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La colère des paysans

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On ne devrait plus dire « paysan » depuis qu’Henri Mendras a parlé dans son livre célèbre de la fin des paysans. Pourtant, comme le relève l’historien et économiste Philippe Chalmin dans le copieux dossier que l’hebdomadaire Le un consacre à la question agricole, le mot agriculteur vient du latin ager qui signifie le champ cultivé, alors que paysan renvoie à pagus , au pays, donc à une réalité plus vaste qui englobe le terroir, le paysage et l’environnement. Il est significatif à cet égard que la formation conduite par José Bové s’affiche Confédération paysanne , alors que la journée d’action des mille tracteurs qui convergent en ce moment même sur la capitale est à l’initiative de la FNSEA, et donc de ceux qui se définissent davantage comme agriculteurs, terme qui « correspond à un moment de la modernisation ». « Il faut employer ce mot d’agriculteurs – préconise Philippe Chalmin – tout en ayant conscience qu’ils œuvrent sur un territoire bien plus large que leurs champs. »

Malgré les près de 700 000 visiteurs de leur Salon, les agriculteurs souffrent dans l’opinion d’une image dégradée. Il est loin le temps où labourage et pâturage étaient réputés « les deux mamelles de la France », et même celui où, au lendemain de la Libération, « il s’agissait – comme le rappelle Éric Fottorino dans ces pages – de nourrir la France, de lester sa balance commerciale, de construire une force de frappe dans les silos à grain. » Aujourd’hui les écologistes ont terni cette image et la vache folle a ouvert une crise de confiance. Du deuxième rang mondial pour les exportations, l’agriculture française est passée en 5ème position, derrière les Etats-Unis, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Brésil. Pourtant notre pays totalise 16% des terres agricoles de l’Europe – devant l’Espagne (14%) et l’Allemagne (10%). Le dessinateur Jochen Gerner, qui signe une rubrique illustrée sur les chiffres, rappelle que la part de l’agriculture dans le PIB est passée de 8,9% en 1965 à 1,7% aujourd’hui. Et il conclut par cette terrible statistique : « un agriculteur se suicide tous les deux jours ».

Les problèmes sont légion, on pourrait les dénombrer comme les dix plaies d’Égypte : baisse des cours orchestrée par la grande distribution, fin de la protection de la PAC, empilement des réglementations venues de Bruxelles et de notre génie bureaucratique national en un feuilleté indigeste et écolo-dépendant, disproportion criante entre des exploitations familiales de moins de 20 hectares qui ne regroupent que 5% des terres cultivées alors qu’elles représentent près de la moitié des exploitations et des fermes gigantesques pratiquant l’agriculture intensive sur de très grandes surfaces, très équipées et économes en main d’œuvre, et qui drainent de surcroit l’essentiel des subventions… J’en passe et des meilleures. Dans Le Figaro Jean-Philippe Feldman, professeur à SciencesPo ajoute les errements de l’interventionnisme des pouvoirs publics en remontant le fil du temps. Il donne – je cite « pour illustration pittoresque, la loi du 11 juillet 1906 qui rend obligatoire l’estampillage en creux ou en relief sur le fond des boîtes de sardines par des lettres d’au moins 4 mm et qui prohibe l’entrée sur le territoire de toute boîte supérieure à 1 kg ! Bruxelles n’a rien inventé en termes de règlementation absurde… »

Plutôt que la course au rendement nombreux sont ceux qui aujourd’hui font la promotion de la qualité et de l’origine certifiée liée au terroir.

Le consommateur tranchera au final mais il doit savoir, s’il a lu Hemingway, pour qui sonne le glas des fermes à taille humaine : d’abord pour lui … La crise des agriculteurs est aussi l’indice d’un malaise dans la civilisation. Dans Les Échos Xavier Fontanet, prof à HEC, signe une tribune sous le titre « Détaxons le cochon ». « On aurait tort de croire que la crise du cochon ne concerne que les agriculteurs – clame-t-il – Ce n’est pas le cas ! Elle révèle de façon inquiétante une maladie française qui peut être mortelle. Le cochon est un produit qui voyage bien, sa valeur ajoutée est 100 % française » Un écho involontaire au beau reportage de Florence Aubenas auprès des éleveurs, publié dans Le Monde sous le titre « Le porc de l’angoisse ». " Le cochon a été notre ascenseur social, on en avait l'orgueil " , lui a confié un producteur

Jacques Munier

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