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En mer Égée, 8 février 2016

La condition de l'exilé

4 min
À retrouver dans l'émission

Pendant que certains pays d’Europe bricolent des mesures indignes pour dissuader les migrants, des initiatives concrètes voient le jour pour faciliter leur intégration

En mer Égée, 8 février 2016
En mer Égée, 8 février 2016 Crédits : Giorgos Moutafis - Reuters

Sans aller jusqu’à proposer, comme le Danemark, de confisquer leurs biens, David Cameron est en passe d’obtenir de la Commission européenne le droit de réduire le montant de certaines prestations sociales que touchent les travailleurs européens aux revenus modestes pendant les quatre premières années de leur séjour, malgré le caractère discriminatoire d’une telle mesure. On notera qu’il s’agit ici d’immigration communautaire, laquelle a récemment atteint le chiffre de 180.000 personnes. « Les conservateurs au pouvoir estiment que c’est trop, et ils ne sont pas les seuls – note Vincent Collen dans Les Échos. A gauche, le Parti travailliste juge, lui aussi, que cette population représente une pression sur les services de santé et les écoles. Certains syndicats dénoncent de leur côté la déflation qu’elle exerce sur les salaires. Des agences de recrutement au service des employeurs vont même chercher les travailleurs directement en Pologne ou en Hongrie. » Mais le correspondant du quotidien à Londres émet des doutes quant à l’efficacité de la mesure sur le volume des flux migratoires. « Un Espagnol payé au salaire minimum gagne l’équivalent de 1.600 euros par mois au Royaume-Uni, 36 % de plus qu’en Espagne. Un Polonais gagnerait 2,5 fois moins en Pologne qu’au Royaume-Uni. Pour un Bulgare, la différence, aides comprises, est de 1 à 5. » Avec ou sans aides, c’est le dynamisme de l’économie britannique qui reste attractif et des mesures discriminatoires, outre que leur rentabilité budgétaire est incertaine, constitueraient un recul supplémentaire de la solidarité européenne. Une solidarité dont les pages idées de Libération donnent un bel exemple, à l’égard des réfugiés, cette fois. Des étudiants de l’ENS, appuyés par la direction de l’établissement, ont accueilli une quarantaine d’entre eux pour les aider à acquérir un niveau de français qui leur permette de poursuivre leurs études dans notre pays. « Que font ensemble Ahmed, Bilal, Martin et Agnès dans les soutes de l’école la plus sélective de France, passagers hors normes d’un système universitaire dont le rôle est de former l’élite de la nation? » demande Philippe Douroux qui a mené l’enquête et brosse le portrait de ces étudiants des deux rives que la guerre a fait se rencontrer. Mais l’histoire ne tient pas au hasard. Il a fallu que les normaliens partent à la recherche des naufragés de l’université dans les rues de Paris. Bilal a fui le Darfour en 2013 après avoir mené à bien des études d’ingénieur des mines à Khartoum (Soudan) et rejoint notre pays au terme d’un long parcours. Ahmed a laissé ses parents à Alep (Syrie). Avec sa femme ils ont gagné Damas puis le Liban et Paris fin octobre 2015 « sans autre espoir que de «revivre» loin d’une ville désormais soumise aux bombardements intensifs du régime et de l’aviation russe. Quant à Omar, étudiant en philosophie à l’université de Khartoum, c’est Alyson qui l’a déniché à la mairie du XVIIIème au cours de ses maraudes dans les camps de réfugiés. La conversation a porté sur Spinoza, dont il a entrepris une traduction en arabe de l’Ethique… « Spinoza, le banni de la communauté juive d’Amsterdam, les rapproche » commente le journaliste

« Nous aurons toujours un pied dans l’ordre social, et un autre en dehors » assure l’écrivain François Sureau dans La Croix

L’avocat qui siège aujourd’hui au Conseil d’État et à la Cour de cassation anime le réseau d’avocats de l’Association Pierre-Claver qui soutient les demandeurs d’asile en France. Face au déclinisme ambiant et au sentiment de perte du sens et des valeurs, il estime que celles-ci se métamorphosent mais qu’au fond elles persistent inchangées. Il en veut pour preuve le film Creed, où le fils d’un grand boxeur qu’il n’a pas connu retrouve l’adversaire et ami de son père pour qu’il l’entraîne à devenir lui-même un boxeur. François Sureau y voit une réminiscence de l’aventure initiatique de Chrétien de Troyes. « Comme le cycle du Graal, Creed est une œuvre de la découverte de soi. Le rôle de Merlin, guide éprouvé lui-même, y est tenu par Balboa, joué par Stallone, et l’un des moments essentiels du film est le rassemblement sous ses fenêtres, autour du chevalier en devenir, d’une douzaine d’autres chevaliers à moto, venus des coins les plus obscurs de Philadelphie, mais attirés par la lumière mystérieuse d’une destinée individuelle. En vérité rien n’a changé. Nous sommes toujours mus par ce que nous avons reçu en partage et auquel le XIIIe siècle a donné sa forme littéraire la plus aboutie : l’héritage d’un salut qui ne tient pas à l’exécution de la loi ou des volontés d’un dieu absent révélées par des clercs, mais à un engagement personnel dans les épreuves où nous découvrirons à la fin notre vrai visage, ignoré jusque-là, transformé par elles. »

Par Jacques Munier

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