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L'insécurité sociale

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Conférence sociale
Conférence sociale Crédits : POOL new - Reuters

En ce lendemain de Conférence sociale, à coup de « rénovation » de notre modèle national dans le but de le maintenir en vie, certains se réveillent avec la gueule de bois…

C’est le cas des politiques et syndicalistes qui opposent, dans les pages Débats de L’Humanité , la violence de la « casse sociale » à celle qu’a eu à subir le DRH d’Air France. « Les salariés en légitime défense pour leur emploi » le titre résume la tonalité d’ensemble des propos, qui vont jusqu’à se risquer dans la dérision mordante, comme l’allusive contribution de Patrick Brody qui propose une version désenchantée du grand soir en revisitant le tube de Rika Zarai : « on va tous danser sans chemise, sans pantalon ». Le député communiste André Chassaigne invite chacun à déconstruire – je cite – la « violence de la pensée, distillée au quotidien par le discours médiatique et la classe dominante, selon laquelle les dominés ont tort de défendre leurs propres intérêts ». Et le sociologue Christian de Montlibert rappelle les effets de délitement social dû au chômage, qui « discrédite, isole, démoralise et démobilise ». Il déclenche le cercle infernal qui ne tarde pas à emporter tous les membres de la famille : « la vulnérabilité du conjoint augmente considérablement au fur et à mesure que le chômage de l’autre dure », la probabilité des enfants de connaître la précarité aussi, tout comme leurs difficultés scolaires, selon des indices inexorables. Les chômeurs sont plus nombreux dans la population du même âge et de même qualification à éprouver des insomnies, à connaître la dépression, et à consommer des tranquillisants, ce qui est paradoxalement une aubaine pour l’industrie pharmaceutique. « Comme l’a démontré l’étude menée par une équipe de médecins – martèle le sociologue – cette tension psychologique use : les 86 femmes suivies plusieurs années qui passent du chômage au travail précaire pour retourner au chômage présentent, comparé à d’autres femmes ayant un emploi stable, toutes conditions égales par ailleurs, une augmentation significative des maladies (diabète, cancer, problèmes cardiaques, affections ostéo-articulaires). » Sans parler de la pauvreté qui aggrave le problème de l’accès aux soins… Dommage collatéral supplémentaire : l’explosion des couples et des familles. Encore des statistiques hélas irréfutables : « la probabilité de divorcer s’accroît l’année qui suit un licenciement ». Si l’on ajoute la « désaffiliation progressive qui s’installe au fur et à mesure que le chômage dure », l’élimination des plus fragiles est l’inéluctable conséquence finale, si l’on en croit l’enquête réalisée par Annie Mesrine pour l’Insee, qui montre qu’une surmortalité affecte les chômeurs, de l’ordre d’une multiplication par trois. Mais on ne verra jamais ces chiffres sinistres s’afficher en caractères de feu sur les écrans du monde « civilisé », contrairement à l’image du DRH d’Air France fuyant les impasses d’un dialogue social à sens unique, sa chemise en berne.

Tout n’est pas acquis au pire puisque Les Échos nous assurent que le train du futur est prêt à décoller.

Lequel peut concurrencer l’avion grâce à la sustentation magnétique, à l’air libre ou dans un tube basse pression. Avec l’Hyperloop, assure le PDG allemand de la société américaine du même nom, le trajet de San Francisco à Los Angeles (550 km) durera une demi-heure. Le train supersonique, dont le lointain ancêtre est notre Aérotrain volant sur coussins d’air à une vitesse de 380 km/h sur un viaduc dont les vestiges sont encore visibles dans la forêt d’Orléans et sur la plaine beauceronne, devrait quant à lui atteindre une vitesse supérieure à celle des avions de ligne, soit 1120 km/h. L’absence de contact et donc de frottement avec le rail autorise des vitesses de croisière beaucoup plus élevées que celles du TGV. La technologie est déjà en usage sur des tronçons limités, à Shanghai ou au Japon, en silence et en quasi-autonomie énergétique grâce aux panneaux solaires et à la récupération de l’énergie cinétique lors du freinage. L’investissement est considérable mais moins onéreux que les projets de lignes à grande vitesse classiques sur rail. Cerise sur le gâteau, le train est piloté par ordinateur. Pas de cheminots, donc, ni de locomotive des mouvements sociaux. Le paradis pour les investisseurs, à distance respectable de l’enfer des chômeurs.

Jacques Munier

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