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Tommie Smith, Peter Norman et John Carlos, Mexico 1968

JO de Paris, la concordance des temps

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Cent ans après l’édition de 1924, Paris accueillera donc à nouveau les Jeux olympiques en 2024.

Tommie Smith, Peter Norman et John Carlos, Mexico 1968
Tommie Smith, Peter Norman et John Carlos, Mexico 1968 Crédits : Presse - Maxppp

Et nombreux sont ceux qui ont célébré le caractère symbolique de cette concordance des temps, en revenant sur l’histoire de la compétition planétaire. Sans remonter jusqu’aux grecs, l’historien Florian Besson évoque les grands tournois du Moyen Age sur le site nonfiction.fr. Car en 1330 à Paris, ce ne sont pas des nobles chevaliers qui s’affrontent mais des bourgeois, venus des villes environnantes pour défendre leurs couleurs : Valenciennes, Rouen Amiens, Saint-Quentin, Reims, Compiègne… et en découdre avec ceux de la capitale. Une occasion de « canaliser des rivalités urbaines » mais aussi de damer le pion à la noblesse. « Cette élite urbaine – résume l’historien – enrichie par l'accroissement du négoce et la monétarisation rapide de la société, cherche en organisant ces jeux à mettre en scène sa richesse et son statut social. » Et il s'agit aussi de s’approprier les codes culturels de la noblesse, notamment ceux de la tradition courtoise. « La chronique le dit : « on rompit les lances pour l'honneur des dames ». La mise en scène sous-tend également une revendication politique, « à une époque où la bourgeoisie et la noblesse féodale rivalisent pour le contrôle des grands offices du royaume, tandis que de nouvelles techniques militaires remettent en question le monopole seigneurial sur les arts martiaux ». Si l’événement a donc valeur d’avenir, il manifeste aussi une volonté d’ancrage dans la tradition plus ancienne des jeux grecs. Cette année 1330, « le thème du tournoi est la Guerre de Troie. Les Parisiens jouent les Troyens : les 36 membres de l'équipe se déguisent en Priam et en ses 35 fils ; Jacques des Essarts, le gagnant, est évidemment Hector. Tous les autres bourgeois sont les Grecs ». Un bel exemple d’uchronie puisqu’en l’occurrence ce sont les Troyens qui l’auront emporté.

À cette époque les sports populaires font l’objet de nombreuses interdictions

En 1314, le lord-maire de Londres avait interdit le jeu de soule, l’ancêtre du foot. Le jeu de paume est prohibé en France en 1397, le golf en Ecosse en 1457. Officiellement, c'est parce qu'ils sont causes de désordres. Au jeu de soule, les joueurs crient, se battent, les supporters s'y mettent, voire les hooligans avant l’heure… Mais en réalité, dans le contexte de la Guerre de Cent Ans, les monarchies en conflit ont besoin de recruter des troupes. Les jeux sont réputés détourner les énergies. Jusqu’au jour où l’on s’est aperçu que le sport pouvait jouer le rôle d’un puissant dérivatif pour les classes populaires. Ou même, comme l’affirme Adam Smith dans La richesse des nations, contribuer à contenir l’influence des sectes religieuses « fanatiques ». De là à penser qu’il pourrait avoir un effet direct sur la lutte des classes, il n’y a qu’un pas. C’est ce que montre Dave Zirin dans Une histoire populaire du sport aux Etats-Unis, qui paraît aux éditions Lux. Avec une conséquence paradoxale s’agissant de la boxe : la ségrégation n’y avait pas cours, sauf si un boxeur blanc refusait d’affronter un adversaire noir. C’est ainsi que les organisateurs des combats ont, sans le vouloir, « créé des espaces où la suprématie blanche allait être contestée ».

Et ce fut le cas également aux Jeux olympiques, notamment à Mexico en 1968

On se souvient encore du célèbre geste de Tommie Smith et John Carlos, levant le point sur le podium olympique à l’issue du 200 mètres. On peut lire l’interview de John Carlos dans le N°9 de la revue Desports, où il raconte par exemple la réaction des grands médias, pris de cours et qui l’ont durablement interdit d’antenne. Pour revenir aux Jeux de 1924 à Paris, ils sont assez bien documentés, et par de grandes plumes (Giraudoux, Cocteau, Morand, Montherlant…), comme le rappelle la revue dans sa dernière livraison, à la rubrique « Pour une bibliothèque idéale », avec 100 livres sportifs indispensables. Mais dans le N° précédent, dont je vous parlais à l’instant, Sébastien Lapaque revient sur la tradition française du journalisme sportif littéraire, dont le meilleur exemple est Antoine Blondin, fervent spectateur des Jeux olympiques. Dans L’ironie du sport, qui rassemble ses chroniques sportives, l’écrivain semble moins sensible aux palmarès nationaux qu’à la beauté du geste, ou à l’ambiance et l’état d’esprit d’une compétition mondiale où les peuples se rencontrent et s’affrontent à la loyale, sans se faire la guerre. « La patrie, je lui dis merde quand il s’agit de littérature ! » avait rétorqué Léon Daudet à qui lui demandait comment il avait pu accorder son suffrage à l’Académie Goncourt pour Voyage au bout de la nuit, « de l’antimilitariste, anarchiste et antipatriote Louis-Ferdinand Céline » en 1932. « La patrie je lui dis merde quand il s’agit de sport » semble dire Antoine Blondin. Rien de tel chez Charles Maurras, qui couvrit pour la Gazette de France la première édition des Jeux olympiques à Athènes en 1896. Même s’il eut « le bon goût de ne pas se montrer chauvin », il était « persuadé d’assister à un choc entre Hellènes et Barbares », comme en témoignent ses accès de mauvaise humeur chaque fois qu’un Américain montait sur le podium.

Par Jacques Munier

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