle qui aura été responsable de la sortie de la Grèce de l'Europe », avait confié Emmanuel Macron à son homologue de l’époque. En retour, celui-ci déclare aujourd’hui refuser de « faire partie d'une génération de progressistes européens qui auraient pu empêcher Marine Le Pen de gagner mais ne l'ont pas fait ». « Qui mieux que Yanis Varoufakis, insoumis avant l’heure et référence de la gauche radicale en Europe, pouvait prendre la plume pour défendre le vote Macron et fustiger l’indifférence tactique de certains leaders de gauche, risquant de mener le FN à l'Elysée ? » demande Etienne Lefebvre dans Les Echos. « Une autre bonne nouvelle est venue de Grèce, mardi, pour le favori du deuxième tour : l’accord trouvé entre Athènes et ses créanciers sur les réformes à mener pour débloquer une nouvelle tranche d’aide cruciale », qui devrait écarter le risque d’un retour de la crise grecque. Dans les mêmes pages Idées&débats du quotidien, Catherine Chatignoux rappelle que l’Europe, bouc émissaire facile « est pourtant, à ce jour, le système le plus accompli de coopération entre les peuples : ses 500 millions d’habitants bénéficient de standards de protection sociale élevés ». Les droits des hommes et des femmes y sont respectés et « pour les chercheurs et les étudiants, le frottement des cultures et des pratiques est un enrichissement ». Enfin, « sa force de frappe commerciale nous met sur un pied d’égalité avec les autres grands blocs économiques chinois et américain ».

Face au désarroi de nombreux catholiques, La Croix publie une série de tribunes pour éclairer leur choix

Aujourd’hui, c’est Jean-Luc Marion qui écrit sa « Lettre aux électeurs chrétiens ». Pas sûr qu’elle leur apporte la lumière espérée… « L’élimination de François Fillon, permettant la qualification de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron, prouve que les catholiques ne savent pas gagner une élection », estime le philosophe qui cite Tertullien : « Nec ulla res aliena quam res publica » (Apologeticum, XXXVIII, 3) : Rien ne nous est aussi étranger que de vouloir gouverner la chose publique. « Puisqu’il n’y a pas de place dans l’auberge ni dans la salle commune pour les catholiques, qu’on les laisse prendre leurs aises dans les collines et une grotte, loin de la comédie politico-médiatique, et s’occuper eux-mêmes d’eux-mêmes et des autres, sans attendre l’impossible ». Et que les politiques – ajoute-t-il – cessent de considérer « les églises comme des obstacles à la démocratie », invoquant une « laïcité vide » qui n’est le plus souvent qu’un « anti-islamisme honteux, alors qu’il faudrait s’appuyer sur elles pour régler les problèmes de coexistence entre les religions ».

Toute proportion gardée, l’appel de Bernanos aux catholiques français sous le régime de Vichy résonne aujourd’hui avec force

Regroupés sous le titre Le chemin de la Croix-des-Âmes, nom du lieu-dit où s’était réfugié l’exilé d’une Europe livrée au chaos depuis la guerre d’Espagne, les articles publiés entre 1940 et 45 dans les journaux brésiliens ou pour la BBC témoignent d’une conscience aigue et douloureusement lucide des mensonges qui brouillaient alors l’esprit et la raison. La « prétendue Révolution nationale » est vue comme « un pot-pourri de toutes les thèses contre-révolutionnaires », et l’appel aux « Français et Françaises » vibre d’un « acte de foi » pour une France qu’on ne connaît pas, car elle vit au plus profond de chacun ayant « reçu son coin d’honneur en consigne ».

Par Jacques Munier

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