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L'Europe en crise

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À défaut d’agir, l’Europe fait réfléchir

Elle est bonne à penser, dirait Lévi-Strauss… Mais donne-t-elle encore matière à rêver ? Et surtout à s’orienter dans le monde qui vient, comme y exhorte le pape François, lauréat 2016 du prix Charlemagne, décerné par les institutions de l’Union pour honorer « une contribution exceptionnelle à l’unification européenne ». Dans la dernière livraison de la revue Études, Sébastien Maillard rappelle que le pape venu « du bout du monde », fils d’émigrés italiens en Argentine, porte un regard distancié sur l’Europe, qui lui permet de jauger ce qu’elle représente encore aux yeux du reste du monde, à savoir sa vocation unique à l’universalité, « précieux point de référence pour toute l’humanité » – affirmait-il au terme de son discours au Parlement européen. Le pape François qui, contrairement à ses prédécesseurs, ne s’est jamais embarrassé de la question des « racines chrétiennes » du continent, a fait de la crise migratoire sa grande bataille dès le début de son pontificat et, comme le précise le correspondant à Rome du quotidien La Croix, c’est l’un des motifs avancés pour lui décerner le prix Charlemagne. La crise des migrants est également au sommaire de la revue Esprit, qui y voit à la fois un défi pour l’unité européenne et les effets dune déflagration au Moyen-Orient qui « met à l’épreuve les démocraties européennes ». L’éditorial pose une série de questions cruciales : « Comment ne pas prendre acte du lien entre les peurs actuelles et le refus de l’Union de se transformer en une entité politique, rationnelle et puissante ? » Ni rappeler les réserves exprimées par Jacques Delors sur l’élargissement à marche forcée « alors que la priorité devait être donnée à l’approfondissement », afin de sonder le désir de chacun des membres de l’Union d’appartenir à une entité dont les ambitions ne se limitent pas seulement « à surmonter, au coup par coup, les caprices des uns et des autres ». Moyen-Orient, Europe : des destins liés qui relancent la nécessité de la cohésion politique du vieux continent. Comme disait Massimo d’Azeglio, l’artisan de l’unité italienne au XIXe siècle, « nous avons fait l’Italie, maintenant il nous faut faire les Italiens ». Les Européens entretiennent des sentiments ambivalents à l’égard de l’Europe mais les résultats de l’eurobaromètre de novembre 2015 indique qu’ils sont 64 % à se sentir citoyens de l’Union européenne et 53 % à se dire optimistes quant au futur de l’UE, même s’ils ne sont que 37 % à en avoir une image positive.

Une nouvelle vision de l’Europe à droite : c’est dans Le Monde en pages débats et elle est développée tour à tour par Alain Juppé et Bruno Le Maire

Pour retrouver son rôle historique et ne pas laisser à l’Allemagne seule l’initiative, Alain Juppé indique pour notre pays un certain nombre de pistes, à commencer par ce qui constitue aujourd’hui le « noyau dur » de l’Europe : la zone euro. « Sa consolidation exige une harmonisation fiscale progressive et la mise en cohérence de nos systèmes de protection sociale » estime-t-il avant d’ajouter « qu’au-delà de l'exode syrien, nous avons besoin d'une vraie politique européenne de l'asile et de l'immigration » soit « une politique commune envers les pays d'origine et de transit des migrants ; une surveillance commune des frontières extérieures », et « une même définition des conditions d'asile ». L’Europe dérive, juge l’ancien premier ministre, car « malgré la foi européenne d'Angela Merkel et sa science de la navigation, l'Allemagne ne peut ni ne veut être seule à la barre de l'énorme vaisseau ». Et L'Europe a besoin de la France. « Une France qui retrouve sa relation privilégiée avec l'Allemagne, et sa capacité de convaincre et d'entraîner. » Pour, au besoin, savoir « dire " non ". Non à Washington, à Pékin, à Ankara ou à Moscou, chaque fois que les relations sont déséquilibrées ». Ainsi qu’aux « tentations délétères du populisme et du protectionnisme » et du « retour de la haine de l'autre, qui menacent de remettre en cause le miracle européen lui-même : une famille unie de nations guéries du nationalisme, fières de partager les mêmes valeurs de civilisation. »

Cette poussée de l’extrême-droite est aussi une menace pour la cohésion européenne

Et elle ne concerne pas que les anciens pays communistes, comme la Hongrie ou la Pologne, rappelle Dominique Schnapper dans Le Figaro. « Depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Europe s’est reconstruite sur la social-démocratie, qui opposait à l’idéologie communiste un projet de société conjuguant la protection sociale et la liberté politique – rappelle-t-elle. Depuis la chute du mur de Berlin, et avec les transformations de l’économie mondialisée, ce projet est en crise. » Commun à toutes les nations européennes, ensemble et séparément, et même aux États-Unis, c’est son affaiblissement qui profite au retour des idéologies du repli sur soi. Et pour l’ensemble de ces nations, un « tragique effet pervers de leur triomphe contre l’empire soviétique » conclut la sociologue.

Par Jacques Munier

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