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Cyclotourisme dans les Alpes, sur la route du Tour

Homo turisticus

5 min
À retrouver dans l'émission

C’est l’été la semaine prochaine, les vacances approchent, et avec elles, les grands déplacements des touristes

Cyclotourisme dans les Alpes, sur la route du Tour
Cyclotourisme dans les Alpes, sur la route du Tour Crédits : Eric Camoin - Maxppp

1,2 milliards l’an dernier… La revue Communications & langages consacre un dossier à « Homo turisticus », sous l’angle de la consommation culturelle. De ce point de vue, notre pays dispose de multiples ressources : les contributions à ce N° vont des mises en scène du Moyen Âge dans les spectacles et reconstitutions de la période estivale à la sémiotique des supports médiatiques promotionnels, en passant par le musée du bonbon Haribo à Uzès ou les stéréotypes du visiteur chinois à Versailles. D’ici à 2020, les touristes chinois seront près de 208 millions à travers le monde. Isabelle Brianso retrace leurs parcours fléchés dans la capitale, par ordre décroissant de fréquentation : la tour Eiffel, le musée du Louvre au pas de course (1 heure) Notre-Dame, le Château de Versailles, associé à des représentations de romantisme kitsch et de « bon goût » à la française. Mais comme le suggère Daniel Jacobi, il n’est pas question de dénigrer cette consommation culturelle de masse ou de l’opposer à un tourisme de l’élite cultivée, plus exigeant et qualitatif, seulement d’interroger les comportements et les représentations croisées des acteurs culturels et des publics de la culture en situation touristique. Le chercheur au centre Norbert Elias évoque aussi les effets de la déferlante estivale sur l’environnement urbain, en particulier à Venise, où les paquebots, « en dépit des dégâts que les vagues et les remous qu’ils provoquent causent aux palais délabrés, continuent d’avoir l’autorisation de pénétrer ou de sortir du port ». Et surtout, la foule permanente où l’on ne distingue plus les habitants furtifs transforme la cité en ville « entièrement reconfigurée et dédiée à sa seule fonction de patrimoine ». « Homo turisticus, aussi sûrement que les espèces qui l’ont précédé, modifie et transforme l’espace qu’il habite même si ce n’est que provisoirement. »

L’impact du tourisme peut avoir des effets paradoxaux

L’un des pionniers de la sociologie du tourisme, Rachid Amirou, racontait l’anecdote savoureuse des habitants d’un village du Var, presque tous retraités, que la municipalité défrayait pour aller prendre un pastis ou faire une partie de pétanque à l’heure où débarquaient les cars de touristes. Une forme « d’assignation à résidence identitaire » qu’induit aussi le tourisme « ethnologique », au Sahara ou dans les Andes. Rachid Amirou évoque dans L’imaginaire touristique, à l’opposé du tourisme de masse, le profil des « solitaires » qui aiment apostropher les sommets. La montagne offre à ces arpenteurs de verticalité un face-à-face orgueilleux avec les cimes. La revue L’Alpe célèbre les deux cents ans de la petite reine. « La bicyclette renvoie bien sûr aux exploits sportifs de la Grande Boucle dont les Alpes constituent un passage obligé. » Mais aujourd’hui elle présente l’avantage d’un tourisme décarboné qui profite au développement d’un secteur jusqu’à présent centré sur le ski, avec les problèmes inhérents : automobile, immobilier ou enneigement artificiel. Là aussi, les représentations liées au mythe des grands cols animent les désormais presque 16 millions de cyclistes sur route, 19 millions de VTT et plus de 40 millions de cyclotouristes de l’arc alpin. « Une route, habituellement simple axe de passage, peut devenir une attraction à part entière. » Avec « un petit air de soleil et de congés payés »…

Les fleuves sont aussi l’occasion de flâneries dépaysantes

CNRS Éditions réédite l’Histoire des levées de la Loire, ces digues pour se protéger des crues régulières du fleuve. L’indispensable géographe Roger Dion, auteur également d’une mémorable Histoire de la vigne et du vin, a descendu la Loire pour se pénétrer des paysages et des atmosphères. Au croisement de l’histoire des techniques et de la nature d’un fleuve à la forte charge alluviale, l’enquête est un merveilleux viatique pour se promener au long des ses berges à l’infinie variété des reliefs : « buttes arrondies, plateaux, gradins, sillons, fosses profondes où s’attardent les basses eaux d’été ».

Bonne nouvelle : Paris redevient la capitale de la nuit

C’est le mensuel Soixante-quinze qui l’affirme en faisant le tour de tous les lieux nocturnes qui permettent « de se blottir loin de la transparence du jour » dans une « catharsis » allumée. « Annoncée comme morte il y a peu, la nuit parisienne vit une forme de résurrection », comme le montre l’enquête de Clarisse Briot et Philippe Shaller. Sur le bureau de Frédéric Hocquard, le conseiller de Paris chargé de la nuit, les demandes d’ouvertures de nouveaux lieux de fête s’accumulent. Patrice Bardot, le directeur des rédactions de Tsugi et fin connaisseur du milieu rappelle que « c’est un secteur qui génère d’importantes retombées économiques, avec des dizaines de milliers d’emplois à la clé. Paris est un musée – insiste-t-il – mais la ville doit être vivante et inspirer la jeunesse. » À l’heure où nous parlons, la péniche amarrée quai de la Rapée vient de fermer sa passerelle mais « derrière les vitres embuées, on repousse les limites du temps » pour un after sans fin.

Par Jacques Munier

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