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L'islamisation de la radicalité

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Devant un défilé à Raqqa
Devant un défilé à Raqqa Crédits : Stringer - Reuters

Un éclairage inédit est projeté dans Le Monde par Olivier Roy sur la radicalisation d’une frange de la jeunesse musulmane de notre pays.

Selon lui – je cite « il ne s'agit pas de la radicalisation de l'islam, mais de l'islamisation de la radicalité ». L’analyse se tient, elle vaut qu’on s’y arrête. Olivier Roy observe que depuis 1996 le phénomène est stable : il concerne la deuxième génération d’immigrés et les convertis « de souche » appartenant à la même tranche d’âge, lesquels représentaient quand même 25% des radicaux à la fin des années 90 et ce chiffre ne cesse d’augmenter. Ceux-ci n’ont jamais souffert du racisme ou de l’exclusion. Leurs semblables de la « deuxième génération » sont quant à eux parfaitement « occidentalisés » avant leur basculement dans la radicalité, ils ont partagé la culture des jeunes de leur âge, bu de l’alcool ou fumé du shit et dragué les filles en boîte. C’est donc ailleurs que dans la révolte contre des discriminations subies qu’il faut chercher les causes de leur engagement. Pour Olivier Roy elles résident essentiellement dans un commun conflit de générations, car ces jeunes – je cite « ne veulent ni de la culture de leurs parents ni d'une culture "occidentale", devenues symboles de leur haine de soi. La violence à laquelle ils adhèrent est une violence moderne, ils tuent comme les tueurs de masse le font en Amérique ou Breivik en Norvège, froidement et tranquillement. Nihilisme et orgueil sont ici profondément liés. » Fascination pour leur propre mort et jouissance de la toute-puissance conférée par la volonté de tuer leur tiennent lieu de religion. Et même une forme de narcissisme morbide, puisqu’il s’avère que le chef du commando est revenu sur les scènes de crime le soir même des attentats. Tous ces prétendus djihadistes, on ne les a pas vu pratiquer un islam « communautaire » : « assurer des repas de fin de ramadan, prêcher dans les mosquées ou dans la rue en faisant du porte-à-porte. Aucun n'a fait de sérieuses études religieuses. Aucun ne s'intéresse à la théologie, ni même à la nature du djihad ou à celle de l'Etat islamique » note le spécialiste, chercheur au CNRS. Leur servir un " islam modéré " ne sert donc à rien car c'est la radicalité qui les attire. Ils auraient pu se tourner vers l’ultragauche mais pour cela il leur aurait fallu lire un minimum de textes. Conclusion : « Le salafisme n'est pas seulement une question de prédication financée par l'Arabie saoudite, c'est bien le produit qui convient à des jeunes en rupture de ban. » Et pour ces jeunes plus nihilistes qu’utopistes « rejoindre Daech c'est la certitude de terroriser ». *

Dans les pages Champs Libres du Figaro Renaud Girard revient sur les ambiguïtés de la politique turque à l’égard des djihadistes, longtemps autorisés à passer sur son territoire pour rejoindre la Syrie

L’article illustre, en se limitant au cas de la Turquie, la complexité des rapports de force et des enjeux disparates sur le terrain, où chacun essaie de tirer la couverture à soi sans le moindre souci de donner au semblant de coalition le début d’une consistance quelconque, les Russes au premier chef. L’engagement de la France apparait du coup bien isolé. Peut-être François Hollande pense-t-il déjà au coup d’après pour faire progresser l’ébauche d’une véritable « communauté internationale ». C’est ce que projette Pascal Boniface à l’horizon rapproché de la COP21 dans les pages Forum de La Croix . « Sur la plupart des sujets, les intérêts ne sont pas suffisamment communs, et l’urgence n’est pas ressentie de la même façon pour enclencher une décision collective – constate-t-il. Nous vivons bien dans un village global. Néanmoins, il n’y a pas de conseil municipal ou de maire qui puisse décider. » Sur un sujet aussi consensuel que le réchauffement climatique et notre responsabilité collective dans cette affaire, on peut raisonnablement espérer un accord. « Ce qui risque d’être extraordinaire à Paris – ajoute le géopolitologue - c’est que les intérêts divergents qui mettent en cause les économies des pays vont peut-être néanmoins déboucher sur une décision commune. Si ce premier succès devait être confirmé, on pourrait alors réfléchir aux possibilités d’adapter ce modèle aux autres défis globaux qui se dressent face à nous, notamment la lutte contre le terrorisme. »

Jacques Munier

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