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La Seine déborde

Instants parisiens

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À retrouver dans l'émission

Le département d’Etat a invité tout récemment les touristes américains à la prudence, notamment en France, et en particulier à Paris

La Seine déborde
La Seine déborde Crédits : Charles Platiau - Reuters

Risque d’attentats, grèves et manifestations violentes sont évoqués, et les châteaux de la Loire recommandés, plutôt que les cafés parisiens… « Les meilleurs Américains meurent à Paris » écrivait Oscar Wilde. Mais je ne conteste pas cet appel à la vigilance et je préconise même de l’étendre au comportement ordinaire du touriste en général, davantage attentif au viseur de son appareil de prises de vue qu’à la qualité de l’atmosphère, en l’invitant à quitter les parcours balisés, les boulevards de manifestants, pour s’enfoncer dans l’épaisseur historique et humaine des quartiers, les recoins et les écarts où niche la mémoire, matière vivante des rues de Paris. Se retrouver dans une ville, disait Walter Benjamin, rien de plus facile. Il faut pour s’y perdre un patient apprentissage, instruit par l’esthétique du flâneur. Pas de panique : plusieurs publications incitent et forment à la rêverie ambulante. Le mensuel Soixante-quinze pratique les chemins détournés, à pied, à table et en vélib’. Une journée dans la vie de ces bicyclettes publiques pour suivre les petits usages et les grands secrets des Parisiens, de souche ou d’adoption, comme cet australien qui se réjouit à juste titre d’un rayon de soleil et signale dans un geste triomphant l’auberge de jeunesse, Peace & Love Hotel de la rue La Fayette où il a rencontré sa femme, un reportage à même la selle rigide signé Pierre Pinceau. Pourquoi Paris n’est pas la capitale du foot ? La question est posée à la une. C’est parce que l’ogre PSG a étouffé les autres. « Deux clubs à Rome, quatre à Madrid, six à Londres : tous les championnats européens ont plus d’un représentant de leur capitale dans l’élite. Tous, sauf la France et l’Allemagne. » La faute à l’argent du Qatar : et le PSG attire plus de spectateurs que de supporters. Du coup le mensuel des curieux de Paris est allé retrouver l’anti-PSG : le Red Star de Saint-Ouen. Après cinquante ans de gloire et un demi-siècle de déclin, le club populaire et vintage de la banlieue rouge est de retour en Ligue 2, il fait de nouveau rêver les supporters Parisiens, dont de nombreux ex du PSG… Vintage aussi le témoignage de Luis Fernandez sur le « bouillant » PSG des années 1980-90

Naissance d’une revue : le nouveau mook de Paris. L’Instant Parisien est la version grand papier du site du même nom

Lequel site s’employait à rassembler reportages et portraits de créatifs parisiens, une collection de « fragments d’un Paris à dimension humaine » en petite communauté de Parisiens audacieux. Le résultat, obtenu notamment grâce à une campagne de financement participatif, est une somptueuse revue de 240 pages qui arbore sur sa couv’ une terrasse de café saturée de soleil et de couleurs, due à la dessinatrice Virginie Morgand, qu’on retrouve avec plaisir dans les pages consacrées aux petites entreprises du wax, ce tissu chatoyant des boubous africains qui illumine les vitrines des boutiques du quartier de Château Rouge. Depuis le style a fait son chemin et des vagues dans la haute-couture comme dans la décoration. Wax, le tissu pop dont Simone de Beauvoir se serait sûrement taillé un turban si elle était née en Afrique, assure le mook qui évoque le langage des motifs, notamment ceux qui décorent les habits des redoutables cougars africaines en Mercedes, et qui expriment leur penchant abrupt pour les « genitos », les jeunes hommes en argot ivoirien.

Le vieux Paris des artisans nourrit aussi la chronique de ces vies capitales

Les ateliers de l’école des bottiers de la Goutte d’Or transmettent un savoir-faire qui s’est exercé autour des pieds d’Audrey Hepburn, de Coco Chanel ou de Marlène Dietrich, et le magasin a servi de décor à François Truffaut pour son film Baisers volés. Une autre figure est à l’honneur dans les pages de L’Instant Parisien, celle d’un bouquiniste bénévole qui récupère les livres orphelins abandonnés dans les rues et reconstitue avec eux une bibliothèque fantôme ouverte à tous. « Sur les pavés la page ». « Un soir, Ludovic a croisé Victor Hugo, trempé jusqu’aux os rue Jean-Pierre Timbaud » Et puis Boris Vian, comme une âme en peine, rue de Belfort. L’ange gardien de la littérature a entrepris de recueillir chez lui les livres échoués sur le bitume, pour donner à lire la ville dans le miroir des lignes.

La ville dans le miroir, c’est ainsi que Walter Benjamin désignait Paris

Éric Hazan publie au Seuil Une traversée de Paris très inspirée par la démarche de flâneur et la méthode de l’auteur des Passages parisiens : celle du chiffonnier, qui plonge sa main au hasard au fond de son sac pour en tirer les trésors ou les rebuts. Au fil des pas les souvenirs se lèvent à foison, ceux de l’enfance ou de la jeunesse, ceux des autres écrivains, dont le murmure ininterrompu accompagne « l’incomparable exercice mental qu’est la marche », et aussi la mémoire des événements décantée dans la pierre de l’histoire.

Par Jacques Munier

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