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Place Tahrir, 12/2012, contre M. Morsi

L'islam, le monde arabe

5 min
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« Il faut rendre sa face humaine à l’islam » affirmait Jacqueline Chabbi au lendemain des attentats de Paris

Place Tahrir, 12/2012, contre M. Morsi
Place Tahrir, 12/2012, contre M. Morsi Crédits : Frédéric Dugit - Maxppp

Et il faut pour cela « désislamiser » l’islam ajoutait alors la spécialiste de l’histoire médiévale du monde musulman, en dénonçant notamment l’indigence de nos manuels d’histoire. « On vous y parle encore de l'ange Gabriel comme d'un personnage historique ! On vous rabâche les cinq piliers de l'islam. Il n'y a aucun recul. » Aujourd’hui elle publie aux éditions du Seuil Les trois piliers de l’islam, une lecture anthropologique du Coran, et elle ajoute à propos de l’enseignement dans un entretien accordé à L’Obs : « On fait du religieux, pas de l’histoire ». C’est pourquoi « il faut historiciser, humaniser l'histoire sacrée, qui est en soi une déshumanisation de l'histoire ». Lorsque les faits ne sont pas suffisamment attestés par des documents, comme c’est le cas en l’occurrence, elle préconise le recours à l’anthropologie. C’est ainsi qu’elle renouvelle la vision qu’on peut avoir des premiers temps de l’islam, en particulier celle qui est instrumentalisée par les intégristes. À commencer par l’institution des cinq piliers, « des notions idéologiques apparues quand la religion se dogmatise et efface le passé, à partir de la seconde moitié du VIIIe siècle et surtout au IXe siècle ». Dans la société tribale où le Prophète a vécu, avec des caractéristiques prégnantes liées aux contraintes de la vie dans un espace aride, le rapport au divin s’est d’abord subordonné, selon Jacqueline Chabbi, au principe de « l’alliance, qui assure le lien de solidarité des hommes entre eux ». Lorsqu’il est dit dans le Coran qu’il faut suivre la voie de Mahomet parce qu’il est le « modèle », « cela signifie qu’il faut choisir la même alliance que lui » et pas seulement singer ses faits et gestes. (*) Le deuxième principe renvoie également à la vie dans le désert de ces sociétés nomades, c’est celui de la bonne « guidance ». « Car si tous les chemins mènent à Rome, en Arabie il n’y en qu’un seul et si on ne trouve pas la bonne piste, on meurt. Guider vers la vie pour éviter la mort est donc la principale fonction de dieu protecteur. Autant dire – ajoute l’historienne – que les outrances actuelles qui assurent préférer la mort dans la voie de Dieu en croyant prendre appui sur le passé sont en totale contradiction avec la parole coranique telle qu’elle s’adressait aux hommes de son temps. » Enfin le troisième pilier institue la fonction du don dans un système de solidarité où l’on partage le surplus des biens avec ceux qui ont moins. C’est dans cet esprit que « l’usure est dénoncée comme un refus de solidarité » et la zakât, l’aumône légale, découle de ce principe. L’intérêt de cette approche anthropologique, c’est de « redonner sa dimension humaine à l’islam des origines » et « de contrer bien des fantasmes ». Un exemple : « le mot « charia » n’est utilisé qu’une seule fois dans le Coran, et pas du tout pour désigner un quelconque système juridique, mais dans le sens de la voie à suivre ».

La dernière livraison des Actes de la recherche en sciences sociales revient sur les révolutions et crises politiques dans le monde arabe

La revue fondée par Bourdieu propose un ensemble d’études et d’enquêtes de terrain qui mettent en cause certains préjugés concernant le caractère exceptionnel de révoltes soi-disant surgies de nulle part sous l’effet magique des réseaux sociaux ou de l’immolation d’un martyr de la cause sociale. Ces contributions « insistent, à l’inverse, sur l’importance négligée d’organisations plus anciennes des espaces protestataires ». À cet égard, la notion de « capital social révolutionnaire » éclaire l’apparition « à la faveur de la conjoncture critique, d’hommes ou de femmes en apparence « nouveaux » à côté de leaders politiques anciens » et elle sert de fil rouge aux différentes enquêtes. Notamment celle qui analyse le rôle du barreau tunisien dans ses composantes les plus jeunes et féminines, aguerries à la lutte en faveur des droits humains. Choukri Hmed y insiste également sur la géographie sociale de la révolte, dont le point de convergence est la place de la Kasbah qui intègre à la fois la diversité sociale et les origines régionales de la révolte venue des zones rurales. D’où un effet démultiplicateur de ce que Bourdieu désignait comme « l’énergie sociale », qui anime indistinctement tous les acteurs et à laquelle l’occupation physique de la place donne son terrain d’intégration et d’expansion. Là-même où « la prise de parole est un enjeu révolutionnaire par excellence qui remet en cause les fondements mêmes de la domination inscrite dans le langage ». Dans son enquête sur les parlementaires issus des Frères musulmans entre 2005 et 2012 en Egypte, Marie Vannetzel montre que leur ancrage local n’ayant pas été entretenu, un éloignement des sociabilités locales peut être repéré comme l’une des causes « de leur chute progressive après 2012 ». Aujourd’hui les Egyptiens sont dans la rue contre le régime policier qui s’est instauré. Nous verrons quelle page nouvelle s’ouvre dans cette histoire.

Par Jacques Munier

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