LE DIRECT

Imago mundi

4 min
À retrouver dans l'émission

Manifestation à Athènes pour l'accueil des migrants après la mort d'Aylan Kurdi
Manifestation à Athènes pour l'accueil des migrants après la mort d'Aylan Kurdi Crédits : Paul Hanna - Reuters

« L’univers est un hologramme, l’actualité une image » nous dit Kamel Daoud dans une méditation pénétrante et inspirée de la photo du petit Aylan

C’est dans les pages idées du Point , qui consacrent par ailleurs tout un dossier aux vérités et mensonges de la démographie des migrations, et c’est à ma connaissance la seule analyse qu’on ait pu lire depuis sa parution de l’image en tant que telle, de sa composition spontanée et terriblement efficace, de la force de son impact. Dans l’exercice d’une sémiotique visuelle chargée d’empathie, l’écrivain algérien approche au plus près de l’effet qu’elle produit : « une image satellite peut provoquer une guerre, une image d’enfant peut l’arrêter », tout comme – rappelle-t-il – celle « de la petite fille et du vautour au Soudan, de la petite fille au napalm du Vietnam ». Avec Aylan, trois ans, c’est un archétype qui est réactivé : « l’Enfant, c’est l’état de l’innocence avant la chute dans l’actualité », « le fils de l’homme mais l’ancêtre de l’humanité ». Dans ses habits propres et comme endimanché, ses cheveux lissés par la houle meurtrière, « l’enfant est terriblement l’enfance elle-même », sa vue déclenche « l’ancienne peur d’être abandonné », et le sentiment d’« une collusion indécente entre fait divers et tragédie hors du temps ». Son visage enfoui dans le sable, « il ne veut pas nous voir ». « Sa mort est une porte fermée, une condamnation. »

« Sommes-nous coupables ? » demande Kamel Daoud. « L’occident qui a inventé la morale de la responsabilité universelle » assume sa part, mais – assène-t-il « le monde dit arabe est responsable surtout, le boucher de Damas », les hypocrisies qui font que « l’Arabie saoudite aime accueillir les pèlerins, pas les réfugiés » et ces dictatures qui « devaient tôt ou tard provoquer les révolutions, les immolations, les exodes et les naufrages ».

Ramener la conflagration au Moyen-Orient à un affrontement entre sunnites et chiites, comme le font certains observateurs, semble du coup un peu court

Même si les Américains, par leurs calculs délétères en Irak, ont exploité cette opposition, Alex Philippon, spécialiste de la sociologie politique de l’islam au Pakistan estime dans l’hebdomadaire Le un qu’il s’agit là des effets d’un mythe orientaliste de plus. « Certes, les Etats-Unis et leurs alliés n’ont pas créé de toutes pièces, loin s’en faut, ce problème sectaire qui enflamme aujourd’hui la région – je cite – Néanmoins, les tentatives de Washington de refaçonner des champs politiques nationaux en instrumentalisant des divisions au sein de populations complexes ne sont sans doute pas étrangères aux tumultes actuels. » Et dans les mêmes pages Henry Laurens rappelle que c’est seulement au XVIème siècle que l’affrontement s’est décidé, « lorsque deux blocs se sont constitués, avec un empire ottoman sunnite combattant un empire perse chiite ». « Seulement » dira-t-on, il y a belle lurette, donc. Le titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France détaille les insurmontables différents théologiques, le prophétisme chiite versus l’immanentisme sunnite débouchant dans le salafisme vers une forme autocentrée de religiosité qui aboutit à la situation décrite par Wilfred Cantwell Smith : « Lorsque les musulmans n’adorent plus Dieu, ils adorent leur religion. »

Dans Les Échos le billet de Favilla, à retrouver dans les pages Idées et Débats, recentre la question d’actualité sur « Les réfugiés et nous »

« En France, les partis de gouvernement – je cite – exploitent opportunément la distinction entre réfugiés et immigrants économiques pour tenir à la fois un discours d’accueil (droit d’asile) et de rejet (indésirables). Seul le Front national s’épargne cet écartèlement. Moins préoccupé de réputation que de ratissage électoral, il exploite le seul rejet en escomptant ainsi plaire au peuple. En cela peut-être il se trompe de peuple. Du moins on l’espère. »

Jacques Munier

L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......