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L'art de la crise

4 min
À retrouver dans l'émission

Les moments de crise peuvent être favorables à l’émergence d’idées neuves

A condition de s’appuyer sur le nécessaire diagnostic de notre état présent, et les analyses ne manquent pas aujourd’hui. Celle de Paul Thibaud dans les pages Champs libres du Figaro est particulièrement éclairante et elle brasse large… Sous le titre Une démocratie désorientée , il suggère de mettre à l’épreuve de la « troublante actualité » du néo-populisme notre confiance soporifique dans « le parcours de la démocratie moderne comme un progrès continu », et d’apprendre « à nous méfier de ce que nous croyions assuré ». Car c’est l’idéal érigé à force – je cite « d’épuration et d’élévation de la démocratie qui en a fait une idéologie et non une pratique de la responsabilité partagée » qui est, selon lui, à l’origine de l’impasse où nous sommes : « la décomposition de l’idée de volonté commune et de l’idée de peuple ». S’ajoute un facteur exogène mais puissamment convergent : la mondialisation qui, contrairement à l’espèce d’Avènement qu’on a voulu y voir a drainé vers le haut le supplément de richesse dégagé : « l’ouverture des frontières et des échanges – je cite encore – a favorisé l’élément le plus mobile (le capital et les compétences rares) mais défavorisé le travail sédentaire ». Résultat : si le PIB explose le niveau de vie moyen stagne, comme le montrent les statistiques américaines. Et nos politiques ne disant mot y consentent les uns après les autres. Face à ce monde post-national qui n’offre d’autre repère que les droits de chacun le repli sur soi éloigne infiniment toute idée d’humanité commune : « l’obsession des droits individuels porte à s’identifier à travers des revendications spécifiques, et à constituer des identités plaignantes » observe Paul Thibaud, qui analyse ainsi cette forme dégradée de citoyenneté, dénuée d’enjeux significatifs communs : « la post-démocratie des droits individuels fait un peuple de créanciers », créanciers de minorités aspirant à la reconnaissance, auquel s’opposent « ceux qui ont une conscience de débiteurs parce qu’à travers l’Etat, ils s’estiment injustement rançonnés, ou menacés de l’être, par les autres. Parmi les traits de la mentalité FN, la conscience de débiteur est sans doute le plus décisif. C’est un produit de la décomposition civique » conclut l’ex-directeur de la revue Esprit.

Dans La Croix , un chef d’entreprise illustre en situation la délicate distinction entre communautaire et communautariste

C’est dans le registre du quotidien et au niveau du monde du travail la même question qui est posée : comment vivre ensemble dans le respect de différences qui ne s’érigent pas en revendication identitaires. « La montée du communautarisme dans les entreprises ne relève pas seulement de leur management – souligne Thierry Aumonier. Dans le cadre de la responsabilité de plus en plus globale qui est la leur, elles sont plus que jamais des acteurs de la cohésion sociale. » Ce qui implique que les dirigeants aient une connaissance minimale de la religion que pratique une part importante des salariés – l’islam par exemple – pour savoir faire la part de l’observance légitime et du militantisme prosélyte. Ce qui « n’empêche pas des « différences festives » – ajoute le patron – que ce soit la galette des rois ou des gâteaux partagés par des salariés musulmans à l’occasion du Ramadan. Au delà de l’identité, il est essentiel de favoriser la solidarité ; or, si la communauté la renforce, le communautarisme l’affaiblit. »

Le mensuel Sciences Humaines fête ses 25 ans d’existence, l’occasion de donner à lire ce quart de siècle par de grandes signatures

De la globalité pensée par Edgar Morin à la société réfléchie par Dominique Schnapper, en passant par l’écologie avec Dominique Bourg, la terreur avec Farhad Khosrokhavar, la religion avec Odon Vallet, la fécondité avec Hervé Le Bras, le nouvel âge du travail par Dominique Méda, le prix de l’égalité évalué par François Dubet, la société du soin caressée par Frédéric Worms ou la fin annoncée du modèle unique de la famille par Martine Segalen, j’en passe évidemment, ce numéro spécial fait la part belle aux idées, sans oublier celles « qui ont fait flop » et que recense Nicolas Journet : société du savoir, bulle de la gouvernance, fin de l’histoire ou multiculturalisme, la fin de l’année est propice aux inventaires et aux soldes…

Jacques Munier

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