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Berlin, 1998

Hommage à Umberto Eco

4 min
À retrouver dans l'émission

La presse rend hommage à Umberto Eco disparu ce weekend dans la nuit de vendredi à samedi

Berlin, 1998
Berlin, 1998 Crédits : Reuters

Sur le site Libération.fr Robert Maggiori célèbre « l’esprit livre », et dans l’édition papier « les 5000 vies d’Umberto Eco » : pour lui la lecture était comme « une immortalité à rebours : celui qui ne lit pas, arrivé à soixante-dix ans n’aura vécu qu’une vie : la sienne ; celui qui lit en aura vécu au moins cinq-mille ». « Eco n’avait pas l’optimisme des philosophes des Lumières – ajoute Maggiori – il était trop intéressé aux mille façons dont le faux, le vrai et le vraisemblable s’entremêlent pour situer toute la vérité d’un côté et toutes les erreurs, sinon le «mal» de l’autre ; son humour, son ironie, l’empêchaient d’«adhérer» totalement à telle ou telle vision du monde. Mais il croyait quand même que la «culture» est une «lumière», une force de vie, une joyeuse puissance d’exister, comme eût dit Spinoza. » Le sémiologue, qui au terme d'études de philosophie à Turin, avait soutenu sous la direction du philosophe antifasciste Luigi Pareyson, une thèse sur l'esthétique chez Thomas d'Aquin, archi-connu pour le succès mondial de son thriller médiéval Le nom de la rose, est aussi l’auteur de dizaines d’essais sur des sujets aussi éclectiques que la poétique de Joyce, l’art du faux, l’histoire de la beauté ou celle de la laideur et même James Bond. Il a longuement exploré les ressources de l’interprétation dans l’approche des textes, qu’il n’abordait pas comme des objets finis mais « ouverts », des « machines paresseuses » qui demandent toujours l’intervention active du lecteur. Jusqu’à cultiver avec génie la veine de l’humour. Dans Comment voyager avec un saumon il pastiche l'encyclopédie, et avec Pastiches et postiches il explore les stratégies de l'ironie et de la distance dans les textes célèbres.

Philippe-Jean Catinchi revient dans Le Monde sur le parcours de l’un des pionniers de la sémiotique avec Barthes et Greimas

« Un sémiologue voit du sens là où les autres voient des choses », disait Roland Barthes, une formule qu’Umberto Eco aimait rappeler pour définir la science des signes. Dans son esprit, elle « est, plus qu'une méthode, une articulation entre réflexion et pratique littéraire, cultures savante et populaire ». Il le prouve magistralement, lors de sa leçon inaugurale au Collège de France, où il a été le titulaire de la chaire européenne en 1992, une leçon sur La quête d'une langue parfaite dans l'histoire de la culture européenne. « Eco – souligne Catinchi – est un de ces noms donnés aux enfants sans identité, acronyme latin qui convoque la providence (ex cœlis oblatus, don des cieux, en quelque sorte). Il fallait au moins ce clin d'œil pour le plus facétieux des érudits, le plus lettré des rêveurs, sorte de Pic de la Mirandole converti à l'Oulipo »…

Homme de revues – il a notamment fondé Versus, une revue internationale d’études sémiotiques – Umberto Eco fut également un homme de presse

On pouvait lire régulièrement ses chroniques dans l’hebdomadaire L’Espresso, et Le Monde publie l’entretien qu’il avait accordé en mai 2015 à Nicolas Truong à l’occasion de la sortie de son dernier roman – Numéro zéro – consacré à la presse trash, mais où l’on peut voir également une satire des travers et des insuffisances du journalisme en général. « Les principales informations peuvent se réduire à une seule colonne du journal, comme le fait le New York Times – affirmait-t-il dans l’interview. C'est pour cette raison que la presse exigeante doit approfondir l'actualité, faire de la place aux idées. » Et il ajoutait : « il faut réhabiliter le journalisme critique, augmenter même son champ d'action, notamment au Web. Le journal devrait consacrer une ou deux pages à la critique des sites Internet, en signalant les canards et les blogs fiables. Le journal peut être un filtre critique et démocratique ». Dans ce livre, Umberto Eco dit s’être « amusé à faire une liste de tous les poncifs qui règnent dans la presse. C'est une forme de paresse. On dit que la littérature sert à tenir en exercice le langage, mais la presse devrait avoir le même but. Le poncif paralyse la langue. » Et parmi les techniques dénoncées : l’usage des guillemets qui transforment en fait n’importe quelle opinion recueillie auprès d’un témoin, ou le rappel, quand une catastrophe survient, de toutes les catastrophes similaires, pour faire monter l’émotion. À l’époque il avait également donné une interview au journal Les Échos. Une des questions porte sur le succès retentissant du livre de Houellebecq en Italie. Réponse : « J’ai apprécié Soumission, spécialement parce qu’il parle tant de Huysmans. C’est en tout cas un livre intéressant: il n’est pas islamophobe mais francophobe. Mieux vaut Houellebecq à Modiano qui a toujours écrit le même livre. Mais il est vrai que c’est notre sort à tous. Même Dieu, après la Bible, il n’a plus rien fait d’intéressant. »

Par Jacques Munier

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