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Hô Chi Minh au Congrès de Tours : l'anticolonialisme invité

Il y a 100 ans, le Congrès de Tours

4 min
À retrouver dans l'émission

Du 25 au 30 décembre 1920 se tenait le Congrès de Tours qui va structurer pour longtemps la vie politique à gauche - mais pas seulement - en France, mais aussi dans les colonies.

Hô Chi Minh au Congrès de Tours : l'anticolonialisme invité
Hô Chi Minh au Congrès de Tours : l'anticolonialisme invité Crédits : AFP

Comme le souligne l’édito de la revue Le Mouvement social, le 18e Congrès de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), s’il est bien un moment de rupture, maintient aussi de « fortes continuités ». Le parti reste « socialiste », passant de l’affiliation à l’Internationale ouvrière à l’adhésion à l’Internationale communiste, même si l’une des conditions pour rejoindre l’organisation dominée par les bolcheviks était de changer de nom, ce qui ne sera pas voté, et ce n’est qu’en 1921 que naîtra le Parti communiste. Les débats ont opposé un courant majoritaire favorable à la révolution russe, et celui représenté par Léon Blum. La Grande Guerre et la politique de l’Union sacrée à laquelle les socialistes réformistes s’étaient ralliés, rejetée par les congressistes au nom de l’internationalisme, a joué un rôle central. C’est l’axe développé par le dossier de la revue : à la fois en amont avec les naissances plurielles – syndicales, municipales ou militantes – du communisme en France, mais aussi dans les colonies où l’internationalisme a tiré les conséquences du caractère impérialiste du conflit mondial pour adopter une perspective anticoloniale et anti-impérialiste, notamment en Algérie et en Tunisie. Le facteur Grande Guerre est également très présent dans l’article de Frédérick Genevée, publié dans le Hors-série de L’Humanité consacré au Congrès de Tours. La IIIe Internationale s’organise autour des rencontres entre militants socialistes, syndicalistes ou libertaires de différents pays d’Europe, réunis par une commune dénonciation du conflit mondial. L’historien évoque les trois motions en présence au Congrès de Tours : celle Marcel Cachin, le directeur de L’Humanité, et Louis-Oscar Frossard, secrétaire général du Parti socialiste, ou Boris Souvarine, proposait un ralliement à l’Internationale ; celle de Jean Longuet - petit fils de Marx - et de ses amis, qui défendaient la révolution russe mais refusaient d’adhérer totalement à l’IC et s’accommodaient de la IIe Internationale socialiste. Et celle de Léon Blum, « qui combattait toute adhésion au nom de la tradition socialiste et de la conception démocratique du parti ». C’est la première motion qui fut largement majoritaire, notamment – souligne Frédérick Genevée – du fait qu’elle s’était ancrée « dans la réalité vécue des militants en commençant par la référence aux quatre années de massacre mondial ».

La révolution russe

L’autre aspect du poids de la guerre dans le déroulement du Congrès de Tours concerne évidemment le rôle de la Russie soviétique, à la fois comme modèle et comme force de pression. L’avancée de l’Armée rouge en Pologne pouvait laisser présager une victoire du communisme jusqu’à Berlin et au-delà, dans toute l’Europe. Et la pression idéologique du parti de Lénine et Trotski s’est notamment illustrée dans les vingt-et-une conditions d’adhésion à l’Internationale communiste imposées aux congressistes. Comme le rappelle Dominique Colas sur le site AOC, « certains socialistes français dénoncent cette logique ». En particulier, avec Blum et ses amis, l’anthropologue Marcel Mauss, neveu et collaborateur de Durkheim, et l’un des fondateurs de L’Humanité, qui refuse l’identification du peuple et de la révolution russes avec le parti de Lénine. Les 21 conditions s’avèrent en effet drastiques. Lénine les justifie ainsi 

Dans la période actuelle de guerre civile exacerbée, un parti communiste ne saurait faire son devoir que s’il est organisé de la manière la plus centralisée, s’il y règne une discipline de fer confinant à la discipline militaire, et si son organisme central est puissant, nanti de pouvoirs étendus et jouissant d’une autorité morale et de la confiance de ses membres.

Une confiance gagnée à coup d’exclusions, voire d’épurations. Le mot revient partout, et même en français sous la plume de Lénine. Il faut des « épurations » régulières pour chasser les éléments « petits-bourgeois », réformistes ou démocratiques – un vocable honni. Si bien que le congrès de Tours ne fut pas, dans la logique de l’Internationale, une scission mais une « épuration ». Si le gauchisme est la maladie infantile du communisme, l’épuration sera celle de son âge adulte.

Reste le rôle éminent – politique, social et culturel – joué dans notre histoire par les partis issus du Congrès de Tours. L’hebdomadaire Marianne rend hommage à celui qui revient au Parti communiste français. Sans lui, rappelle Jack Dion, notre modèle social ne serait pas ce qu’il est. « Quand la révolution rimait avec émancipation », le parti a contribué à écrire quelques belles pages du roman national.

Par Jacques Munier

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