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Viktor Orban et Vladimir Poutine, 17/02/2016

L’internationale populiste

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La percée du Mouvement 5 étoiles aux élections municipales partielles en Italie relance la question du populisme en Europe

Viktor Orban et Vladimir Poutine, 17/02/2016
Viktor Orban et Vladimir Poutine, 17/02/2016 Crédits : POOL New - Reuters

Il aura suffi à Virginia Raggi de dénoncer la gabegie dans la gestion calamiteuse de la capitale pour remporter ces élections à Rome. Philippe Ridet, le correspondant du Monde résume ainsi les propos de comptoir ou dans les transports en commun : les électeurs ont accordé leurs suffrages à la jeune candidate en raison même de son inexpérience, qui « leur semblait la garantie de son honnêteté ». On ne peut mieux dire la perte de crédibilité d’une classe politique qui, droite et gauche confondues, aura dirigé dans l’alternance la ville éternelle. Mais si le cas de Rome est singulier, la défiance envers les politiques est l’un des traits dominants du populisme, au point que la nouvelle maire s’est constamment déclarée « apolitique », ce qui, on en conviendra, est le comble de la contradiction pour celle qui brigue un mandat électif à la tête de la première polis de l’histoire. Si l’on élargit la focale sur l’actualité européenne, on tombe sur le débat des Britanniques, qui ne pourra pas rester sans conséquence pour l’Union, quel que soit le résultat des urnes. Dans La Croix, Susi Dennison estime que ce débat se poursuivra au Royaume Uni, notamment sur la réforme de l’Union européenne, même et surtout en cas de maintien dans l’Europe. Mais la directrice du programme Europe du Conseil européen des relations internationales pense qu’il se fera dès lors sans le parti populiste et europhobe Ukip, dont la raison d’être est le Brexit. Car « un maintien au sein de l’UE serait pour lui un échec » et il ne pourrait être alors qu’une voix mineure dans un tel débat. Un débat que le député travailliste John McDonnell veut sortir du caniveau, en dissipant l’écran de fumée de l’immigration qui dissimule les coupes budgétaires multipliées au nom de l’austérité. Dans les pages Débats&Controverses de L’Humanité il affirme aussi qu’on ne doit pas laisser la décision sur le futur rôle du Royaume-Uni dans l’Europe être détournée par la lutte entre Cameron et Boris Johnson, l’ex-maire de Londres, pour le leadership du Parti conservateur. Et Philippe Marlière rappelle que si, dans certaines localités, l’arrivée massive d’immigrés des pays de l’Est, mal négociée par les pouvoirs publics, a pu créer des tensions entre communautés, ce sont les politiques d’austérité et non les migrants qui sont la source de la pauvreté et du chômage. L’argumentaire de l’Ukip et de l’aile droite du Parti conservateur ainsi mis en cause, le politologue à l’University College de Londres souligne que le paradoxe d’une absence de partisans du Brexit à gauche n’est qu’apparent, car on sait bien que « le gouvernement et Westminster n’ont pas besoin de la Commission européenne pour imposer une austérité virulente (le pays n’est pas dans la zone euro et n’est donc pas soumis aux contraintes du pacte de stabilité) ou mener des politiques tatillonnes en matière d’immigration » puisque la Grande-Bretagne n’appartient pas à l’espace Schengen. Le Brexit déclencherait au contraire une attaque en règle contre les quelques droits sociaux protégés par l’UE : congés payés, maternité ou durée maximale du travail hebdomadaire. Conclusion : « sortir de l’UE, ce serait objectivement renforcer le camp antisocial, populiste et raciste ».

Le référendum est d’ailleurs l’arme de prédilection des populistes

Et là il illustre « jusqu’à la caricature ce que la politique ne devrait pas être – souligne Jean-Marc Vittori dans Les Échos. David Cameron avait lancé l’idée en fonction de petits calculs électoraux qui risquent de lui coûter cher. L’ancien maire de Londres Boris Johnson semble avoir choisi le Brexit surtout pour arriver plus vite au pouvoir. Et comme souvent dans les référendums, les électeurs ne vont pas répondre à la question posée – « leave or remain » - mais à une autre – fermer ou non le pays à l’immigration. » S’il est vrai que « les représentants du peuple sont de plus en plus des professionnels de la représentation, éloignés de leurs mandants », le mantra des populistes contre le système et les élites n’empêchera jamais que la vie politique a toujours pour matrice la démocratie représentative. « Ceux qui croient en la fin de l’histoire des institutions politiques ont tort, comme ceux qui avaient cru en la fin de l’Histoire tout court. »

Comme le rappelle Jean-Dominique Giuliani dans la revue Politique étrangère, sur les 56 référendums organisés dans l’Union depuis les débuts de la Communauté européenne, seuls 16 d’entre eux ont été négatifs

Et pourtant les partis populistes continuent à les réclamer comme l’arme suprême contre l’intégration pour démontrer les réticences des peuples, dont ils ont fait leur fonds de commerce. Cette idéologie sans vision et oublieuse de son passé se répand en Europe de l’Est avec ses caractéristiques communes : soumission des médias, révisionnisme historique, contrôle autocratique des institutions, le tout avec la bénédiction de Moscou qui soutient ouvertement ces régimes hostiles à l’Europe.

Par Jacques Munier

A lire aussi: Les Marges politiques, sous la direction de Patrick Troude-Chastenet (Presses universitaires de Bordeaux)

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