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Journal de campagne

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Tous les candidats sont connus, la campagne présidentielle démarre, et elle remplit déjà les pages idées de nos quotidiens

Dans La Croix, Marcel Gauchet est déjà dans le coup d’après et il pose un diagnostic lucide sur l’avenir du PS. « Si la candidature Hamon se solde par un échec cinglant, la tentation de l’éclatement sera grande. Tout dépendra des intentions d’un entrepreneur politique éventuel, Manuel Valls par exemple, susceptible de créer un nouveau parti. Si Benoît Hamon fait un résultat honorable et sauve les meubles, il sera en position de redéfinir le Parti socialiste comme un parti d’opposition à fort enracinement local en attendant des jours meilleurs ». Le philosophe affirme rester « attaché à la notion de socialisme parce qu’elle met l’accent sur l’idée de société » et il estime que « la gauche doit redevenir le parti de la société » si elle veut surmonter la crise de la social-démocratie. « La force du point de vue des droits individuels a conduit à l’oublier. Or une juxtaposition de droits individuels ne fait pas une société. » La question lancinante du communautarisme est au cœur de la tribune d’Anne-Marie Le Pourhiet dans Le Figaro, qui s’en prend vertement au projet de loi Egalité et citoyenneté, et cite l’universitaire américain Mark Lilla : « La politique de la différence est essentiellement expressive et non persuasive, elle ne fait jamais gagner les élections mais peut les faire perdre ». La professeure de droit public estime qu’en prétendant protéger les minorités, le projet de loi déposé par Manuel Valls contrevient au principe de la République indivisible et de l’intérêt général. Elle conteste de ce fait que la sanction soit lourdement aggravée lorsque les délits sont « accompagnés de propos qui portent atteinte à l’honneur ou à la considération de la victime à raison de son appartenance ethnique, religieuse ou sexuelle ». Mais elle finit par s’égarer lorsqu’elle se félicite que le juge constitutionnel ait « quand-même consenti à censurer la disposition, farouchement défendue par les lobbies ultra-marin et arménien, tendant à réprimer la négation d’un crime de génocide ou d’esclavage ».

La campagne prise aux mots : les pages idées de Libération proposent un abécédaire des vocables les plus disputés, d’espérance à virilité

Une revue de mots sélectionnés par Cécile Alduy, auteure d’une analyse lexicographique et sémantique publiée au Seuil sous le titre Ce qu’ils disent vraiment. On commence par « virilité », justement, l’occasion de relever que, malgré le dénigrement des « gender studies », François Fillon et Marine Le Pen utilisent l’un et l’autre un vocabulaire ultra-genré : le premier « parle de “muscler”, “durcir”, “redresser”, “s’attaquer”, avec à l’inverse, une hantise de “l’impuissance”, de la “mollesse”, des “synthèses molles”. Quant à Marine Le Pen, elle adopte, elle aussi, une posture virile en chantant le combat guerrier de Jeanne d’Arc : il faut – je cite “bouter les étrangers hors de France”. Un signifiant très disputé : le peuple – en 7e position chez Le Pen, 9e chez Mélenchon. Mais il faut distinguer : chez Marine Le Pen, il a trois significations sous-jacentes : « le peuple politique, auquel il s’agit de redonner le pouvoir; le peuple au sens sociologique, les classes populaires, et enfin un sens ethnique et identitaire : le peuple français ». Jean-Luc Mélenchon « met en avant le sens politique du peuple souverain, acteur de son histoire. Et il parle au nom du peuple des précaires, des classes défavorisées, des chômeurs. Mais jamais il n’utilise le mot “peuple” au sens ethnique ». Macron est à lui seul devenu un mot de campagne : pas un débat où il ne soit évoqué. Cécile Alduy évoque son « style » : « Il parle comme un coach de vie. Il ne dit pas “voilà ce que je vais faire”, mais “voilà ce que vous allez pouvoir faire”. Son vocabulaire, c’est “s’engager”, “agir”, “s’investir”. Il redonne aux gens le sentiment de pouvoir agir ».

Agir, c’est aussi étendre le domaine des libertés publiques, de la justice et de la démocratie, et c’est le but affiché de la désobéissance civile

La question de la légalité ou de la légitimité de certaines actions est posée dans les pages Débats&Controverses de L’Humanité. Le faucheur de chaises Jon Palais estime à propos de l’évasion fiscale que les citoyens font avancer la justice lorsqu’ils dénoncent les contournements de la loi par les riches fraudeurs, et ce au moyen d’actions passibles de sanctions pénales. La philosophe Sandra Laugier rappelle que la démocratie n’est pas un donné, mais qu’elle est constamment à réaliser en pratique. « La désobéissance civile joue ainsi un rôle de vigie de la démocratie ». Laurence Blisson, secrétaire générale du Syndicat de la magistrature observe que « quand les injustices risquent de s’enraciner, la commission délibérée d’un acte illégal les remet dans la lumière. Tandis que ces actions échouent à atteindre la sphère politique, c’est dans la sphère judiciaire qu’elles résonnent souvent. » On peut rappeler que c’est le philosophe américain Henry David Thoreau qui a lancé l’idée et la formule dans son essai La Désobéissance civile, publié en 1849 suite à son refus de payer une taxe destinée à financer la guerre contre le Mexique.

Par Jacques Munier

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