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Hôtel des Invalides

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Invalmides
Invalmides Crédits : Benoit Tessier - Reuters

« Plus on commémore, pire on oublie » s’insurge paradoxalement et librement Philippe Lançon dans le numéro spécial de Charlie Hebdo qui paraît aujourd’hui en hommage aux victimes du 7 janvier

Lui qui a subi de plein fouet l’assaut des frères Kouachi et dont une balle a arraché la mâchoire, il s’est replié dans sa contribution sur l’intense et secrète aptitude de la pierre à retenir l’esprit, le souffle de l’histoire passée. Le tintamarre officiel et nécessaire de l’hommage aux victimes du 13 novembre, quoique sublimé par le chant des trois jeunes artistes portant Jacques Brel au ciel ouvert de la cour d’honneur, a occulté le rôle essentiel de l’institution nationale des Invalides dans la longue chaîne des soins post-opératoires et de la rééducation des blessés, ainsi que celui du service de santé des armées et de son expérience en matière de chirurgie de guerre. Dans cet Hôtel des Invalides, conçu au siècle de Louis XIV pour accueillir les soldats blessés, la mémoire fait à ses yeux un rêve de pierre, « mais un rêve au cordeau, sans frime ni chichis » précise-t-il, lui qui voit peu à peu arriver alors qu’il est sur le départ les belles, les jeunes gueules cassées et les éclopés du 13 novembre dans ce Panthéon où les morts sont « la perspective des vivants, sans être leur meringue ou leur crépuscule ». « Des liens de respect et de fidélité circulent avec les courants d’air, dans les jardins et les couloirs – écrit-il. Tout le monde est courtois. On apprend à revivre : la présence des morts dont la collectivité porte le deuil n’y est pas pour rien. Leurs fantômes y ont leur écrin. » « La mémoire est peut-être affaire de proportion » suggère encore le critique et écrivain, qui transmets aux blessés du 13 novembre, amputés ou non, le message délivré par la pierre, en « lignes de fuite et d’horizon » égalisant les citoyens par le haut. Là « ils se sentiront vivants – conclut-il – leur solitude sera peuplée. Une beauté austère console, en surgissant, de ce qui ne peut ni ne doit être oublié. »

Avec la communauté juive de notre pays, la liberté d’expression était la cible des attentats meurtriers de janvier 2015, elle reste une cause cruciale partout dans le monde

Marie Holtzman, présidente de Solidarité Chine, souligne dans les pages idées de Libération ce que l’expulsion très médiatisée de la journaliste de L’Obs Ursula Gauthier révèle de l’évolution des autorités chinoises à l’égard de l’information indépendante, jusqu’alors soumise à une intimidation discrète consistant à laisser traîner le renouvellement de l’accréditation le temps de réduire le demandeur à un silence prudent. Mais « en s’élevant contre l’amalgame que les autorités chinoises voulaient faire entre les différents attentats violents commis au Xinjiang et à Paris, la journaliste a mis le doigt sur une stratégie vitale pour le gouvernement chinois » observe la sinologue. « Depuis 2001, et l’explosion des Twin Towers à New York, la Chine a rejoint la plupart des gouvernements démocratiques dans la lutte contre le terrorisme, et en a profité pour qualifier les mouvements de résistance qui se produisent au Xinjiang d’actes terroristes. » Mais on ne peut comparer les actes certes répréhensibles de membres de la population musulmane des Ouïghours aux attentats d’une mouvance islamique organisée « prônant – je cite - la fin de la civilisation occidentale et l’avènement d’un nouveau monde pur et débarrassé de tous les mécréants ». C’est par son attitude intransigeante que le pouvoir de Pékin provoque des réactions désespérées comme les immolations par le feu au Tibet et les violences sporadiques au Xinjiang. Marie Holtzman évoque notamment des mesures vexatoires qui se sont multipliées en 2015 « allant de l’interdiction du port du voile pour les femmes ou de la barbe chez les hommes, à l’ordre donné aux fonctionnaires ouïghours de ne pas respecter le jeûne du ramadan, l’interdiction pour les parents de donner certains prénoms inspirés du Coran… » Ou encore la mise au secret d’un universitaire comme IlhamTohti, figure charismatique « qui n’avait jamais réclamé l’indépendance du Xinjiang ni préconisé la violence mais qui s’inquiétait de l’impact négatif des diverses initiatives individuelles comme l’explosion d’une voiture sur la place Tiananmen, au début de l’année 2014 » l’un des seuls intellectuels ouïghours à s’exprimer parfaitement en chinois et en ouïghour, et qui aurait pu servir de médiateur compétent dans la perspective d’un dialogue apparemment inconcevable pour le régime chinois.

Jacques Munier

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