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Dans une école d'Alep

La chute d’Alep

4 min
À retrouver dans l'émission

La longue résistance de la partie rebelle de la ville d’Alep menace de s’achever dans un bain de sang.

Dans une école d'Alep
Dans une école d'Alep Crédits : Miguel Juarez Lugo - Maxppp

Dans Le Monde, Benjamin Barthe, avec Florence Aubenas, Jean-Philippe Rémy, Laure Stéphan, et Madjid Zerrouky font dans le détail la « chronique d'une révolution impossible ». Car « la répression du régime et la radicalisation des groupes armés ont eu progressivement raison des idéaux du soulèvement de la ville, en 2012 », alors qu’elle était entrée à reculons dans le mouvement. Pour mémoire : « La révolte d'Alep a commencé une belle journée de printemps par des chants, des pas de danse et des slogans insolents. Sur le campus de l'université, le 17 mai 2012, la venue d'un groupe d'observateurs des Nations unies a provisoirement éloigné les chabihas, les hommes de main du régime Assad. Leur descente, deux semaines plus tôt, dans les dortoirs en ébullition s'était conclue par la mort de quatre étudiants, dont un défenestré. » Industrieuse, plutôt bourgeoise, l’ex-capitale économique du pays, n'est pas sûre alors d'avoir envie de " révolution ". À l’est où vivent les classes populaires, on n’a pas oublié « l'extrême férocité de la répression qui, en 1980, avait causé des milliers de morts, mitraillés par des hélicoptères qui décollaient de la vieille citadelle ». Mais la rébellion finit par prendre pied, bientôt rejointe par des déserteurs de l’armée et de la police, et par des étudiants indignés par la violence du régime, qui formeront le noyau de l’ASL. La riposte est terrible : « d'énormes tanks russes, les T72, conçus pour les charges en rase campagne, crachent leurs obus sur les façades de Salaheddine. Bientôt, les chasseurs bombardiers Mig entrent en action. Des immeubles entiers s'écroulent sur leurs habitants. L'aviation syrienne se spécialise dans le pilonnage des files d'attente devant les boulangeries. A chaque fois, des corps en charpie, d'hommes, de femmes et d'enfants, sont retirés des gravats. Ces images, poissées de sang et de poussière, seront la signature de la guerre en Syrie. » À mesure que la situation s’aggrave, les conflits se font jour entre différentes factions de la rébellion. Les islamistes sont de plus en plus présents. Des djihadistes étrangers arrivent par bus entiers de la frontière, profitant de la complaisance des douaniers turcs pour rejoindre des extrémistes syriens, « que Bachar Al-Assad, expert en instrumentalisation des groupuscules islamistes, a opportunément libérés de ses geôles ». Ces quelques centaines de combattants d’Al-Nosra sur environ 8000 défenseurs, qui serviront de prétexte aux frappes russes, n’empêchent pas la société civile d’organiser l'autogestion des services publics: éducation, santé, solidarité…

Dans les pages Débats & analyses du quotidien François Burgat tire les premières leçons du désastre

Sous le titre « La révolution populaire sacrifiée » le directeur de recherches à l’Iremam (Institut de recherches sur le monde arabe et musulman) constate que ce ne sont pas les Russes, ni les Afghans qui vont quitter Alep, mais bien ses habitants les plus légitimes. L’auteur de « Comprendre l’islam politique » (La Découverte) estime que « ce faux triomphe n'est pas celui d'une partie de la société syrienne sur une autre. Seule l'a rendu possible la conjonction de la passivité irresponsable des Occidentaux face à une intervention étrangère directe – iranienne et plus largement chiite puis russe –, hors de proportion avec celle des soutiens, arabes ou autres, de l'opposition. » La victoire est donc celle « d'une minorité perfusée par des autoritarismes étrangers sur une majorité abandonnée par les prétendus défenseurs de la démocratie ». Le résultat, « c'est la destruction de toute opposition autre que Daech, cet épouvantail qu'ils ont habilement laissé prospérer et dont ils savent que toute la planète est en train de le combattre… à leur place ». Et ce triomphe de la force brute « débouche donc sur une simple reconfiguration de la crise syrienne, dont tous les acteurs entendent demeurer actifs. Il ne laisse aucunement entrevoir cette " réconciliation au centre " qui est la condition d'une reconstruction du tissu politique. »

On peut suivre dans Society le témoignage d’Abdel Basset Sarout, « devenu l’icône des rebelles et le symbole d’une jeunesse syrienne prête à tout pour faire tomber Bachar »

L’ancien gardien de but appelé à une belle carrière de footballeur pro illustre les parcours erratiques de tous ces jeunes combattants de la liberté dans un contexte sans cesse mouvant et imprévisible, où les alliances se font et se défont. Un récit précis et saisissant, en gros plan, centré sur un jeune homme de 24 ans qui est déjà un vétéran, passé en moins de trois ans « de militant pacifiste pour la liberté à guérillero avant de finir djihadiste » : « Je n’étais pas attiré par leurs idées mais par leur capacité à combattre le régime », confie Abdel Basset, aujourd’hui réfugié en Turquie avec une seule idée en tête, poursuivre le combat. Quand on lui renvoie son image de symbole, il répond que pour lui, « les symboles de la révolution sont les gens qui sont morts en défendant le peuple syrien. » Et notamment quatre de ses six frères, cinq de ses oncles, 30 personnes dans la famille de sa mère, d’innombrables amis proches…

Par Jacques Munier

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