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Près de 50% des 18-34 ans s’informent en priorité sur les réseaux.

La civilité en ligne

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Les députés ont adopté la loi contre les séparatismes, dont un volet majeur contient les mesures visant les discours de haine sur les plates-formes en ligne.

Près de 50% des 18-34 ans s’informent en priorité sur les réseaux.
Près de 50% des 18-34 ans s’informent en priorité sur les réseaux. Crédits : C. MERAVILLES - Maxppp

Elles transposent en partie le futur règlement européen, le Digital Services Act (DSA). L’article 18, dit « Samuel Paty », crée un nouveau délit de « mise en danger de la vie d’autrui par la diffusion, dans un but malveillant, d’informations relatives à la vie privée ». L’hebdomadaire Marianne a passé au banc d’essai différentes propositions pour lutter contre la haine en ligne, dont cet article 18 du projet de loi. Constantin Pavléas, avocat spécialisé en droit du numérique estime que l’arsenal juridique existant suffisait, notamment « l’infraction de mise en danger de la vie d’autrui » et que « cette mesure pourrait être utilisée pour museler les médias ». L’article 19 bis reprend une disposition du Digital Services Act : contraindre les plateformes à la transparence sur les outils de modération employés pour lutter contre les contenus haineux ou la désinformation. Mais pour l’heure, elles se retranchent derrière le « secret des affaires ».

Le trash est préférable

Dans l’hebdomadaire Le 1, Éric Fottorino précise que parmi les nouvelles règles imposées aux GAFAM, il y aurait celle de soumettre leurs algorithmes à une évaluation du CSA... Le numéro qui paraît aujourd’hui porte justement sur les risques encourus par nos démocraties « sous le flot des haines identitaires ou communautaires et des attaques complotistes libérées par ces boîtes de Pandore ». Tristan Mendès France relève un paradoxe constitutif de l’écosystème des réseaux sociaux : la « mondialisation des discours de haine et de désinformation » d’une part, et la « balkanisation des audiences » qui « se segmentent en communautés marginales partisanes et militantes, s’enferment et s’auto-radicalisent. Avec un effet de meute » les renforçant dans leur opinion. Ces communautés peuvent bien être marginales, la caisse de résonnance que leur fournissent des algorithmes calibrés pour surreprésenter certains types de contenus vont démultiplier mécaniquement leur audience. L’universitaire, collaborateur de l’observatoire du conspirationnisme Conspiracy Watch, cite YouTube, principale plateforme d’accès à l’info des jeunes générations : « sur les milliards d’heures vues chaque jour, 70 % des vidéos consommées ne le sont pas du fait d’une démarche proactive – quand l’individu va chercher un contenu – mais du fait d’une recommandation algorithmique ». Ce qui crée un déséquilibre dans « le jeu traditionnel de l’information, sa circulation organique et naturelle ». D’après un sondage de février 2019, près de 50% des 18-34 ans s’informent en priorité sur les réseaux. Autre conséquence négative : notre espace démocratique est ouvert à l’activisme et à l’influence d’États illibéraux, voire dictatoriaux. 

Il y a vingt ans, qui en France connaissait la lecture de l’actualité internationale ou de notre actualité intérieure par la Chine, la Russie, la Turquie ou l’Iran ?

Pour booster leur audience, les communautés militantes ont une technique : l’astroturfing. « Des gens se coordonnent dans le monde pour pousser simultanément un contenu et envoyer un signal aux algorithmes. » Un « jeu artificiel » qui peut avoir « des effets d’échelle spectaculaires » pour des groupuscules à la recherche d’un « écho global majeur ». Et créer de profonds déséquilibres dans l’opinion : face à ceux qui s’opposent au port du masque sur les réseaux, où sont ses partisans ? Le « mot de Robert Solé » rappelle aux mollahs iraniens que les algorithmes tirent leur nom d’un mathématicien persan du IXe siècle qui a introduit en Occident la numérotation décimale. 

Il s’appelait Al-Khwârizmî qui a été latinisé en algorismus. Et ce sont ces diableries nichées dans nos ordinateurs qui font la fortune des multinationales du Grand Satan...

Journalopes et presstituée

La revue Mots Les langages du politique publie un dossier sur les discours de haine dans les réseaux sociaux. Ces « actes de langage » sont étudiés à travers la propagande antimigrants, l’homophobie, la ligue du LOL ou les messages injurieux contre les journalistes et les « merdias ». Des schémas actanciels pour comprendre ce qui structure ces propos, en mettant en relief les dynamiques d’interaction qui peaufinent un récit alternatif de nature à confirmer « un sentiment d’appartenance ». Arnaud Mercier et Laura Amigo analysent les délicatesses contre les « journalopes » de la « presstituée », en particulier à l’extrême-droite, soulignant au passage le penchant pour les mots-valises au composé graveleux, l’obscénité pour signifier que le temps du débat est révolu.

Par Jacques Munier

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