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1er mai 2015, rassemblement FN Place de l'Opéra, Paris

La cause des femmes

5 min
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Ce mercredi 8 mars, journée internationale des droits des femmes, l’hebdomadaire Le un cible les préjugés sexistes.

1er mai 2015, rassemblement FN Place de l'Opéra, Paris
1er mai 2015, rassemblement FN Place de l'Opéra, Paris Crédits : Michael Bunel - AFP

« Il n’y a pas de préjugés anodins », disait Dostoïevski. Ceux qui visent les femmes se traduisent par toutes sortes de discriminations : inégalités au travail et de rémunération, de naissance et d’éducation dans de nombreuses régions du monde, violences tolérées, voire encouragées… Marie Darrieussecq témoigne de celles, plus insidieuses en apparence, que produisent les relations de genre dans notre société. Elle évoque notamment ces rituels de la domination masculine qu’on appelle aujourd’hui « les péages à filles ». Théorisés par Judith Butler, ce sont des lieux – un escalier, un escalator ou une rue étroite –où une bande de mecs est à l’affût. « Le danger est moins physique que moral : la fille sait qu’elle va se prendre des réflexions, des évaluations, des invitations ou des attouchements. Quand j’étais en sixième – poursuit-elle – une de mes copines était déjà très formée. Les garçons la trouvaient désirable et, un jour, ils lui ont mis la main aux fesses. On n’a pas su comment réagir. Je n’arrivais pas à savoir si c’était grave ou pas, s’ils avaient le droit ou non. Je ne savais pas comment la réconforter. C’est une expérience typiquement féminine. » L’auteure de Truismes revient sur le personnage de femme naïve de son récit, « une candide, qui serait totalement innocente, au sens d’inconsciente de ce qu’on lui fait. Une femme qui ne comprend pas l’état d’aliénation dans lequel elle se trouve, son état de sujétion. Elle est embauchée dans une parfumerie et ne se rend pas compte que les services qu’on lui demande, c’est de la prostitution. Elle n’a pas les mots, elle est dans une soumission absolue. C’est ce qu’on demande aux femmes : qu’elles acceptent comme si cela allait de soi. On voit cela chez les femmes battues. Le comble de la soumission est de se laisser faire, comme si les hommes avaient le droit. » L’écrivaine se dit aussi « rattrapée par la condition féminine à travers la langue française ». Contrairement à l’anglais, les langues latines mettent « un habit féminin ». Dire « I am happy », ce n’est pas « je suis heureuse »… Ce qui renvoie à l’aspect « performatif » des langues : « Quand on décrit une fille, on ne la décrit pas, on lui donne un ordre. Exemple : les jeunes filles sont pures et innocentes. On ne les décrit pas, on donne l’ordre. » Un outil d’analyse qui fonctionne : « quand on a vu où est le performatif dans la publicité ou dans le discours le plus banal, c’est très libérateur ».

Dans les pages Débats & controverses de L’Humanité, Geneviève Fraisse replace la question dans son élément politique

« Depuis la Révolution française et le début du féminisme, il s’est agi de mettre la démocratie en conformité avec elle-même. » Et notamment avec ses deux concepts-clés : l’égalité et la liberté. Même s’il est vrai que « la matrice de la domination masculine est économique », la philosophe, auteure de La Sexuation du monde, réflexions sur l’émancipation – publié aux Presses de Sciences-Po – invite à « changer de repères ». « Il est trop simple de ranger ces affaires dans des rapports sociaux de sexe au mieux, dans l’espace privé d’une condition féminine au pire. » C’est tout le sens de l’activisme du mouvement Femen, qui joue courageusement sur les stéréotypes de genre pour défendre, seins nus, son engagement contre la prostitution, les violences faites aux femmes, la montée des extrêmes droites et des intégrismes, et en faveur de la laïcité et de la liberté d’expression. Un livre sort demain aux éditions des femmes sous le titre Rébellion, qui rend compte de tous ces engagements. « Les dictatures détestent les femmes », le premier chapitre raconte l’intervention des Femen dans la campagne des municipales en Turquie, alors que le Premier ministre Erdogan vient de fermer Twitter pour avoir révélé un scandale de corruption qui l’implique. La suite est rocambolesque et violente, comme la plupart des chapitres du livre. Avant leur expulsion et leur condamnation, les militantes apprendront d’un amical gardien de prison que lors du dépouillement, les bureaux de vote des quartiers d’Istanbul opposés à Erdogan ont subi d’opportunes pannes d’électricité… Tout le reste est à l’avenant : de la première action topless en 2010 contre l’élection, avec le soutien du Kremlin, du président ukrainien Ianoukovitch, jusqu’à l’action spectaculaire contre le meeting du Front national en 2015, en Tunisie pour soutenir l’une des leurs, ou au parlement espagnol pour s’opposer au vote de la loi interdisant l’IVG.

La revue NUNC consacre un dossier à la philosophe espagnole Maria Zambrano

Éric Marquer explore la métaphore du cœur, si présente par ailleurs dans la symbolique masculine. Pour l’étudiante puis assistante d’Ortega y Gasset, la vision par le cœur n’est pas une simple métaphore, elle est une connaissance d’un autre genre, trop souvent éclipsée par le privilège accordé au visible – donc à la lumière et à cette autre métaphore dominante des Lumières de la raison dans la société occidentale.

Par Jacques Munier

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